‹ Le MexiqueChapitre 13 sur 96 · Idea deuna nueva historia de la America septentrional · texte numérisé non relu

Idea deuna nueva historia de la America septentrional

pénitence, elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle serait sans pouvoir sur lui tant qu'il n'aurait pas quitté cette position protectrice. Elle lui dit donc d'une voix douce : « Ami Yappan, viens à moi; je suis la déesse Tlazolteolt, qui t'apporte la récompense de ta vertu. « Trompé par ces paroles, le pauvre Yappan se hâta de courir au-devant d'elle ; mais à peine s'était - il éloigné de l'autel , qu'un feu nouveau circula dans ses veines, et il tomba dans le piège qui lui était tendu.

« Yaotl, qui n'avait cessé de l'observer de loin, fut si indigné de celte conduite, qu'il ne put s'empêcher de courir vers lui en s'écriant : « Misérable ! n'as-tu pas honte de tromper les dieux et de profaner ainsi leur sanctuaire? » En disant ces mots, il lui abattit la tête d'un coup d'épée. Yappan tomba par terre en ouvrant les bras, et les dieux le changèrent en un scorpion couleur de cendre qui a toujours les bras ouverts. Yaotl, dont la vengeance n'était pas encore satisfaite, alla chercher Tlahuitzin, femme de celui qu'il venait d'assassiner, et lui dit, en lui montrant le corps de son époux : « Vois, Tlahuitzin, la manière dont j'ai châtié celui qui a osé offenser les dieux; mais ma vengeance ne serait pas complète si tu ne partageais son sort. » A ces mots, il fit rouler sa tête à côté du malheureux Yappan. Tlahuitzin fut aussitôt changée en scorpion couleur de feu, et, en cherchant à se cacher sous les pierres de l'autel, elle y rencontra son époux.

« Les Mexicains prétendent que tous les scorpions descendent de ce malheureux couple, et que, par

honte du péché de Yappan, ils n'osent se montrer au grand jour et se cachent sous des pierres. Quant à Yaotl, il n'échappa pas à la punition que méritait son double crime, et fut métamorphosé en sauterelle. »

Quand on examine les croyances des Mexicains dans les rapports qu'elles peuvent offrir avec celles des peuples de l'ancien monde, on ne peut se dissimuler qu'il y a lieu à plus d'un rapprochement curieux. On retrouve chez cette nation transatlantique, si différente de l'Europe, certains traits généraux communs à toutes les religions du vieux continent, d'où résulte entre elles une harmonie particulière dont il est difficile de se rendre compte, à moins de leur supposer un même berceau. Ainsi, parmi les traditions des Mexicains, on remarque l'idée de la mère commune des hommes, qui est toujours représentée ayant auprès d'elle un serpent, ce qui rappelle l'Eve de la tradition sémitique. Des peintures sacrées montrent une grande couleuvre panachée mise en pièces par le Grand Esprit Tezcatlipoca, ou par le Soleil sous les traits du dieu Tonatiuh. C'est comme le serpent Python tué par Apollon, ou comme le dragon terrassé par l'archange Michel , ou comme dans les livres brahmaniques le serpent Kalya ou Kaligana, vaincu par Vichnou sous la forme de Krischna. Le Tonatiuh des Mexicains a bien des analogies avec le Krischna des Indous, et avec le Mithras des anciens Perses. La femme au serpent avait deux enfants jumeaux qui rappellent Caïn et Abel. Pour

compléter l'analogie, une peinture aztèque, conservée au Vatican, les représente en lutte l'un contre l'autre. Au Mexique, la tradition mentionnait une inondation universelle à laquelle une famille , celle de Coxcox, avait seule échappé, comme celle de Noé; et puis un édifice, en forme de pyramide comme la tour de Babel, que la vanité des humains avait érigé et que la colère céleste avait renversé. Il serait facile de citer d'autres similitudes entre les idées cosmogoniques et les traditions religieuses des Mexicains et celles des peuples de l'Asie, partie du monde qui est très-proche voisine de la côte occidentale de l'Amérique. Une des plus remarquables est le système des destructions et des générations successives de l'univers. Cette opinion, qui lie le retour des grands cycles de la vie du inonde au renouvellement de la matière, remonte, selon l'observation de M. de Humboldt, à la plus haute antiquité sur notre continent. Les livres sacrés des lndous parlent déjà des quatre âges et des cataclysmes qui auraient à diverses époques fait périr l'espèce humaine. Une tradition des cinq âges, pareille à celle du Mexique, se retrouve sur le plateau du Thibet. Entre le Mexique, tel que le trouvèrent les conquérants espagnols et le Thibet, tel qu'on nous le décrit aujourd'hui, on pourrait signaler beaucoup de rapports. On les observe particulièrement dans la hiérarchie ecclésiastique, la multitude des congrégations religieuses, l'extrême austérité dans la pratique des pénitences subies ou volontairement acceptées. Il faut dire que par ces

divers points, ce n'était pas seulement avec la religion du Thibet, ou avec celle des anciennes civilisations de l'Asie, que la civilisation mexicaine offrait des points de contact : c'était tout aussi bien avec le christianisme et spécialement avec le culte catholique.

On a signalé d'autres coïncidences, pour le moins aussi curieuses, à l'égard du péché originel, du baptême qui en est la conséquence ou le remède, de la confession et de l'eucharistie.

