Leur tronc a jusqu'à seize mètres de tour
mis. Le terrain leur étant mesuré comme la Bible dit que l'était la paille aux Hébreux, ils en avaient créé en liant les uns aux autres, à la surface du lac , des paquets de roseaux ou de branchages sur lesquels on répandait une légère couche de terre. L'usage en resta lorsque les Aztèques furent devenus les maîtres. Ces îles artificielles de 50 à 100 mètres de long servaient à la culture dés légumes et des fleurs pour le marché de la capitale. Quelques-unes avaient assez de consistance pour que des arbustes assez élevés pussent y croître ; on y édifiait même une cabane en matériaux légers. On les amarrait à volonté contre la rive par des perches, ou, au contraire, on les faisait avancer par le même procédé avec leur parure fleurie. Ce spectacle frappait vivement les Espagnols et leur faisait dire, selon Bernai Diaz, qu'il fallait qu'ils eussent été transportés dans une région enchantée, pareille à celle dont ils avaient lu la description dans le roman d'Amadis de Gaule, fort célèbre à cette époque. Les arts et métiers des anciens Mexicains produisaient non-seulement ce qui était indispensable pour les besoins de la vie, mais même des objets de luxe. Ils étaient habiles à tisser le coton et le fil d'aloès ; ils faisaient en coton une espèce de cuirasse (escaupil) impénétrable aux flèches; ils savaient teindre les tissus d'un grand nombre de couleurs minérales ou végétales : j'ai nommé déjà la cochenille, qui est à la lettre une couleur animale. Ils cuisaient de la poterie pour les usages domestiques et faisaient aussi, comme les Russes
d'aujourd'hui, des ustensiles en bois vernissé. Ils n'avaient pas le fer; cet utile métal, sur les deux continents, n'a été connu ou du moins en grand usage qu'assez longtemps après que la civilisation était éclose; mais, semblables en cela aux Egyptiens et aux premiers Grecs, ils le remplaçaient, pour les outils, par le bronze, qui, écroui, acquiert une grande dureté ' . Il fallait cependant que le bronze ne fût pas commun chez eux, car pour le même objet ils employaient une substance minérale vitreuse, mais plus dure que le verre, appartenant aux terrains volcaniques, l'obsidienne qu'ils appelaient iztli. Ils excellaient à tailler en tranchant ce verre naturel; ils en faisaient des couteaux, des rasoirs (car, quoique moins barbus que nous, ils avaient des barbiers), des pointes de flèche ou de pique. De leurs mines, qu'ils exploitaient grossièrement, ils extrayaient du plomb, de l'étain, de l'argent, de l'or, du cuivre. Ils excellaient à travailler les métaux précieux; les ornements et les vases d'or et d'argent que Gortez reçut de Montézuma avant de gravir le plateau et ceux qu'il trouva à Mexico étaient fondus, soudés, fouillés au burin , enrichis de pierres gravées, émaillés avec un art au moins égal à celui qu'atteignaient alors la plupart des orfèvres d'Europe, et ceux-ci eux-mêmes s'avouaient vaincus, s'il faut en croire les écrivains contemporains de la conquête. * Aucun prince du monde connu , écrit
1. L'usage du bronze , c'est attesté par les fouilles de Pompéi, pour suppléer à l'acier, s'est maintenu, même fort tard, dans la civilisation.
Cortez à Charles-Quint, ne possède de joyaux d'une aussi grande valeur; » et il indique bien que la façon ne le cédait en rien à la matière même.
On peut, au sujet de ces ouvrages d'orfèvrerie et de bijouterie, faire cette réflexion qu'il en était du Mexique comme de tous les pays aristocratiques et despotiques, où les jouissances de quelques-uns absorbent l'existence d'un grand nombre, et où s'applique la maxime que Lucain met dans la bouche de César : Humanum paucis vivit genus i ; la civilisation mexicaine avait le superflu et manquait souvent du nécessaire. La même réflexion se présente à l'esprit naturellement, à l'occasion d'un autre art que les Aztèques pratiquaient avec un grand succès, celui des étoffes de plumes. Le pays abonde, comme au surplus toutes les terres tropicales , en oiseaux au beau plumage. Ces plumes, artistement tressées, au moyen d'une chaîne en coton, et associées quelquefois au poil des animaux, formaient des tissus des couleurs les plus riches et les plus variées, et d'un dessin correct, qui servaient à la parure des riches, à la tenture des palais et des temples. Cette industrie occupait beaucoup de bras; ses produits firent sensation en Europe.
