‹ Le MexiqueChapitre 4 sur 96 · M. Prescott cite deux fabriques de papier de maguey · texte numérisé non relu

M. Prescott cite deux fabriques de papier de maguey

horreur des arbres qui leur vient peut-être des peuples pasteurs dont ils descendent , et qui a fait du plateau des Castilles la plus nue et la plus triste des plaines. Aujourd'hui le bois manque au Mexique, et il a fallu que le génie de l'homme y suppléât en imaginant, pour extraire l'argent des minerais, une méthode qui , au lieu d'employer le feu , fait intervenir des réactions chimiques où le principal agent est le mercure, et qu'on appelle par ce motif le travail à froid.

Si l'agriculture mexicaine avait de grandes richesses végétales, si en cela elle surpassait de beaucoup les ressources qu'avait pu offrir le sol de l'Europe à ses premiers habitants, elle était, quant au bétail au contraire, dans un dénûment extrême. Elle ne possédait aucune bête de somme; le bœuf, le cheval, l'âne et le chameau lui manquaient1. Les anciens Mexicains n'avaient pas même l'alpaca qui, au Pérou, servait à transporter de certains fardeaux. Le mouton et la chèvre leur étaient également inconnus2. 11 n'est déjà pas facile de se

1. Ce n'est pas à dire que l'Amérique, avant l'arrivée des Européens, fût absolument et complètement dépourvue de la race bovine, comme elle l'était de chevaux. L'Amérique du Nord offre, dans les grandes plaines à l'ouest du Mississipi, et dans les vallées attenantes jusqu'à celle du rio Bravo del Norte, deux espèces de bœuf sauvage; mais il y a loin de la vallée de Mexico au rio Bravo del Norte, et dans leurs migrations, en venant d'Aztlan, les Aztèques s'étaient tenus probablement fort à l'ouest des régions peuplées de ces quadrupèdes, de sorte qu'ils n'avaient pu les voir ni les prendre avec eux.

2. Dans les montagnes de la vieille Californie, il existait des espèces de chèvres et de moutons; mais ces animaux, dont on n'a tiré aucun parti, étaient confinés dans une presqu'île que

passer de la race ovine , qui, par son lait et ses toisons, indépendamment de sa chair, répond à des besoins nombreux. La chèvre elle-même est dans beaucoup de pays un animal précieux, ne fût-ce que par l'adresse qu'elle a de trouver sa subsistance dans les terrains les plus sauvages et les plus escarpés. Mais la présence de grands animaux, tels que le bœuf , le cheval, le chameau, qui se soumettent aisément à l'homme et lui livrent commodément le concours d'une force musculaire considérable, est une des conditions mêmes du progrès le plus cher aux amis de l'humanité, celui qui élève le sort matériel du grand nombre et l'investit de la dignité morale. La où les bêtes de somme n'existent pas, il faut que l'homme en prenne la place. De là, pour une partie des populations, l'existence servile. Tous les transports donc, dans l'empire aztèque, se faisaient à dos d'homme; les chefs allaient en litière sur les épaules de tamanes (c'était le nom qui désignait les porteurs). A plus forte raison le labourage des champs se faisait tout de main d'homme. C'est ainsi que de nos jours encore en Chine, quand on est hors des vallées des grands fleuves, ou loin des canaux, le transport à dos d'homme est d'usage ordinaire, et la culture du sol se fait principalement par la force des bras humains. Cette situation arriérée a cessé pour le Mexique , depuis la conquête. L'homme n'y est plus l'instrument mécanique du transport. Les

les Aztèques, non plus que leurs prédécesseurs les Toltèques, ne paraissent pas avoir visitée.

mulets pour le grand commerce, les ânes pour l'approvisionnement des villes, et les chevaux pour les voyageurs, l'ont délivré de ce labeur pénible et humiliant. Dans les seuls districts montagneux, l'habitude s'est perpétuée de transporter à dos d'homme de lourdes charges, du bois même1. Les animaux ont plus aisément encore remplacé l'espèce humaine pour le travail des champs.

La nourriture animale, qu'ils ne pouvaient demander aux races bovine ou ovine, leur était fournie par la chasse et par quelques animaux qu'ils avaient domestiqués. Dans le nombre on a signalé une espèce de chien appelée le techichi. On sait que les Chinois ont le même usage de manger du chien. Mais la principale ressource des Mexicains en ce genre était le dindon, ou'ils élevaient en trèsgrandes quantités. Ils l'appelaient totolin. Cortez raconte qu'il y en avait plusieurs milliers dans les basses-cours des palais de Montézuma, et Berna Diaz rapporte qu'on en consacrait chaque jour deux cents à nourrir les bêtes féroces de la ménagerie de l'Empereur, ce qui prouverait deux choses, que la ménagerie était très-grande et que le dindon était à fort bas prix. C'est du Mexique qu'on a rapporté à l'Europe ce gallinacé si utile.

