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La souris, le bœuf, le cheval, le mouton, le porc

3 . Je renvoie sur ce point , et sur l'ensemble des rapports qu'offrait la civilisation mexicaine avec les civilisations de l'Asie, à l'ouvrage de M. de Humboldt intitulé : Vues des Cordillères et Monuments des peuples indigènes de l'Amérique.

de la filiation grecque et romaine. Sans recourir à la philologie, à la technologie et à l'étude des religions et des mœurs, l'histoire la plus authentique nous interdirait le doute sur ce point. Nous dérivons des Romains et des Grecs par voie de colonisation ou de conquête, et avec un peu d'effort on trouve directement chez nous les signes certains d'une origine plus ancienne encore, qui fait descendre notre civilisation de celle de l'Egypte et de la civilisation arienne. Entre l'Asie et le Mexique point de liens aussi directs, aussi multipliés, aussi intimes. Ea descendance se reconnaît à de frappantes similitudes dans la vie usuelle : or les Mexicains n'avaient de l'Asie ni ses animaux utiles, le cheval , le bœuf, le mouton , le chameau, ni son ver à soie, ni ses grains alimentaires. L'Asie vit de riz; ils se nourrissaient de maïs. Les Mexicains ignoraient le fer, qui était connu en Asie quinze siècles avant l'ère chrétienne. Leur écriture et leur numération ne ressemblaient point à celles des Asiatiques ; on n'a découvert rien de commun entre leur langue et les idiomes de l'Asie. Si pourtant le Mexique eût été colonisé par les Asiatiques, par tous ces côtés il en eût gardé la marque. Les Chinois et les Japonais ont des annales régulièrement tenues, et, malgré ce que de Guignes a pu dire, rien n'y rappelle la découverte d'un continent, rien n'y indique des échanges avec une contrée située comme l'Amérique. De même, aucun souvenir de la Chine et de l'Inde ne subsistait au Mexique. Ainsi les Mexicains n'étaient, par rapport à l'Asie, ni des

enfants, ni des colons, ni des initiés. Les communications entre l'Anahuac et le revers oriental de l'ancien continent se réduisaient probablement au contact de quelques Asiatiques isolés, égarés de leur chemin, desquels les Mexicains avaient tiré quelques notions de science et d'astrologie, quelques traditions cosmogoniques, et qui n'étaient pas retournés chez eux pour raconter à leurs compatriotes qu'ils avaient découvert un nouveau monde d'un admirable climat, afin de les y attirer. Ce que les Toltèques et les Aztèques avaient reçu des grands peuples de l'Asie avait pu contribuer à leur avancement et à leur organisation même; mais ce n'est pas ce qui les avait constitués en corps de nation civilisée.

Quelques-unes des traditions américaines donneraient même à croire que l'autre revers de l'ancien continent, celui qui est opposé à la Chine, l'Europe en un mot, aurait fourni quelques-uns des éléments de la civilisation mexicaine et même de celle des Américains en général. Chez les peuples régulièrement constitués que les Espagnols ont rencontrés dans le nouveau monde, sur les trois plateaux du Mexique, de Cundinamarca et du Pérou , la tradition représente en effet les initiateurs comme arrivant de l'orient, et non pas de l'occident. Quetzal coati au Mexique, Bochica dans le pays de Cundinamarca, et au Pérou Manco-Capac viennent de par delà les monts ou même d'au delà des mers, du côté où le soleil se lève, et les descriptions qu'on donne de leurs personnes se rapportent à notre race

caucasienne mieux qu'à toute autre. Quetzalcoatl en particulier offre au plus haut degré ce caractère. Son origine européenne serait attestée en outre par la direction qu'il prend lorsqu'il quitte le Mexique. Il choisit, on l'a vu, celle de l'Europe. Or il est peu douteux qu'il n'ait voulu alors retourner au pays d'xm il était venu.