Les Mexicains croyaient à un péché originel. Us considéraient l'espèce humaine comme jetée sur la terre par punition, et imploraient dans leurs prières la miséricorde divine. « Quand un enfant vient au monde, dit Zurita ' , ses parents le saluent en lui disant: « Tu es venu pour souffrir, souffre et prends * patience. » Us se lavaient, à la lettre, du péché originel de même que les chrétiens, car le fond de leur baptême consistait dans des ablutions. Ils avaient la confession et l'absolution. Les secrets du tribunal de la pénitence, car le mot s'applique trèsbien ici, étaient inviolables; mais l'on ne se confessait qu'une seule fois en sa vie, et par conséquent aussi tard que possible. Probablement parce que, à l'époque où les Espagnols arrivèrent, il y avait une sorte de confusion entre l'autorité politique et l'au-

1. Alonzo de Zurita est un homme de loi qui écrivit après dix-neuf ans de séjour au Mexique. Il avait été chargé, comme oïdor de l'audience de Mexico, de faire un rapport sur les différentes classes de chefs des indigènes. M. Ternaux-Compans lui a consacré un volume.

torité religieuse, par l'ascendant que le clergé avait pris dans l'État et sur l'esprit du prince, l'absolution religieuse puriiiait des crimes, même par- devant le bras séculier; et longtemps après la conquête, on voyait encore les Indiens poursuivis par la justice demander à être relâchés en présentant un billet de confession de leur curé. Enfin, les Mexicains avaient une cérémonie pareille au sacrement de l'eucharistie, où les prêtres distribuaient aux fidèles les fragments d'une pâte de maïs qu'on avalait en se prosternant, avec la croyance que c'était la chair même de la Divinité.

La notion qu'avaient les Mexicains de la vie future est un des traits les plus remarquables de leurs croyances. Ils croyaient au paradis et à l'enfer, et ils les concevaient sous une forme épurée qui fait grand honneur à leurs théologiens. Pour eux, l'enfer n'était pas un lieu de torture matérielle, où seraient accumulés les plus hideux supplices que l'imagination la plus exaltée puisse inventer. La souffrance des damnés était principalement de l'ordre moral. Ils étaient là plongés dans une obscurité profonde, livrés à leurs remords. L'autre vie des élus se passait, pendant une première période, en présence du soleil qu'ils accompagnaient avec des danses et des chants dans sa course radieuse au travers des cieux. Après quelque temps, leur esprit allait animer des nuages brillants ou des oiseaux au magnifique plumage, et ils savouraient d'éternelles délices parmi les parfums et les fleurs. Ces joies du paradis étaient de préférence réser-

vées aux guerriers et aux personnes immolées dans les sacrifices. Les Mexicains admettaient pour l'autre vie une situation intermédiaire entre l'enfer et le paradis complet. Mais ce n'était pas un purgatoire, un lieu de souffrance provisoire ; c'était plutôt un paradis incomplet.

Ces analogies, ces ressemblances ne pouvaient échapper aux premiers prêtres catholiques pendant qu'ils s'efforçaient de convertir les peuples du Mexique vaincus. Selon le penchant de leur esprit et de leur caractère, les uns les prirent avec bienveillance et supposèrent que la foi chrétienne avait été jadis apportée parmi ces populations par quelques missionnaires dont la trace personnelle s'était perdue, ou par l'effet d'un miracle. Quelques-uns allèrent jusqu'à supposer que Quetzalcoatl n'était autre que l'apôtre saint Thomas. Les autres les envisagèrent du mauvais côté, disant que c'était une insultante copie du culte du vrai Dieu et que le malin esprit avait livré les dogmes chrétiens à ces idolâtres pour les tourner en dérision. Mais tous étaient frappés de ces similitudes, et on ne peut s'empêcher de considérer qu'elles étaient trop multipliées et trop caractérisées pour être fortuites.

Une des circonstances qui surprirent leplus les Espagnols, c'est que, parmi ces populations idolâtres, la croix était un objet vénéré. Dès le Yucatan, ils en avaient fait la remarque; mais là ce n'était que l'emblème du dieu de la pluie. Sur la côte même du Mexique, la croix se présenta, localement il est vrai, avec un autre caractère. Voici ce qu'on lit

dans le récit du voyage de Grijalva : « A l'île nommée Ulua (aujourd'hui Saint-Jean d'UIua, citadelle de la Vera-Cruz), ils adorent une croix de marbre blanc sur le haut de laquelle est une couronne d'or. Ils disent que sur cette croix il est mort quelqu'un qui est plus beau et plus resplendissant que le soleil1. »

Leurs prières attestaient des sentiments d'une charité touchante, le pardon et l'oubli des injures, a Vis en paix avec tout le monde, disait l'une des oraisons; supporte les injures avec humilité; laisse à Dieu qui voit tout le soin de te venger. »

Les règles de la morale privée tendaient à inspirer les meilleures pensées pour le prochain; on dirait l'émanation de la charité chrétienne. Dans l'exhortation par laquelle se terminait la confession, le prêtre disait au fidèle : « Donne à manger à ceux qui ont faim, des habits à ceux qui sont nus, quelques privations que ce soin doive t'imposer, car la chair des malheureux est ta chair, et ils sont des hommes semblables à toi-même.... »

1. Voyage de Grijalva raconté par le chapelain. (Collection Ternaux.)

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