‹ Le MexiqueChapitre 10 sur 96 · CONSEILS D'UN PÈRE A SON FILS · texte numérisé non relu

CONSEILS D'UN PÈRE A SON FILS

« 0 mon fils très-cher, créé par la volonté de Dieu*, sous les yeux de tes père et mère et de tes parents, comme un poussin qui sort de sa coquille

1. Pages 132 et suivantes du Mémoire de Zurita, dans la collection Ternaux. C'est le texte même de M. Ternaux que nous reproduisons. M. Prescott s'est borné à citer les avis de l'une des mères, celle de la classe moyenne.

2. Les mots de Dieu, de Seigneur, ont été substitués par les religieux, qui recueillirent ces poésies après la conquête, à ceux de diverses divinités de l'Olympe aztèque : de même celui de démon remplace l'indication de quelque mauvais génie de la mythologie mexicaine; mais il y a lieu de croire que c'est le seul changement que. ces religieux firent à ces pièces. Us l'ont dit expressément, et ils contrôlaient l'une par l'autre plusieurs traductions faites par des Indiens lettrés de différentes villes.

s'essaye à voler, tu t'essayes à la peine. Nous ignorons jusques à quand Dieu nous permettra de jouir de toi ; supplie-le, mon fils, de te protéger, car il t'a créé; c'est ton père, il t'aime mieux que moi. Adresse-lui tes soupirs nuit et jour; qu'il soit l'objet de tes pensées, sers-le avec amour, il te sera miséricordieux et te délivrera de tout danger. Respecte l'image de Dieu et tout ce qui a rapport à lui. Priele dévotement, observe les fêtes religieuses ; celui qui offense Dieu mourra misérable, et ce sera sa faute.

« Honore et salue les vieillards, console les pauvres et les affligés par tes discours et par tes bonnes œuvres.

«« Révère, aime, sers tes père et mère, obéis-leur, car le fils qui ne se conduit pas ainsi s'en repentira.

« Aime et honore tout le monde, et tu vivras en paix.

« N'imite pas les insensés qui ne respectent ni père ni mère , et qui , semblables aux animaux, n'écoutent les^onseils de personne.

« Fais bien attention, mon fils, de ne pas te moquer des vieillards, des malades, des estropiés, ni des pécheurs. Ne sois pas superbe à leur égard, ne les hais pas, mais humilie-toi devant le Seigneur, et crains d'être aussi malheureux qu'eux.

« N'empoisonne personne, car tu offenserais Dieu dans sa créature, ton crime se découvrirait, tu en porterais la peine, et tu mourrais de la même mort.

« Sois probe, poli, et ne cause de la peine à personne.

« Ne te mêle pas des affaires où tu n'es pas appelé, dans la crainte de déplaire et de passer pour un indiscret.

« Ne blesse personne; évite l'adultère et la luxure, c'est un vilain vice qui cause la perte de celui qui s'y livre, et qui offense Dieu.

« Ne donne pas de mauvais exemples.

« Sois modeste en tes discours; n'interromps pas les personnes qui parlent, ne les trouble pas; si elles s'expriment mal, si elles se trompent, contente-toi de ne pas les imiter. Garde le silence quand ce n'est pas à toi de parler, et si l'on t'interroge, réponds ouvertement, sans passion et sans mensonge. Ménage les intérêts des autres, et l'on fera cas de tes discours. Si tu évites, ô mon fils, de rapporter des contes, de répéter des plaisanteries, tu éviteras de mentir et de semer la discorde, ce qui est un sujet de confusion pour celui qui le fait.

« Ne sois pas un batteur de pavé, ne rôde pas dans les rues, ne perds pas ton temps dans les marchés ou dans les bains, de crainte que le démon ne te tente et ne fasse de toi sa victime.

« Ne sois pas affecté ou trop recherché dans ta mise, car c'est un indice de peu de jugement.

« Dans quelque endroit que tu te trouves, que ton regard soit modeste ; ne fais pas de grimaces, évite les gestes déshonnêtes : tu passerais pour un libertin, et ce sont des pièges du démon. Ne prends personne par la main ou par ses habits, ce qui est

le signe d'un esprit indiscret. Fais bien attention, quand tu marches , de ne pas barrer le passage à qui que ce soit.

« Si l'on te prie de te charger d'une affaire, et que ce soit pour te tenter , excuse-toi honnêtement de le faire, bien que tu puisses en retirer quelque avantage, et tu seras tenu pour un homme sage et prudent.

