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CHAPITRE DOUZIÈME

(88) Depuis que dans l’orthographe espagnole le j a été substitué à l’a.1, toutes les fois que cette lettre a un son guttural aspiré, on peut croire souvent que les mêmes noms représentent des objets différents. Ainsi , on n’écrit pins à présent Guanaxuato avec un x , mais avec un j (Guanajuato) ; Mexico , Oaxaca , Guadalaxara, s’écrivent aussi Mejico, Oajaca, Guadalajara. Cependant, comme nous n’adopterons certainement pas de longtemps cette dernière orthographe, pour les noms qui nous sont bien connus, j’ai maintenu X x dans ceux-ci, et je n’emploie le j que pour les mots ignorés ou peu connus.

Pour cc qui regarde la prononciation des mots espagnols et mexicains, je préviens le lecteur que Xe se prononce comme s’il portait un accent aigu, et Xu, comme la diphlhongue ou. Ainsi Pulque, Fuie, Perote, Andrade , etc., se lisent comme s’il y avait Poulquè, Foulé , Péroté , Andrade, etc.

On trouvera cependant quelques noms moxicains accentués, tels que Aztèques, Toltèques , Tépancques , etc. ; c’est que ces mots ne conservent plus leur orthographe primitive : ils ont été francisés depuis longtemps.

(89) Pour faire mouvoir 1,132 moulins (arrastres) , il faut 9,056 mules, qui coûtent par mois 67,910 piastres, en fixant le

VOTES

prix moyen de la nourriture de chaque hèle à 7 piastres et demie; dépenses qui se réduiraient de moitié, si on pouvait remplacer les manèges des moulins par des appareils hydrauliques.

(90) L’argent et l’or monnayés en 1850 à Guanaxuafo s’élèvent à 923,016 marcs, et comme on consomme environ 10 onces de mercure pour l’extraction d’un marc, la consommation n’a pas été moindre de 5,770 quintaux cette année-là; ce qui représente un capital de 865,500 piastres, à 150 piastres le quintal, prix auquel il était coté alors.

Le prix du mercure a beaucoup varié depuis quelques années; il atteignit 200 piastres le quintal à f époque de l’invasion des Américains en 1848, et tomba à 45 en 1852, lorsque les produits de Californie vinrent faire concurrence à ceux d’AImaden. Mais depuis que les détenteurs de ce métal se sont entendus, le prix a remonté; il est de 64 piastres aujourd’hui (1855). Jamais il n a baissé audessous de 40, ni dans le siècle dernier, ni dans celui-ci.

Au prix où il se vend actuellement , on peut tenter l’extraction de l’argent avec quelque profit, quand le minerai n’en contient pas moins de trois marcs et demi par 32 quintaux et qu’on l’a sous la main. Mais si la mine est éloignée de plusieurs lieues de l’usine, il faut calculer sur cinq ou six marcs d’argent pour en faire l’extraction avec avantage. A l’époque où le mercure valait 150 piastres le quintal , le minerai devait contenir au moins un marc et demi de plus d’argent pour donner le même bénéfice.

La valeur du sel consommé par un moulin ( arrastrc ) en un an n’est pas moindre de 233 piastres, en comptant la charge de trois quintaux à 10 piastres. On a payé cette année (1855) la charge à J 5 piastres, à cause de l’abondance des pluies qui lit suspendre les travaux des salines du Penon.

(91) Les propriétaires d’haciendas, dans le Bajio, devraient être plus généreux envers leurs gens de glèbe qu’on ne l’est partout ailleurs, eu égard aux richesses que leur donne l’agriculture. Cependant il n’en est pas ainsi : ils les traitent au contraire avec une rigueur, une injustice qu’on ne saurait trop blâmer. Un manœuvre ne reçoit par jour que deux réaux pour lui et sa famille, sans aucun autre secours en nature; et s’il veut élever un porc, une vache, il est obligé de donner à son maître la moitié de la valeur du porc et du veau qui vient de naître. S’il veut cultiver une portion de terrain , tous les frais de labourage , de semences , de sar-

clage, etc., restent à sa charge. Il est encore tenu de remettre an propriétaire la moitié de sa récolte. Voilà pourquoi les malheureux habitants du Bajio ne peuvent point avancer, et n’ont que la misère en perspective pour leurs vieux jours.

(92) Il faut avouer cependant que depuis que les Européens abondent à Mexico et surtout depuis l’invasion des Américains, les Mexicains ont beaucoup perdu pour la politesse et les belles manières hors de leur société intime. On ne cède plus maintenant le haut du pavé ni aux dames, ni aux vieillards, ni aux ecclésiastiques; on se contente souvent de répondre par un léger signe de tête au salut d’un galant homme qu’on croit peu favorisé de la fortune ; on se précipite le premier dans les voitures de place, dans les omnibus, sans avoir égard à la classe des personnes qui se pressent autour du marchepied. On exagère même en cela la rusticité des Américains qui n’existait que d’homme à homme, et qui faisait place à la plus fine galanterie dès qu’une femme se présentait, quels que fussent d’ailleurs son âge et sa condition.

(93) Depuis un an M. Comonfort a déployé àla présidence une activité, une habileté et une énergie que je ne saurais comparer à rien de ce que j’ai vu jusqu’à présent au Mexique. C’est réellement un homme d’Etat d’un mérite peu commun , et l’on s’accorde à dire aussi que c’est un honnête homme.

(94) Depuis que les idées des Knoiv-Nothings ont pris un développement si effrayant aux États-Unis, l’immigration a diminué de moitié. Les colons, se voyant exposés aux vexations, à la brutalité d’une masse hostile, renoncent au voyage qu’ils avaient médité et que leurs devanciers entreprenaient avec tant d’enthousiasme.