Un chef mexicain, aux jours de bataille, se parait, par -dessus sa cuirasse en or, d'un mantelet de plumes; il portait un casque, tantôt en bois et en cuir, tantôt en argent, figurant la tête menaçante d'un animal qui servait d'emblème à sa famille,
1. « Le genre humain vit pour le bon plaisir d'un petit nombre. »
avec un panache de plumes à ses couleurs. Ses bras étaient garnis de bracelets; un collier d'or et de pierreries lui descendait sur la poitrine. Plusieurs avaient un bouclier sculpté et bordé de plumes tressées. Les armes étaient la flèche, la fronde, le javelot, la pique, et le maquahuitl, sorte de glaive qu'on maniait à deux mains, comme les épées du moyen âge, long d'un mètre environ, à deux tranchants formés de lames d'obsidienne fixées dans une barre de bois. Souvent la pointe des flèches et des piques était en cuivre. Ils se formaient en corps, en colonnes, et savaient défiler avec un certain ordre. L'Européen, la première fois qu'il était en présence de tels adversaires, avait lieu de croire qu'il n'en aurait pas raison facilement. Cette pensée assaillit l'àme de Cortez, lorsqu'il se trouva en face des Tlascaltèques, moins policés pourtant et moins instruits que les Mexicains, d'un luxe bien moindre, et moins bien armés, mais non pas moins vaillants.
L'architecture des Aztèques était monumentale. Le sol mexicain fournit différentes pierres d'origine volcanique, sortes de laves ou d'amygdaloïdes d'une grande résistance. Le telzontli, de toutes ces pierres la plus employée à Mexico, est poreux et par conséquent léger, ce qui le rend très-commode pour la construction; à cet avantage il joint celui d'être d'une substance dure et inaltérable. Pour la sculpture, qu'ils pratiquaient beaucoup, pour n'en faire au surplus que des objets hideux comme les statues de l'Inde et de la Chine, ils avaient des porphyres
noirs, d'autres bigarrés. Les palais étaient spacieux, mais presque tous à un étage seulement et composés de plusieurs corps de logis distribués dans un vaste enceinte, disposition qui ressemble à celle des palais de la Chine. On les lambrissait en bois odoriférants habilement sculptés. Extérieurement les murailles étaient recouvertes d'un stuc blanc, solide, qui les faisait briller au soleil. Quand pour la première fois les Espagnols rencontrèrent une ville mexicaine (celle de Cempoalla), les cavaliers de l'avant-garde, trompés par cette apparence et par leur propre imagination, revinrent au galop annoncer à leurs camarades que les maisons étaient plaquées de lames d'argent. Intérieurement les appartements des grands étaient ornés de marbres et de porphyres , quand ils n'étaient pas tendus de tapis de plumes. Les temples étaient de grandes pyramides en briques cuites au soleil ou simplement en terre , mais avec un parement en pierre, surmontées de sanctuaires et de tours qu'ornaient les images des dieux ; au sommet brûlaient nuit et jour des feux qui, dans l'obscurité des longues nuits tropicales, donnaient à ces édifices un aspect mystérieux. L'immensité des temples et des palais, l'énorme travail que supposaient les constructions de tout genre réunies dans la vallée de Mexico, au nombre desquelles il faut citer les chaussées en maçonnerie jetées dans le lac, arrachèrent des cris d'admiration aux conquistalores. Lorsque Cortez, dans ses rapports à Charles- 3uint, mentionne la ville d'Iztapalapan, qu'il traversa avant d'entrer dans la capitale de Montézuma,
c'est pour lui dire qu'il y a des palais comparables à ce que l'Espagne offre de plus beau. Au sujet de Mexico, quand l'opiniâtre défense de Guatimozin l'oblige de la démolir maison par maison, il raconte à l'empereur que c'est avec un amer chagrin, parce que c'est la plus belle chose du monde.
