Voir Notes in Mexico, par M. Lemprière, page
Pour bien établir l'assiette et la perception de l'impôt, il faudrait au Mexique des administrateurs non-seulement intègres, mais capables, familiers avec les doctrines et les pratiques des grands États de l'Europe. Malheureusement c'est un genre d'hommes dont le pays est totalement dépourvu. Sous le régime colonial, les Mexicains, même de race blanche, étaient, on l'a vu, strictement tenus à l'écart des emplois. Quand l'indépendance eut été établie, la plupart des Espagnols qui occupaient les fonctions publiques furent remplacés par des créoles et puis exilés. On n'eût plus, pour gérer les affaires du pays, que des hommes auxquels la bonne volonté ne manquait pas, mais qui étaient bien inférieurs aux Espagnols, quoique ceux-ci laissassent fort à désirer. Les fonctionnaires, à partir du moment de l'indépendance, se sont montrés complètement étrangers à l'art de l'administration et ils n'ont eu à leur portée aucun moyen de l'apprendre. Le Mexique est resté jusqu'à ce jour dans cette pénurie d'administrateurs. Les étrangers qui auraient pu y apporter les bonnes méthodes et les saines doctrines administratives et financières, n'ont point été encouragés à s'y naturaliser, et encore moins à entrer dans les fonctions publiques. On s'est méfié d'eux systématiquement , et les hommes capables du dehors ont été peu tentés d'aller offrir leurs services à un gouvernement sans stabilité et à un pays dévoré par l'anarchie. Cette absence d'hommes versés dans la pratique de l'administration et dans l'art de manier les finances est pour le Mexique un
mal dont on n'aperçoit guère la fin, si le pays est abandonné à ses seules ressources.
Il ne faut point perdre de vue non plus que si nous occupions le Mexique, dans la vue d'y établir un gouvernement régulier et stable, et avec la volonté défaire en sorte qu'il fût non seulement toléré, mais aimé par les populations, nous ne pourrions tirer à nous les produits de l'impôt pour les besoins de notre corps d'occupation, au point de compromettre l'administration du pays et de priver le gouvernement des moyens de réaliser quelques-unes des améliorations que recherchent les peuples civilisés. En ce genre tout est à faire au Mexique. C'est un pays qui n'a pas de routes et où, à plus forte raison, les chemins de fer n'existent pas. Les écoles y manquent à tous les degrés. Les édifices publics y tombent en ruine. Dans une certaine mesure, l'établissement ou la restauration de ces instruments de la civilisation devraient passer avant l'entretien et la solde de nos troupes. Autrement notre entreprise politique de relever le pays ne pourrait qu'échouer.
Il est vrai, que lorsque le Mexique serait passablement constitué et que les capitalistes le verraient placé sous l'égide de la France, il y a lieu de croire que le gouvernement mexicain n'adresserait pas en vain un appel au crédit, et l'on pourrait puiser à cette source pour les dépenses extraordinaires , comme seraient l'entretien et la solde des troupes françaises.
Si de ce qui précède il ressort une conclusion, c'est qu'il n'est pas impossible que le Mexique,
après un certain temps, parvienne à avoir un revenu qui suffise non-seulement à couvrir les frais de son administration, mais même à solder la dépense d'un corps auxiliaire de Français. Ce ne pourrait cependant être qu'après un délai de plusieurs années, et moyennant des efforts intelligents et opiniâtres et du bonheur. Provisoirement, jusques au moment où l'assistance éclairée et désintéressée de la France aurait rétabli parmi les capitalistes le crédit de la trésorerie mexicaine, nous aurions à nous résigner à faire les avances de tout ce que coûteraient nos soldats ainsi campés au loin et la flotte destinée à leur servir de point d'appui.
Mais l'organisation au Mexique d'un ordre régulier et stable rencontre d'autres difficultés, d'un genre tout différent de ce que nous venons d'indiquer, et, je ne crains pas de le dire, ces autres difficultés sont les plus graves de toutes. Nous allons les examiner rapidement, ce sera l'objet de la huitième et dernière partie de cet essai.