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CHAPITRE ONZIÈME

(83) Ce volcan s’éleva au milieu d’un tourbillon de fumée et de flammes dans la nuit du 28 au 29 septembre 1759, sur l’emplacement de l’hacienda de Jorullo. Parvenu à une certaine hauteur, son sommet creva, et des torrents de lave s’en échappèrent. Les pitons les plus élevés du bord du cratère se trouvent à 517 mètres audessus du niveau de la plaine, dans laquelle un millier de petits cônes se sont formés et groupés dans le même temps autour du volcan. M. de Humboldt les trouva encore chauds en 1804. Ce phénomène avait été précédé de tremblements de terre si forts et si fréquents, que les habitants de l’hacienda s’étaient enfuis depuis plusieurs jours : ils assistèrent du haut des collines voisines à cet étrange et terrible spectacle qui leur fit croire un moment que la, dernière heure du monde était sonnée.

(84) Je ressentis ce môme Irembiement de terre à Mexico le 3 octobre 1847, à 9 heures du matin. Les soldats américains an pouvoir desquels la ville était tombée en furent épouvantés; le roulement d’une voiture qui ébranlait les fenêtres les faisait courir éperdus. Leur panique dura plusieurs semaines.

La plus forte secousse souterraine que j’aie ressentie à Mexico est celle du 7 avril 1845. Les mouvements oscillatoires du sol furent tels, que tous les édifices en furent ébranlés, et que la coupole de la chapelle de Sainte-Thérèse s’écroula. La durée du phénomène put être appréciée facilement pendant trois minutes : je les ai comptées montre en main. Mais un pendule que je fixai au plafond de mon appartement m’apprit que la ferre ne cessait pas de se mouvoir : il oscilla de dix à vingt degrés durant un jour et demi. Dans le même temps nous ressentîmes un grand nombre d’autres secousses plus ou moins fortes, (pie le pendule confirmait aussitôt par l’amplitude de ses arcs.

NOTES

Une partie de la population effrayée alla camper jusqu’au lendemain à l’Alameda ou à Bucareli; les gens aisés abandonnèrent la ville, et n’y rentrèrent pas de six semaines.

(85) Le gouverneur de la Vega envoya au ministère de l'intérieur, à Mexico , pour l’exposition universelle de Londres, différents produits agricoles du territoire de Colima : c’étaient plusieurs espèces de coton, du cacao , du café, ainsique des échantillons de bois précieux. Eh bien, rien de cela ne fut expédié à Londres: sans doute le coton fut jeté aux ordures, les échantillons de bois servirent de cales pour les tables, le cacao alla chez le chocolatier se mouler en tablettes, et le café fut pris et savouré par Son Excellence, que l’honneur de son pays intéressait peu.

La meme chose arriva pour les objets expédiés par les autres gouverneurs; aussi l’industrie mexicaine n’attira-t-elle l’attention générale que par sa nullité. On se demandait avec surprise comment il se faisait que le Mexique, ce pays si riche de productions diverses, et qui a fait un pas honorable dans les arts depuis trente ans, n’eût cherché à briller parmi les nations que par quelques figurines de cire d’un travail fort médiocre. On eût été encore bien plus étonné si l’on eût su le fin mot.

Toutefois, à l’exposition universelle de Paris en 1855, le Mexique a reconquis la place qui lui appartenait parmi les nations, et que son apathie lui avait fait perdre. Grâce au zèle éclairé de M. Velâzquez de Léon, ministre de l’industrie, les exposants mexicains ont obtenu quatre médailles de première classe , cinq de deuxième classe, et cinq mentions honorables. Ce sont leurs produits qui ont été les meilleurs et les plus nombreux parmi ceux de tous les peuples d’Amérique après les Etats-Unis. On voyait dans les vitrines qui leur étaient réservées des échantillons d’argent natif d’une richesse admirable , de beaux minerais de mercure , de plomb, d’étain, de cuivre et de fer. Ce dernier métal abonde sur le sol mexicain. Malheureusement le charbon de terre y est fort rare : on ne se sert que de charbon végétal, ce qui empêche les forges, les usines, de prendre un grand développement.