La mécanique mexicaine était dans l'enfance : en cela, les peuples de l'antiquité les plus fameux n'étaient guère plus avancés. Cependant les Mexicains étaient parvenus à mouvoir de grandes masses, moins énormes, à la vérité, que celles des Égyptiens. Telle était, par exemple, la pierre du zodiaque aujourd'hui encastrée dans les murs de la cathédrale de Mexico (M. Prescott l'estime à 50 000 kilogrammes) , qu'on avait fait venir par terre de plusieurs lieues.
Un religieux qui écrivait immédiatement après la conquête, et qui a laissé l'un des meilleurs livres qu'on ait sur cette civilisation, le père Toribio, caractérise en ces termes l'industrie des Mexicains :
« En général, ils n'ignorent rien de ce qui a rapport aux travaux des champs et de la ville. Jamais un Indien n'a besoin de recourir à un autre pour se construire une maison ou pour se procurer les matériaux nécessaires. Dans quelque endroit qu'ils soient, ils savent où trouver de quoi lier, couper, coudre tout ce qu'ils veulent, et allumer du feu. Les enfants même connaissent les noms et les qualités de tous les animaux, des arbres, des herbes, qui sont de mille espèces, ainsi que d'une multi-
tude de racines dont ils se nourrissent. Tous savent tailler une pierre , bâtir une maison , faire une corde, un câble de jonc et se procurer ce qu'il faut pour cela; enfin ils connaissent tous les métiers qui ne nécessitent pas un grand talent ou des outils délicats. Lorsqu'ils sont surpris par la nuit en pleine campagne, en un instant ils se construisent des cabanes, surtout lorsqu'ils voyagent avec des chefs ou des Espagnols; alors tous, quels qu'ils soient, mettent la main à l'ouvrage de bon cœur. »
La multiplicité des produits de l'industrie mexicaine est certifiée encore par les descriptions, qu'on a en assez grand nombre, du marché de Mexico, qui se tenait tous les cinq jours. C'était sur une place entourée de portiques, dont Cortez dit qu'elle était vaste deux fois comme la ville de Salamanque, et que 60 000 personnes y trafiquaient à l'aise. L'ordre qui régnait dans cette multitude et présidait aux transactions, la rapidité avec laquelle des magistrats spéciaux résolvaient les litiges et punissaient les infractions à la loi, sont des preuves plus irrécusables encore du degré auquel ces peuples étaient arrivés.
Ils avaient un système monétaire fondé sur deux métaux, l'or et l'étain. L'or était à cet effet mis en poudre dans des tuyaux de plumes ; moyen grossier d'en mesurer la quantité. L'étain était fondu en forme de T, ce qui permettait d'en avoir des pièces passablement égales. Au premier abord on trouve surprenant qu'avec l'habileté qu'ils mettaient à travailler l'or et l'argent ils n'eussent pas songé
à en fabriquer des pièces d'une forme régulière ; mais en cela les Chinois ne sont pas aujourd'hui plus avancés que ne l'étaient alors les Aztèques. En Chine l'argent, qui est le principal instrument des échanges, se prend au poids et au titre, et ne se met pas, comme chez nous, en disques d'un poids uniforme et d'un titre fixe. Le cacao tenait lieu de monnaie de billon. Cet emploi des grains de cacao a subsisté bien longtemps après la conquête; je n'affirmerais pas qu'il ait cessé encore.
On retrouvait cependant chez les Aztèques des preuves assez nombreuses de l'enfance des arts. Une des plus frappantes serait ce qu'on a dit, que la notion du poids leur manquait. Mais cette assertion est-elle fondée? M. Prescottla considère comme vraisemblable; M. de Humboldt ne la mentionne aucunement. L'idée du poids est tellement élémentaire, que tout au moins le doute est permis ici. Une seule chose paraît certaine : sur les marchés mexicains tout se mesurait au volume ou au nombre de pièces ; voilà ce que rapporte Cortez à Charles-Quint, mais il se garde bien de dire que la notion de la pesanteur eût échappé à ces peuples.