Il paraît donc probable, au premier abord , que plus les idées de ce parti prendront d’extension , et moins on aura à craindre la dépopulation de l’Europe. Cependant on aurait tort de se fier trop à cet espoir, si on laissait les Américains s’agrandir, et en voici la raison.

Ce qui a donné naissance aux Know-Nolhings, c’est l’affluence des Européens dans les grandes villes, principalement depuis que les terres à vendre se trouvent fort éloignées des côtes de l’Est, et par conséquent le poids décisif que leur vote jette dans la balance des élections. On sait que le plus grand nombre des émigrés adoptent les principes du parti démocrate , et que les Irlandais en particulier vendent leur vote à qui veut l’acheter.

NOTES

Eh bien , les craintes du parti opposé cesseraient d’exister aussitôt'que le laboureur trouverait, non loin des côtes, des terres étendues où, pour former un établissement avantageux, il n’aurait que l’embarras du choix. Qu’on fasse bien attention que la majeure partie des émigrants se compose de gens qui ne savent que remuer la terre; que les artisans d’objets de luxe, ceux qui ne peuvent se fixer ailleurs que dans les grandes villes, se trouvent en minorité parmi eux, et qu’ainsi les campagnes se peupleraient de colons avant les villes, comme cela avait lieu dans le principe aux Etats- Unis ; de sorte que les Know-Nothings, n’ayant plus rien à craindre du petit nombre des colons citadins, redeviendraient hospitaliers pour tous.

L’Europe a donc tout à gagner en maintenant la république des États-Unis dans ses limites actuelles, puisque sa force ne peut que diminuer au milieu des troubles occasionnés par le choc des partis, tandis qu’elle a tout à perdre en la laissant s’agrandir aux dépens de ses voisins.

(95) Quoique je traite sévèrement ici les Américains pour leur politique extérieure, je suis loin d’être leur ennemi individuellement. Je les ai vus chez eux, et si j’ai trouvé que leur caractère et leur éducation prêtaient souvent à la critique, j’ai reconnu aussi que la somme de leurs bonnes qualités pesait fortement dans la balance du jugement qu’on doit porter sur eux.

J’ai toujours rencontré dans mes voyages aux Etats-Unis des hommes fort polis, fort liants, qui, après quelques heures de conversation, se montraient d’une urbanité, d’une prévenance exquises. Sur les paquebots des fleuves, ces Américains bien élevés se groupaient autour de moi pour me faire les honneurs de la table et empêcher que j’eusse à me plaindre de la rusticité des autres passagers. Le lendemain de mon arrivée à Philadelphie, le fils d’un attorney général , qui était venu de New-York avec moi, vint me chercher dans sa voilure pour me mener à la Pénitencière , au IVater-Work et à Gérai d-ColIedge ; attention dont je n’ai jamais été l’objet en voyageant en Europe. Tous montraient une complaisance extrême à débrouiller le sens de mes phrases mal construites, lorsque eux-mêmes ne comprenaient pas le français.

Je me souviens qu’en 1831, dans une tournée que je fis de Washington à Mount-Vernon , je me trouvai à déjeuner assis à côté d’un homme fort bien mis , que je supposais appartenir à la classe des gens comme il faut; mais je ne tardai pas à m’apercevoir du

NOTES

contraire : ce monsieur accaparait les plats délicats et versait tout sur son assiette. Bien plus , dans un moment où j’avais la tête tournée, il s’empara de la tasse de thé qu’on venait de me servir et la but.

Je fus fort surpris de cette façon d’agir, qui fait tant crier les touristes européens ; mais j’en ris de bon cœur avec mes autres compagnons de voyage; ce qui, du reste, ne sembla pas faire la moindre impression sur mon buveur de thé.

Cet acte excentrique, cette ignorance des bienséances, me fit rechercher quelle pourrait être la cause d’une si grande différence dans les procédés des uns et des autres. Or, je ne tardai pas à savoir que l’homme au thé était un tanneur qui allait acheter des peaux je ne sais où. Il s’était écarté de sa route pour faire, comme moi, un pèlerinage au tombeau du fondateur de la liberté américaine.

Toutes les fois que je voyais commettre une grossièreté par quelque Américain portant habit de drap fin et chemise blanche, je m’enquérais de sa condition , et le plus souvent j’apprenais que c’était un maçon, un cordier, un cabaretier ou tout autre industriel aussi bas placé dans la hiérarchie sociale.

Eh bien, si en France nous étions exposés à nous trouver souvent à table d’hôte, dans les hôtels ou sur les paquebots de la Méditerranée, à côté de gens de la même classe, voyageant avec la bourse bien pleine , leur ton et leurs manières , leurs exigences et leur arrogance ne tarderaient pas à nous faire considérer leur société comme un supplice. Il est vrai qu’il ne leur viendrait jamais à l’esprit de faire certaines choses que font les Américains ; mais ils en feraient d’autres aussi répréhensibles, qu’on n’a jamais à reprocher à ceux-ci.

(96) J’ai consulté individuellement l’opinion publique au Mexique pendant dix années consécutives, et je n’ai pas trouvé plus d’une personne sur cent qui ne désirât l’appui des puissances européennes contre l’ambition des Américains , et je ne saurais en compter plus d’une sur dix qui ne considérât comme un bienfaits que la France , en particulier, intervînt dans la politique intérieure du Mexique, pour donner aux hommes d’Etat le temps et les moyens d’asseoir sur des bases solides un gouvernement du goût de la majorité, qui assurât la prospérité et l’indépendance de ce beau pays.

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