COMMENT LES INDIENS SONT DEVENUS CHRÉTIENS
La religion chrétienne s'était introduite assez facilement parmi les populations mexicaines, une fois la conquête consommée. Les classes inférieures, qui déjà formaient le grand nombre, du temps de l'empire aztèque, se trouvèrent en proportion plus forte encore après le siège et la prise de Mexico, parce que la classe supérieure avait été presque détruite dans cette terrible guerre. Elles étaient préparées à accepter des mains du vainqueur de nouvelles divinités, comme de nouvelles lois : leurs dieux indigènes leur paraissaient vaincus. D'ailleurs, au milieu de l'extrême complication de la théologie et de la cosmogonie des mexicains, il n'était pas difficile de trouver ou d'arranger une certaine parenté entre l'olympe aztèque et les traditions bibliques ou chrétiennes. On en a l'indication dans le parti que Cortez tira adroitement de la ressemblance que la physionomie des Espagnols présentait avec celle du roilieu Quetzalcoatl. Les livres rituels de l'Église
catholique, traduits en hiéroglyphes pour l'intelligence des indigènes, aussitôt après la conquête ; témoignent de l'effort qui eut lieu alors pour faire entrer le christianisme dans les esprits , à l'aide des analogies que présentait la mythologie mexicaine. C'est ainsi que le Saint-Esprit s'y identifie avec l'Aigle sacré des Aztèques. La plupart des missionnaires, sentant conibien leur tache en serait facilitée, non-seulement toléraient, mais favorisaient, dans une certaine mesure au moins, cette confusior d'idées qui ne les empêchait pas d'enseigner la morale chrétienne. Ils persuadaient aux indigènes I afin de les attacher à l'Évangile, qu'il avait déjà été prêché en Amérique dans des temps très-reculés et que leurs anciennes croyances en portaient k trace profonde.
Jusques à un certain point, il est permis de croire que ce fut moins un dogme qui en remplaça ur autre qu'un cérémonial nouveau qui se substitué à l'ancien, car, pour la grande majorité au moin! des Indiens, les formes extérieures du culte étaien et sont encore la religion même. Le culte catholiqu< leur offre des satisfactions particulières, qui sont de: jouissances pour le bas peuple indien. Par leui pompe et leur éclat, les fêtes de l'Église catholiqut sont dans toute l'Amérique espagnole une souro féconde de distractions et même de divertissements On y a toléré le mélange de ce qui, chez des popu lations plus avancées, serait un alliage réprouvé celui des feux d'artifice, par exemple, ou celui de, danses et même des travestissements. Partout, dan
le but de mieux enraciner la religion même, le rite catholique a pris des nuances accommodées au pays dans lequel il a été transplanté : « aux îles Philippines et Marianes, dit Humboldt, les peuples de la race malaise l'ont mêlé aux cérémonies qui leur sont propres. Dans la province d'ePasto, sur le dos de la Cordillère des Andes, j'ai vu des Indiens masqués t ornés de grelots exécuter des danses sauvages lutour de l'autel, tandis qu'un moine de Saint- François élevait l'hostie. »
Un certain nombre d'Indiens étaient admis dans es ordres sacrés. Les hommes se prêtaient voloniers à la vie ecclésiastique, surtout à celle de curé. ,es jeunes filles indiennes consentaient plus faciement que les hommes à entrer dans les couvents, es prêtres sortis des rangs des Indiens n'avaient ue fort peu d'instruction. Les séminaires où ils taient élevés n'offraient qu'un enseignement d'une ualité fort médiocre ; il se restreignait tout juste ux connaissances dogmatiques et théologiques les lus indispensables pour l'exercice du saint miistère.
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