Ce qui précède permet de se former une opinion de l'état des arts et des sciences parmi les anciens Mexicains, et assurément cette opinion leur serait avantageuse. A ce sujet il n'est pas superflu de rappeler que, dans ses lettres à Charles-Quint r Cortez assure qu'il n'exagère rien, et, en effet, ces lettres portent l'empreinte de la circonspection et de la réserve. Cortez s'est toujours conduit envers son sou-
verain comme un loyal sujet, empressé de porter à sa connaissance tout ce qui peut l'éclairer sur les contrées qu'il ajoute à son empire. Voici un extrait d'une de ces lettres :
« Un rapport complet sur les usages et les coutumes de ces peuples, sur l'administration et le gouvernement de cette capitale et des autres villes appartenant à ce souverain, exigerait beaucoup de temps et un grand nombre d'écrivains fort capables. Je ne pourrai donc rendre compte à Votre Majesté que de la centième partie des faits qui méritent d'être rapportés; mais je ferai, mon possible pour raconter le mieux que je pourrai quelquesuns, dont j'ai été témoin oculaire, si merveilleux qu'ils passent toute croyance, et dont nous ne pouvons pas même nous rendre compte. Le seul reproche que l'on puisse m' adresser, c'est d'avoir fait un rapport incomplet; mais on ne dira jamais que j'ai exagéré les faits, ni ici, ni dans tout ce que j'écrirai, car il me paraît juste d'exposer à mon prince et maître la vérité le plus clairement possible, sans rien admettre qui puisse l'obscurcir ou l'exagérer.... »
Pour ne citer qu'un détail qui touche à l'avancement de l'industrie, comment Cortez aurait-il exagéré au sujet de la beauté des pièces d'orfèvrerie que fabriquaient les Mexicains, puisqu'il les envoyait à Charles-Quint? Las Casas, Oviedo et Pierre Martyr, qui les ont vues de leurs yeux en Espagne, joignent sur ce point leur témoignage à celui du Conquistador.
La numération, écrite et parlée, en usage chez les Aztèques , était simple. Elle reposait sur le nombre vingt, qui était représenté par un drapeau. La base du système était ainsi divisible, nonseulement par le nombre cinq, que tous les peuples paraissent avoir affectionné, sans doute à cause des doigts de la main, mais aussi par le nombre quatre, qui implique lui-même la division par deux. On sait que le côté faible de notre système décimal consiste dans l'impossibilité de diviser par quatre le nombre dix, qui en est la base1. Leurs signes représentaient ce qu'on nomme en arithmétique les puissances successives de 20 , c'està-dire 20 fois 20 ou 400 qu'on indiquait par une plume, 20 fois 400 ou 8 000 qui se figurait par une bourse, et ils avaient rarement besoin d'aller au delà de cette troisième puissance, parce qu'ils en combinaient le signe avec leurs autres figures. C'est comme si nous avions des chiffres successifs pour les nombres dix, dix fois dix ou cent, dix fois cent ou mille. De un à vingt, les nombres se représentaient en groupant autant de points qu'il y avait d'unités. Cette écriture arithmétique, fort inférieure à celle que nous tenons' des Indous par l'intermédiaire des Arabes, qui est fondée sur l'idée si ingé-
1. On reproche au nombre dix, base de notre numération, de n'être divisible ni par quatre ni par trois. Bien souvent on a exprimé le regret qu'on ne lui ait pas substitué, dans la numération écrite et parlée, le nombre douze, lequel eût été alors représenté par le chiffre 1 suivi d'un zéro, les nombres dix ei onze étant désignés alors par deux chiffres particuliers en sus des neuf chiffres que nous avons aujourd'hui.
nieuse des valeurs de position1, vaut celle des Grecs et des Romains ; elle y ressemble prodigieusement en ce que les principaux chiffres romains correspondent aux puissances successives de dix. Les signes vingt, quatre cents, huit mille, se fractionnaient par moitié et par quart, afin d'indiquer, sans grande complication, une plus grande diversité de nombres. Ainsi 200 se figurait par la moitié d'une plume, 6,000 par les trois quarts d'une bourse.
