‹ Le MexiqueChapitre 11 sur 96 · CONSEILS D'UNE MÈRE A SA FILLE · texte numérisé non relu

CONSEILS D'UNE MÈRE A SA FILLE

œ Ma fille, je t'ai mise au monde, je t'ai élevée et nourrie comme il faut, l'honneur de ton père a rejailli sur toi; si tu ne fais pas ton devoir, tu ne pourras pas vivre avec les femmes vertueuses, et personne ne voudra de toi pour épouse.

« L'on ne vit dans ce monde qu'avec beaucoup de peine et de travail; les forces s'épuisent; il faut donc servir Dieu pour qu'il nous aide, nous soutienne et nous accorde la santé. 11 faut être active et soigneuse pour acquérir le nécessaire.

« Ma fille chérie, évite la paresse et la négligence, sois propre et laborieuse, soigne ton ménage, fais-y régner l'ordre, que chaque chose soit à sa place : voilà comme tu apprendras à faire ton devoir quand tu seras mariée.

« Dans quelque endroit que tu ailles, respecte la pudeur ; ne marche pas trop vite ni en riant ou en regardant çà et là les hommes qui passent près de toi; ne regarde que ton chemin : c'est ainsi que tu acquerras la réputation d'une honnête femme.

« Aie bien soin d'être polie, de parler convenablement; et quand on t'interroge, que tes réponses soient courtes et claires.

« Soigne ta maison, fais de la toile , travaille ; tu seras aimée, tu mériteras d'avoir le nécessaire pour vivre et te vêtir, tu seras heureuse, et tu remercieras Dieu de ce qu'il t'a donné les talents nécessaires pour cela.

« Ne te laisse pas aller au sommeil ni à la paresse, n'aime pas trop à rester au lit, à l'ombre ou au frais, car tu deviendrais nonchalante, libertine, et tu ne pourrais vivre avec honneur et convenablement. Les femmes qui se livrent au libertinage ne sont ni recherchées ni aimées.

« Que tu sois assise ou levée, que tu marches ou que tu travailles, que tes pensées et tes actions, ma fille, soient toujours louables. Remplis ton devoir, afin d'obéir à Dieu et à tes parents.

« Ne te fais pas appeler deux fois, viens tout de suite pour voir ce que l'on désire, afin que l'on n'ait pas le chagrin de punir ta paresse et ta désobéissance.

« Écoute bien les ordres que l'on te donne, ne réponds pas mal ; et si lu ne peux pas faire ce que l'on t'ordonne sans manquer à l'honneur, excusetoi poliment, mais ne mens pas et ne trompe personne, car Dieu te voit.

« Si tu entends appeler une autre personne et qu'elle n'arrive pas aussitôt, hâte-toi d'aller voir ce que l'on désire; fais ce que l'on voulait qu'elle fit, et tu seras aimée.

« Si l'on te donne un bon avis, profites-en, ne le méprise pas, de crainte de te faire mésestimer.

« Que ta démarche ne soit pas trop hâtée ni déshonnête; tu passerais pour une femme légère.

« Sois charitable, n'aie de haine ni de mépris pour personne, évite l'avarice, n'interprète rien en mauvaise part, et ne sois pas jalouse du bien que Dieu accorde à d'autres.

« Ne fais pas de tort à autrui, dans la crainte qu'on ne t'en fasse à toi-même; évite le mal; ne suis pas les penchants de ton cœur, tu pourrais te tromper, tomber dans le vice, et tu ferais ta honte et celle de tes parents.

« Évite la société des menteuses, des paresseuses, des commères et des femmes de mauvaises mœurs; elles te perdraient.

« Occupe-toi de ion ménage, ne sors pas de chez toi pour te divertir, ne perds pas ton temps au marché, dans les places et les bains publics ; c'est trèsmal, et c'est ainsi que l'on se perd, que l'on se ruine et que l'on devient vicieuse, car on y nourrit de mauvaises pensées. *

« Lorsqu'un homme cherche à t'adresser la parole, ne l'écoute pas, ne le regarde pas, garde le silence, et ne fais pas attention à lui; s'il te suit, ne lui réponds pas, dans la crainte que tes paroles n'excitent sa passion. Si tu ne fais pas attention à lui, il cessera de te suivre.

« N'entre pas chez les autres sans besoin, pour éviter que l'on ne jase sur ton compte.

« Si tu vas voir tes parents, témoigne-leur tes

respects ; ne sois pas paresseuse, prends part au travail qui est en train si tu le peux, et ne reste pas à regarder celles qui travaillent.

« Si tes parents te choisissent un époux, tu dois l'aimer, l'écouter, lui obéir, faire avec plaisir ce qu'il te dit, ne pas détourner la tête lorsqu'il te parle ; et s'il te disait quelque chose de désobligeant, cherche à surmonter ton chagrin. S'il vit de ton bien, ne le méprise pas pour cela. Ne sois ni bourrue, ni incivile, car tu offenserais Dieu, et ton mari s'irriterait contre toi; dis-lui avec douceur ce que tu crois convenable. Ne lui tiens pas de discours offensants devant les autres et même étant seule, car c'est toi qui en porterais la honte et le mépris.

« Si quelqu'un vient rendre visite à ton mari, reçois-le bien et fais-lui quelque amitié.

« Si ton mari ne se conduit pas convenablement, donne-lui des avis sur la manière de se conduire, et dis-lui d'avoir soin de sa maison.

« Sois attentive à ce que l'on travaille à tes terres, aie soin des récoltes et ne néglige rien.

« Ne prodigue pas tort bien, aide ton mari dans ses travaux ; de cette façon tu ne manqueras pas du nécessaire et tu pourvoiras à l'éducation de tes enfants.

« Ma fille, si tu suis mes avis, tu seras aimée et estimée de tous. En te les donnant, je remplis mon devoir de mère ; en les suivant, tu vivras heureuse. S'il en est autrement, ce sera de ta faute ; tu verras plus tard ce qui t'arrivera de ne m'avoir pas écoutée, et l'on ne pourra pas dire que j'ai négligé de

te donner les conseils que je te devais comme mère. »

Ces discours d'un père à son fils et d'une mère à sa fille ne sont pas des chefs-d'œuvre littéraires : tels que je viens de les reproduire, ils présentent des longueurs, des répétitions, des banalités, dont une partie pourrait cependant être imputée aux différents traducteurs par lesquels l'œuvre est passée. Mais, en somme, ils ne contiennent pas un mot que, dans notre civilisation du dix-neuvième siècle, des parents ne crussent à propos de dire à leurs enfants, et, circonstance plus remarquable, ce qu'il y aurait à y ajouter se réduirait à peu de chose.

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