Ce qui rend difficile le partage à faire entre l'influence de l'Asie et celle de l'Europe sur l'ancien Mexique, c'est que ces parties du monde offrent l'une a\ec l'autre des rapprochements incontestables. M. Prescott- fait remarquer que, dans certains usages des Aztèques, comme leurs cérémonies funèbres, on trouve des ressemblances à la fois avec les usages des catholiques, avec ceux des musulmans, des Tartares,et de l'antiquité romaine ou grecque. L'observation est parfaitement fondée ; mais ce qui s'ensuit le moins, c'est qu'il faille éliminer l'une et l'autre, l'Asie et l'Europe, des origines de l'ancienne civilisation mexicaine. Les chrétiens et les musulmans , les peuples tartares d'un côté , Rome et la Grèce de l'autre, ont dans leur civilisation des points de départ qui leur sont communs dans une certaine mesure ; ils ont puisé à une source commune. L'action que l'Europe et l'Asie ont pu exercer sur le nouveau monde a pu concourir ainsi à lui imprimer un même cachet, et si les similitudes croisées auxquelles se rapporte l'observation de M. Prescott peuvent susciter un doute, ce n'est pas au sujet de l'existence môme des rapports du Mexique avec les deux extrémités du vieux continent ; ce serait

uniquement sur la question de savoir quelle est la portion de l'ancien monde qui a le plus marqué le Mexique de son empreinte.

Le plus sûr ou le moins incertain est de considérer la civilisation mexicaine comme autochthone dans sa constitution générale. Les races rouges avaient trouvé chez elles-mêmes les principaux matériaux de leur édifice religieux, social et politique. Des êtres supérieurs en avaient tiré les éléments du fond de leur génie , ou les avaient reçus par l'effet d'une de ces illuminations révélatrices auxquelles il faut recourir comme à la cause suprême, lorsqu'on essaye de remonter à l'origine des sociétés. Que si, parmi les analogies qu'on a invoquées en, faveur des divers systèmes d'après lesquels la civilisation du Mexique procéderait d'une de celles de l'ancien monde, il est des traits de ressemblance matérielle propres à séduire l'esprit, tels que les pyramides colossales et orientées, quelques autres caractères de l'architecture, et l'emploi des hiéroglyphes, il convient de se demander s'il ne serait pas plus judicieux de les attribuer à ce que l'homme est jusqu'à un certain point semblable à luimême, dans ses ouvrages comme en sa personne. Quoi de surprenant dès lors à ce que les premiers siècles d'empires situés dans des climats analogues, quelque séparés qu'ils puissent être par la distance, aient offert spontanément quelques similitudes1?

1. Parmi les systèmes qui se sont produits au sujet des origines de la civilisation mexicaine, on doit citer celui de lord

Reste toutefois un certain nombre de signes de l'ordre intellectuel ou scientifique, devant lesquels la saine critique doit se rendre et reconnaître qu'il a existé des relations entre les populations du Mexique et les civilisations de l'ancien continent, soit celles de l'orient , soit celles de l'extrémité occidentale, c'est-à-dire de l'Europe. Il me semble que, tout examen fait, un esprit impartial attribuera un rôle notablement plus étendu ou moins restreint aux peuples asiatiques qu'à ceux de notre Europe.

Pour l'homme qui aime ses semblables et souhaite que l'avancement de la civilisation s'accomplisse aussi régulièrement que possible, sans que les étapes soient marquées par des catastrophes, un sujet d'étude plus intéressant que de pénétrer dans les origines de la civilisation mexicaine , serait de savoir quel est l'avenir réservé à cette race rouge qui, à l'heure qu'il est, forme encore le fonds de la population du Mexique. Assurément la population blanche de l'Anahuac mérite d'exciter

Kingsborough, qui veut la faire descendre directement du peuple juif. En faveur de cette opinion, il est possible en effet de réunir des conjectures; mais on n'a rien trouvé de ce qui pourrait composer les éléments d'une certitude , rien qui puisse équivaloir aux preuves qu'on a d'une communication avec l'Asie la plus orientale. Ce système, s'il ne fait pas de prosélytes, aura du moins produit un admirable monument historique : c'est le fac-similé de tout ce qui a été conservé de manuscrits aztèques, avec des dessins des antiquités de l'Amérique centrale, et le texte de l'Histoire universelle de la Nouvelle-Espagne , par le franciscain Sahagun, qui avait séjourné fort longtemps au Mexique, à partir de l'an 1529. Lord Kingsborough a déployé dans cette publication le luxe dont l'aristocratie britannique se plaît à fournir d'éclatants exemples.

la sollicitude du philosophe, de l'homme d'État, de tout le monde ; mais on peut croire qu'il y a plus de qualités originales dans les replis de l'esprit et du cœur de la population indigène. Placée dans des conditions autres que l'asservissement sous lequel elle a gémi pendant les trois derniers siècles, cette race pourrait vraisemblablement aspirer à d'utiles destinées et apporter à la civilisation générale un contingent inattendu. Mais commentse risquer dans les obscurités de l'avenir pour tenter de résoudre un problème aussi difficile ?

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