« N'entre pas ou ne sors pas avant tes supérieurs ; évite de prendre le pas sur eux, laisse-leur toujours la place d'honneur, et ne cherche à l'emporter sur personne, à moins que tu ne sois élevé en dignité, car tu serais regardé comme un grossier. Sois modeste ; l'humilité nous mérite la grâce de Dieu et des puissants.

« Ne te hâte pas trop en mangeant ou en buvant, et, si tu es à table, offre à celui qui se présentera à toi dans le besoin de prendre part à ton repas; tu en seras récompensé. Si tu manges en compagnie, que ce soit sans avidité et sans gloutonnerie; tu passerais pour un gourmand. Prends tes repas la tête baissée, et de manière à ne pas finir avant les autres, de peur de les offenser.

« Si l'on te fait un présent, quelque faible qu'il soit, ne le dédaigne pas, et ne pense pas mériter davantage, car tu n'y gagnerais pas devant Dieu ni devant les hommes.

« Confie-toi entièrement au Seigneur, c'est de lui que te viendra le bien, et tu ne sais pas quand tu peux mourir.

« Je me charge de te procurer ce qui te convient,

souffre et attends patiemment. Si tu veux te marier, dis-le-moi ; et puisque tu es notre enfant, n'entreprends pas de le faire avant de nous en avoir parlé

« Ne sois ni joueur ni voleur, car un de ces défauts occasionne l'autre, et c'est très-honteux. Si tu évites de l'être, tu ne seras pas diffamé dans les places publiques et dans les marchés.

« Suis toujours le bon parti, ô mon fils. Sème, et tu recueilleras ; tu vivras de ton travail, et conséquemment tu seras satisfait et chéri de tes parents.

« On ne vit dans ce monde qu'avec bien de la peine, on ne se procure pas facilement le nécessaire. J'ai eu bien du mal à t'élever, et pourtant jamais je ne t'ai abandonné et je n'ai rien fait dont tu puisses rougir.

« Si tu veux vivre tranquille, évite de médire, car la médisance occasionne des querelles.

<t Tiens secret ce que tu entends dire ; qu'on l'apprenne plutôt par d'autres que par toi, et si tu ne peux t'empècher de le dire, parle franchement sans rien cacher, quand même tu croirais bien faire.

« Ne raconte pas ce dont tu as été témoin. Sois discret, car c'est un vilain vice que d'être bavard, et si tu mens, tu seras certainement puni. Garde le silence, on ne gagne rien à parler.

« Si l'on t'envoie en message près de quelqu'un qui t'accueille durement, qui parle mal de celui qui t'a envoyé, ne rapporte pas cette réponse donnée de mauvaise humeur, et ne laisse pas entendre qu'on te l'a faite. Si l'on te demande comment tu as été reçu, réponds tranquillement, en termes

doux; cache le mal que l'on t'a dit, dans la crainte d'irriter les deux parties, qu'on ne se blesse ou qu'on ne se tue, et que plus tard tu ne dises tristement : Ah! si je ne l'avais pas dit! mais il sera trop tard, et tu passeras pour un brouillon, sans avoir d'excuse.

* N'aie aucun rapport avec la femme d'un autre, vis chastement, car on n'existe pas deux fois dans ce monde, la vie est courte, difficile, et tout a un terme.

« N'offense personne, n'attente pas à son honneur ; rends-toi digne des récompenses que Dieu accorde à chacun comme il lui plaît, reçois ce qu'il te donnera, remercie-le, et si c'est beaucoup, ne t'enorgueillis pas. Humilie-toi, ton mérite n'en sera que plus grand, et les autres n'auront pas occasion de murmurer; mais au contraire, si tu t'attribues ce qui ne t'appartient pas, tu recevras des affronts et tu offenseras Dieu.

« Lorsque quelqu'un te parle, ne remue ni les pieds ni les mains, ne regarde pas à droite et à gauche, évite de te lever, ou de t'asseoir si tu es debout; tu passerais pour un étourdi et un impoli.

o Si tu es au service de quelqu'un, aie soin de te rendre utile avec zèle et de lui être agréable ; tu ne manqueras pas du nécessaire, et tu seras bien traité partout : si tu fais le contraire, tu ne pourras rester chez personne.

« Mon fils, si tu refuses d'écouter les conseils de ton père, tu feras une mauvaise fin, et ce sera ta faute.

« Ne sois pas orgueilleux de ce que Dieu t'a donné et ne méprise pas les autres; tu offenserais le Seigneur, qui t'a placé dans une position honorable.

« Si tu es ce que tu dois être, on te citera aux autres pour modèle quand on voudra qu'ils se corrigent.

« Voici, ô mon fils! les conseils que te donne un père qui te chérit; observe-les, et tu t'en trouveras bien. »

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