Les Mexicains avaient une écriture, ils en avaient même plus d'une. Non-seulement ils se servaient de signes hiéroglyphiques, tant figuratifs que symboliques j mais aussi, de même que les anciens Égyptiens, ils avaient des signes phonétiques, représentant non plus une chose, ou une action, ou une idée, mais un son. De là à l'alphabet il n'y a qu'un pas, ou, pour mieux dire, c'est déjà un alphabet ; mais bien moins que les Égyptiens eux-mêmes ils tirent usage de la découverte précieuse des signes phonétiques ; ils se bornaient presque toujours aux signes figuratifs et symboliques. Il en résultait qu'il fallait beaucoup aider l'écriture par la mémoire. Leurs livres, en feuillets comme les nôtres, et non pas en rouleaux comme ceux des anciens, étaient réunis en bibliothèques. Malheureusement, tout à peu près a été brûlé. La responsabilité de cet ineendie si regrettable remonte au premier archevêque de Mexico. C'était un prélat recommandable par la chaleur qu'il mettait à protéger les Indiens
1 . C'est-à-dire sur la convention qu'en avançant un chiffre d'un rang vers la gauche, on en décuple la valeur.
contre la rapacité des colons, venus , semblables à des oiseaux de proie, pour dévorer les fruits de la conquête; mais dans son zèle à détruire les traditions du paganisme des Aztèques, il s'acharna à anéantir tous leurs monuments littéraires. Il rechercha dans le pays tous les manuscrits, et en fit, sur la grande place de Mexico, un solennel incendie. Il y en avait, disent les écrivains du temps, une montagne, et chacun eut à cœur d'imiter ce triste exemple , croyant montrer par là son dévouement à la religion.
L'état de leurs connaissances astronomiques semblerait dénoter de remarquables moyens d'observation ou un bonheur inouï dans leurs évaluations. Ils étaient parvenus à connaître la longueur de l'année non-seulement mieux que les Romains du temps de César, mais même mieux que l'Europe officielle sous François Ier et Charles-Quint. Leur méthode d'intercalation pour tenir compte de la fraction de jour qui entre dans la durée exacte de l'année tropique était équivalente, à très-peu près, à celle qu'a établie la réforme grégorienne. Par celle-ci, on intercale vingt-quatre jours en cent ans1 ; les Aztèques en intercalaient vingt-cinq en cent quatre ans. La différence est bien faible. La longueur de l'année tropique est de 365 jours, plus une fraction représentée par 5 heures 48 minutes 49 secondes. Cette fraction de près d'un quart de jour par an, qui oblige à l'intercalation d'un jour entier ou de plu-
1. Plus exactement quatre-vingt-dix-sept en quatre cents ans.
sieurs jours après une certaine période, était supposée, dans le calendrier introduit par Jules César, d'un quart tout juste. De la sorte, on était en avance, au temps du pape Grégoire XIII, de dix jours. La réforme grégorienne, décrétée en 1582, qui intercale un jour tous les quatre ans, sauf aux années séculaires, pour lesquelles toutefois l'exception n'a lieu que trois fois sur quatre, suppose que la fraction est de 5 heures 49 minutes 12 secondes. L'année moyenne du calendrier grégorien est donc trop forte de 23 secondes, soit un jour en quatre mille ans1. Chez les Mexicains, l'année moyenne mettait cette fraction à 5 heures 46 minutes 9 secondes. Leur année moyenne se trouvait ainsi conforme au calcul célèbre des astronomes du calife Almamon.
Laplace, frappé de cette approximation des Mexicains, aurait voulu l'attribuer à quelque communication avec l'Asie ; mais il fut arrêté par une réflexion judicieuse. « Pourquoi, dit-il, si cette déter- « mination aussi exacte de la longueur de l'année « leur a été transmise par le nord de l'Asie, ont-ils « une division du temps si différente 'de celles qui « ont été en usage dans cette partie du monde2 ? » Le mieux est donc de croire que les peuples du Mexique étaient d'eux-mêmes parvenus à ce résultat si voisin de la vérité.
Cette estimation exacte de l'année n'était pas chez
1. D'où il résulte qu'on se retrouverait à point en débis lant une année tous les quarante siècles.