Pour les produits agricoles, la collection des échantillons de maïs n’avait pas son égale. Le café mexicain n’avait d’autre rival que celui de Moka, et le tabac que celui de la Havane.

Le Mexique exposa aussi des draps et des casimirs de la fabrique de M. Beistegui, des tapis de celle de M. Eubio. Parmi les tissus de coton , on remarquait une écharpe de deux mètres de long sur

NOTES

huit décimètres de large, d une telle linesse, qu'il pouvait passer par le plus petit anneau de femme. MM. Arcllano et Francoz exposèrent aussi des écharpes de soie, fabriquées, par le premier, d’après le système des Aztèques, et par le second, au moyen de métiers Jacquard.

Il y avait aussi de fort beaux papiers de MM. Carrillo et lîenlield; des spécimens typographiques remarquables de M. Cumplido; une élégante voiture des ateliers de M. Wilson , et une machine fort ingénieuse pour la fabrication des cigarettes. M. Adorno présenta un nouveau système de lecture et d’écriture musicales , auquel il a donné le nom de mélographic ; un appareil transpositcur de ce genre d’écriture, par lequel les morceaux se trouvent écrits à volonté dans tous les tons; un instrument d’acoustique, appelé géomètrine, pour trouver les sons géométriques; un tableau représentant la loi de ces sons; une méthode de piano et une autre de chant pour le nouveau système , et enfin, un modèle de piano mélographe, qui est en voie de construction dans la maison Frard1, de Paris, où l’on a construit également l’instrument dit géomélrine.

Le piano mélographe écrira la musique qu’on y exécutera , laquelle, par un procédé bien simple, pourra être lue dans tous les tons à volonté, par le système mélographe, ou être traduite en notation musicale usuelle 2.

Le gracieux tableau de M. Cordero, Jésus et la femme adultère , figura aussi à l’exposition des beaux-arts de la même année à Paris.

(86) Je vis à Oaxaca, en 1849, le directeur de la douane saisir à un pauvre muletier une grosse de cuirs anglais, parce qu’ils étaient portés sur ses factures à l’article des merceries, au lieu de figurer parmi ceux de l’épicerie, où il a plu au législateur de les placer. Je dis en moi-même : Voilà un homme qui préfère l’argent à l’honneur, qu’il soit maudit!

A mon retour de France, au mois de janvier 1843, j’apportais un service en argent qui n’était point enregistré sur les feuilles du capitaine, parce que je n’entendais rien alors aux formalités exigées, n’étant point négociant. La loi autorisait les douaniers à saisir mon argenterie. Mais que fit le directeur de la douane de Vera-Cruz? Il me dit : te Puisque vous nous avez montré la caisse et annoncé son contenu avant de l’ouvrir, il ne peut y avoir de votre part une pensée

1 Fin de 1855.

Happorl de la commission mexicaine.

N O T IiS.

de fraude, nous ne vous saisirons donc pas voire service; mais nous lui imposerons un double droit en punition de votre négligence. » Cet acte d’équité du directeur me fit dire : Voilà un homme qui met son honneur fort au-dessus d’un sordide intérêt ; qu’il soit béni !

(87) L’empereur Iturbide laissa huit enfants : quatre garçons cl quatre filles. Celles-ci résident avec leur mère aux Etats-Unis, où elles n’ont jamais consenti à se marier, quoiqu’il se fût présenté un grand nombre de partis brillants sous le rapport de la fortune. Elles aspiraient à des alliances illustres : ne les ayant pas trouvées, elles se sont résignées au célibat, et tout le monde les a louées de cette noble fierté.

I)e tous les fils d’Ifurbide, Salvador est jusqu’à présent le seul qui se soit marié ; il n’a pas été aussi difûcile que ses sœurs.

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