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aisé que de faire passer par là un chemin de fer1. Il n'est même pas absolument interdit d'y espérer quelque jour un canal maritime, car le plateau de Tarifa, où serait le bief de partage, n'est pas à plus de 200 mètres d'élévation au-dessus de l'Océan. On peut désirer mieux, et même l'exploration incomplète encore d'un autre point de l'isthme, sur lequel M. de Humboldt avait appelé l'attention, fait espérer des conditions meilleures sous le rapport de l'altitude du bief de partage et sous plusieurs autres2. On sait cependant que 200 mètres sont à peu

1. Le chemin de fer de l'isthme de Tehuantepec occupe les esprits depuis un certain nombre d'années, aux États-Unis, plus encore qu'au Mexique. Il fut concédé par le président Santa -Anna à don José Garay, dès 1842. La concession, depuis, a changé de mains par l'effet de la versatilité, pour ne pas dire la mauvaise foi du gouvernement mexicain, qu'entretenait la rivalité entre les capitalistes de New-York et ceux de la Nouvelle-Orléans, et qm fomentaient aussi les prétentions des maisons anglaises. Cependant les études ont été achevées avec soin; les travaux même ont été commencés, et une route carrossable- a été ouverte parallèlement à la ligne du chemin de fer, comme un moyen d'exécution. Eu égard à ses inflexions, la ligne ferrée aurait 231 kilomètres entre Minatitlan, point situé sur le Guazacoalco, à 32 kilomètres de l'embouchure, et le port de Ventosa. La dépense du chemin de fer a été évaluée à 8 millions et demi de dollars, soit 43 millions 775 000 francs, y compris l'achèvement de la route carrossable, le creusement de la barre de Guazacoalco, et 2 millions et demi de francs pour l'amélioration du port de Vtntosa.

L'importance de ce passage peut s'apprécier par ce fait que le gouvernement des États-Unis a offert 15 millions de piastres au gouvernement mexicain pour en obtenir la concession en toute propriété et souveraineté.

2. Dans la partie de l'isthme qu'on nomme le Darien , beaucoup plus au midi que le Mexique.

près l'élévation du point de partage du canal des Deux-Mers,, creusé par l'illustre Riquet, à travers le Languedoc1. On aurait des facilités suffisantes pour faire arriver au bief de partage la quantité d'eau nécessaire à l'alimentation du canal. Une des conditions essentielles à remplir pour l'exécution d'un canal maritime, c'est de trouver un port sûr et offrant un mouillage d'une certaine profondeur à l'extrémité de chacun des versants. Il y a lieu de penser que cette condition serait passablement remplie ici. Sur le versant oriental, on a le Guazacoalco, dont l'embouchure est abritée et où de forts navires pourraient stationner une fois la barre franchie. L'obstacle de cette barre ne paraît pas insurmontable : on assure que le lit du fleuve peut y être creusé à assez peu de frais. Sur le versant occidental, le port de Ventosa, vers Tehuantepec, fait concevoir beaucoup d'espérances. Il paraît qu'il serait possible d'y créer un bon abri suffisamment profond, moyennant des travaux qui n'auraient rien d'excessif.

1. L'élévation du bief de partage du canal des Deux-Mers audessus de la Méditerranée est de 189 mètres.

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LA POPULATION. — LES ELEMENTS QUI LA COMPOSENT. — LES CHANCES D'ACCROISSEMENT QU'ELLE PRÉSENTE. — DE L'iM- MIGRATION POSSIBLE DES CHINOIS.