Pour transmettre les nouvelles et les ordres, Montézuma avait des relais d'hommes organisés avec une vitesse à peu près égale à celle des mallesposte qui transportaient les dépêches, en France,

1. La charge ordinaire de ces hommes est de trente à quarante kilogrammes.

avant l'ère des chemins de fer. Grâce à ces rapides coureurs, sur sa table somptueuse on servait du poisson qui, la veille, nageait dans le golfe du Mexique ou proche du rivage d'Acapulco. Aujourd'hui que les chevaux abondent au Mexique, et qu'il y a une route carrossable de Mexico à la Vera-Cruz, personne n'oserait se passer pareille fantaisie.

Comme par reconnaissance envers la nature, qui leur avait prodigué les trésors du règne végétal, les Mexicains avaient la passion des fleurs. Dans de splendides jardins, ils rassemblaient celles qui étaient le plus remarquables par leur parfum ou par l'éclat de leurs couleurs. Ils y joignaient les plantes médicinales méthodiquement arrangées, et ceux de leurs arbustes qui se distinguaient par leur floraison ou leur feuillage, l'excellence de leurs fruits ou de leurs graines, et les arbres au port majestueux ou élégant; ils se plaisaient à distribuer leurs plates-bandes et leurs bosquets sur le penchant des collines où ils les tenaient suspendus. C'est ainsi qu'ils égalaient les célèbres jardins de Sémiramis, rangés par l'antiquité, dont les modernes ont accepté le jugement, au nombre des merveilles du monde. Ils y conduisaient par des aqueducs des eaux prises au loin, qu'ils épanchaient en cascades, ou dont ils remplissaient de spacieux bassins peuplés de poissons choisis. Des pavillons mystérieux se cachaient sous les feuilles, des statues se dressaient du milieu des fleurs. Tous les genres de bêtes que nous rassemblons dans nos jardins con-

sacrés à la science, comme le Jardin des Plantes de Paris, et le Zoological Garden de Londres, concourraient à l'ornement ou à la curiosité de ces lieux de plaisance. C'étaient les oiseaux au beau plumage, renfermés dans des cages grandes comme des maisons, les animaux sauvages, les bêtes fauves, et même les serpents. C'est là que Bernai Diaz vit pour la première fois le serpent à sonnettes, qu'il décrit en disant qu'il a des castagnettes dans la queue. L'Europe, à la même époque, manquait de jardins des plantes *. Quand on lit les récits de la conquête, on se prend d'admiration pour le jardin du roi A'ezahualcoyotl à Tezcotzinco (deux lieues de Tezcuco), jardin suspendu sur le flanc d'une colline dont on gravissait la pente par cinq cent vingt marches, et que couronnait, par un tour de force de l'hydraulique 9 un bassin d'où l'eau descendait successivement dans trois autres réservoirs ornés de statues gigantesques. On s'arrête de même à la description des jardins dont Cuitlahuac, frère de Montézuma et son éphémère successeur, avait embelli sa résidence d'Iztapalapan, et de ceux d'un simple cacique, à Huaxtepec, qui n'avaient pas moins de deux lieues de tour, à ce que dit Cortez dans sa troisième lettre à Charles-Quint. On s'étonne de tout ce que Montézuma lui-même avait accumulé dans le sien de Mexico. Aujourd'hui le voyageur qui, à Chapoltepec, erre à l'ombre des énormes

t. Le premier jardin des pentes qui ait été établi en Europe est celui de Padoue, fondé en 1445; les autres n'ont suivi que d'as-ez loin cette époque.

cyprès portant le nom de Montézuma *, mais antérieurs à ce prince, et foule avec un recueillement qu'on ne peut maîtriser ce sol jadis consacré à la sépulture impériale, comprend tout ce que le monarque aztèque avait pu faire, avec l'art de ses jardiniers, dans la plaine qui entoure cette solitaire colline de porphyre , en aidant l'action du soleil tropical de celle de l'eau pure qui sourd du pied du rocher. Il trouve raisonnable ce qu'on nomme la folie du jeune vice-roi Galvez, qui, pour jouir du magnifique specîacle étalé tout autour, fit construire au sommet le superbe château réduit déjà à l'état de ruine. Les plus humbles particuliers partageaient le goût des grands pour les fleurs. Lorsque Cortez, peu après son débarquement, fait son entrée dans la ville de Cempoalla, les indigènes viennent au-devant de lui, hommes et femmes, et se mêlent aux soldats; ils portent des bouquets et des guirlandes de fleurs dont ils ornent le cou du cheval de Cortez, et passent autour de son casque un chapelet de roses.

Une autre curiosité consistait dans les chinampas ou jardins flottants qui étaient répandus sur les lacs. Des amas de lianes qui surnageaient, ou des radeaux qui s'étaient recouverts d'herbes, en avaient sans doute inspiré l'idée aux Aztèques , alors que , comme les Juifs, ils se préparaient à leur gran- 1 deur future sous la rude loi d'un Pharaon , chef f d'une nation étrangère à laquelle ils étaient sou-

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