‹ Le MexiqueChapitre 14 sur 96 · SACRIFICES HUMAINS · texte numérisé non relu

SACRIFICES HUMAINS

A en juger par les sentiments que propageait la religion des Aztèques, par les pratiques qu'elle recommandait aux hommes dans leurs rapports mutuels, par les idées morales qui étaient accréditées parmi eux comme règles de la conduite individuelle, c'eût été un peuple bienveillant, et Mexico aurait pu prétendre, avant Philadelphie, au nom chrétien de ville de l'amour fraternel. Mais, ô fragilité de notre nature! ô inconsistance du cœur humain! ces sentiments et ces pratiques charitables, cette bienveillance et cette équité, ces ménagements pour les femmes, qu'on regarde avec raison comme lapreuve la plus concluante de la douceur des mœurs et de la culture sociale, se combinaient, par une affreuse perversion, avec des sacrifices humains, avec des festins de cannibales. On sacrifiait des hommes en grand nombre sur les autels des dieux, et on dévorait solennellement les corps des viclimes ; c'étaient

des banquets du plus grand apparat. Les Mexicains avaient, on l'a vu, un sacrement qu'on pourrait appeler leur eucharistie ; à partir d'une certaine époque, le pain qui y servait fut pétri avec du sang ! L'esprit demeure confondu quand on voit que ces exécrables cérémonies n'étaient point parmi les Mexicains un legs de la barbarie , transmis de génération en génération, et que des fils plus civilisés maintenaient par un stupide respect pour de grossiers ancêtres. C'était en pleine voie de civilisation que l'idée de ces horreurs était venue aux Aztèques. Plus ils avançaient, plus grandissaient leurs arts, et plus ils semblaient se passionner pour ces pratiques féroces. On dirait qu'ils étaient fascinés par un génie infernal, et on conçoit que les Espagnols aient été persuadés qu'ils avaient des communications directes avec Satan.

Citons quelques lignes de M. de Humboldt sur l'origine de ces sacrifices humains i :

« Depuis le commencement du quatorzième siècle, les Aztèques vivaient sous la domination du roi de Colhuacan; c'étaient eux qui avaient contribué le plus à la victoire que ce roi avait remportée sur les Xochimilques. La guerre finie, ils voulurent oifrir un sacrifice à leur dieu principal, Huitzilopochtli ou Mexitli (dieu de la guerre), dont l'image en bois, placée dans une chaise de roseaux, appelée siège de dieu, était portée sur les épaules de quatre prêtres-; ils demandèrent à leur maître, le roi de

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