La population actuelle du Mexique paraît être d'environ huit millions d'âmes, dont plus de la moitié en Indiens de race pure. Sur le reste, la majorité est formée des castes de sang-mêlé, qui sont principalement issues de blancs et d'Indiens. Les noirs et les métis résultant du croisement de la race africaine avec les blancs ou avec les Indiens forment d'autres catégories distinctes, mais tous ensemble ils ne composent qu'une fraction insignifiante de la population totale. Au commencement du siècle, les noirs purs n'excédaient pas 10 000, ce qui donne une idée de ce que pouvaient être alors et de ce que doivent être aujourd'hui les sang-mèlés de noir et de blanc, ou de noir et d'Indien. Cette faible proportion de l'élément africain et de ses dérivés a été et continue d'être un bien pour le Mexique. Et d'abord elle a rendu très-facile l'émancipation des noirs. A

ce sujet, un fait à mentionner à l'honneur des Mexicains, c'est que l'émancipation s'y était accomplie, par la volonté spontanée des propriétaires d'esclaves, avant que le pays ne s'appartînt encore, avant même que le mouvement de l'indépendance ne fût commencé1. En proclamant l'abolition de l'esclavage, les constitutions que s'est données le Mexique indépendant ont simplement reconnu un fait déjà consommé. En second lieu, de l'absence presque complète des nègres résulte une certaine supériorité de l'intelligence moyenne du peuple mexicain, par rapport à ce que présentent quelques autres parties de l'Amérique espagnole. Je ne voudrais pas décrier les descendants de Cham, et il n'entre

1. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans M. Ward : « Les plantations de Cuernavaca (à quinze lieues de Mexico) furent d'abord exploitées par des esclaves achetés à la Vera-Cruz au prix de 300 ou 400 piastres (de 1G00 francs à 2140 francs) chacun. La difficulté de se procurer des esclaves en cas de guerre maritime, le nombre de ceux que l'on perdait durant le trajet et par le changement de climat, firent naître chez plusieurs grands propriétaires l'idée de propager une race de travailleurs libres, en affranchissant annuellement un certain nombre d'esclaves et en les encourageant à se marier parmi la population indigène, ce à quoi les esclaves se prêtèrent volontiers. Ce plan fut trouvé si avantageux, qu'en 1808 il n'y avait plus un seul esclave dans la plupart des grandes plantations. La sagesse de cette mesure devint encore plus évidente en 1810. Aussitôt que la révolution éclata, ceux des planteurs qui n'avaient pas adopté le système d'émancipation graduée furent aussitôt délaissés par leurs esclaves, et dans plusieurs cas forcés de fermer leurs établissements, tandis que ceux qui s'étaient pourvus à temps d'une classe mêlée de travailleurs libres continuèrent à avoir en toute circonstance à leur disposition un nombre de bras suffisant pour continuer leur exploitation, quoique sur une moindre échelle. » — Ward, le Mexique en 1827, p. 67.

pas dans ma pensée qu'à l'avenir rien puisse justifier l'esclavage de cette race infortunée. De l'infériorité intellectuelle du noir on n'est pas autorisé à conclure à la légitimité d'une institution sociale qui fait de cette variété de l'espèce humaine un troupeau de bétail. Ceci bien expliqué, je ne crains pas de dire que, pour le Mexique, ou tout au moins pour la Terre-Tempérée et la Terre-Froide; il est heureux d'être presque uniquement peuplé de blancs et d'Indiens et de leurs croisements, à l'exclusion du sang africain. L'Indien a spontanément plus que le noir le goût du travail, et par les facultés de l'esprit il l'emporte manifestement sur lui. Si l'on met en parallèle la civilisation à laquelle étaient parvenus les Aztèques dans l'espace d'un nombre restreint de siècles1 avec la grossière barbarie des royaumes nègres les plus remarquables qu'il y ait eu en Afrique, on sera frappé de la supériorité des premiers. On l'a vu plus haut2, Cortez trouva au Mexique non-seulement un grand nombre d'arts utiles, mais encore un certain développement des beaux-arts, avec des lois régulièrement pratiquées, et un grand nombre de villes populeuses dont l'existence même impliquait nécessairement un certain avancement de la sociabilité et un système administratif déjà perfectionné.

1. Les Aztèques n'étaient venus au Mexique qu'à la fin du xnc siècle de l'ère chrétienne, et la fondation de Tenochtitlan n'est que du xrvc. Si l'on veut embrasser, ainsi qu'il convient, l'espace de temps occupé par les Toltèques, il faudrait remonter jusqu'à la fin du vne siècle, ce qui ferait environ 830 ans jusqu'à la prise de Tenochtitlan par Cortez.

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