‹ Le Mexique; souvenirs d'un voyageurChapitre 14 sur 38 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Mœurs mexicaines.

La description du sol, l'énumération des produits , ne suffisent point pour juger d'un pays 'y c'est la connaissance de la nation qui l'occupe , celle de ses mœurs et surtout de son caractère , qui doivent régler les relations que Ton projette avec elle.

Si l'état moral du Mexique avait été suffisamment connu lorsque cette contrée tant vantée devint, par ses mines, la scène d'entreprises hasardeuses , qui entraînèrent à leur ruine la plupart de ceux qui s'y étaient intéressés , bien des existences en Europe n'auraient pas été compromises, bien des fortunes réelles n'auraient pas été perdues pour des profits imaginaires !

La tâche du voyageur qui s'occupe princi^

paiement des mceurs et des coutiimeê d'un pays est pénible.

Les travers de l'homme ou ses vices , bien plus fréquents que ses vertus , offrent un champ vaste , mais triste à parcourir. En traçant le tableau d'une nation, on est souvent blâmé d'avoir dévoilé la vérité, et on recueille plus de lauriers à ne s'occuper que de faits et d'objets pour lesquels la franchise tire moins à conséquence.

On ne connaît plus aujourd'hui au Mexique cette division en castes qui existait sous le régime espagnol, où l'on distinguait les GacAt^Hnes (Espagnols), Criollos (descendants d'Espagnols^ nés au Mexique) , Meslizos (descendants d'Espagnols et d'Indiens, etc.; il n'y a que deux classes, lo$ MejicanoSj désignation sous laquelle on comprend tous les blancs ou ceux qui en descendent , quelque mêlés qu'ils soient avec les Indiens ou les nègres, et lo$ Indios, autant ceux qui ont conservé leur race pure , que ceux issus de leur commerce avec les nègres.

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dette claBsîfication n'est , du reste, que no* niinale , puisque , les droits politiques étant égaux pour tous , l'Indien , s'il est riche et s'il peut changer ses haillons contre le costume de la ville, est considéré comme aussi bon Mexicain que les autres.

11 n'y a que peii de familles qui aient conservé lé type espagnol; la plupart ont le caractère de physionomie mexicain , qui est tout a fait oriental, et qui ferait présumer que beaucoup de familles mores et israélites , exilées de l'Espagne sous les Philippe , se sont fixées au Mexique , malgré la défense de Charles V, qui interdisait aux Mores, Israélites du convertis , jusqu'au quatrième degré , de s'établir aux Indes.

La taille du Mexicain est généralement moyenne. Il est pour l'ordinaire maigre ; dans le cas contraire , son embonpoint ressemble à la bouffissure. Ses yeux, qui sont noirs et perçants,, ont quelque chose d'inquiet; ses traits sont prononcés et saillants, mais sans régularité. Son teint est

dre incarnat sur les joues, et sa chevelure noire. L'alliance des Mexicains avec les Indiens ne change que peu le caractère de leur physionomie , lé type oriental existant chez les uns et chez les autres.

Les dames mexicaines , même les plus jeunes, ont toutes de la disposition à l'embonpoint. Leurs formes , naturellement trèsprononcées, sont encore augmentées par leur toilette y leur taille est courte, mais gracieuse. L'usage des corsets n'est introduit que depuis peu , quoiqu'ils soient presque inutiles , puisqu'elles conservent la beauté et la régularité dés formes, même dans un âge avancé.

Le teint des dames est rehaussé , dans la jeunesse, par des couleurs vives , mais une teinte de jaune y doniine toujours.

Elles apportent un soin particulier à leur chaussure, et s'efforcent d'introduire leurs pieds dans des souliers très-courts , ce qui les fait paraître petits mais ramassés. Les bas , qui presque toujours sont couleur de chair, ne doivent pas faire le moindre pli. Ceci, du

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reiste , n'a lieu que quand elles sortent -, car elles ne sont pas trop scrupuleuses dans leur itttérieur sur les soiiis de leur parûrë> et on les trouve pendant la matinée , qui pour elles se prolonge d'ordinaire jusqu'au soir, dans des négligés qui épargnient les bas et les peignes. Aussi, les dames mexicaines ne re* çoivent-elles que dans la Moirée , excepté les diikiâkich'é^ , où là messe les force de faire tioilëtte 'de meilleure heure.

Qtaind la ibàîtreése Vie la ïhkisoh lié Veut ]^ tec'evidit, lés doihlestiqùbs ne se servent point de prétexte comme chez lidtfs; ils disetit alors simplement : Là seiiom esta cfcupada (Madame est o'ccupéé), ce qui équivaut à la phrase : « Madame est sortie. »

Quant auk occupations des créoles , elles côhsisttehi , tonte la journée, à débiter entre ëUle^ dëSs j^ëtits bancans faihifiers , assises sur dbs tàbburéts pà$ plus élevés que dés mai'chepieds , ek à fiimér des dgarritos ( usagé géhéral chez le^ déui sexes et à tout âge ) , qu'elles tiennent avec de petites pinces en argent,

suspendues à leur cou avec une chaîne » poujr se garantir les doigts des marques peu éljSgantes que la fum^e y laisse.

Les dames ne ^nangent presque rien aux repas, attendu qu'elles ne font qu^ goû^isr d'une chose ou fl'une autrp tout le foqg de la journée. Le^ M^icaim, en génépal, qu^qu'élevé que soit leur rai|g, ne fxpUTent ^ç leur goût qi^e (a nourriture si peu soignéfl 4f^ leur pays. Quaifd i\^ sont sefib;, 1)9 mfuigeiit un peu à U turque ; Ijss tovtiUa$ (sorte d'omelette de maïs) , çjsrv^nt en guise de fourchette ou de cuillère pour saisir *les viandes, cuites la plupart en ragoût , k la sauce 4e ehiU (sauce au pin^en^), ^insi que les frijoU9>

Us sont trè^sobres pour la bqisspn, et l'eau ou le pviqw leur suffit.

Ces coutumes, qui étaient encore gêné* raljB^ j \\ y ^ peu d'années , dans toujtes les classes de la société , même du rai|g le ]^us éleyé , commencent k disparaître dans quelques familles distinguées , où on retrouye le ton de la bonne société <ie l'Europe , et l'at-

tention la plus soignée pour l'éducation de la jeunesse. Il est à regretter que les familles où se trouvent ces exceptions honorables, au lieu de servir d'exemple aux autres , sont pour l'ordinaire les moins populaires.

n n'y a que peu de ménages où le père, après avoir vaqtié aux soins de son état, jouisse du bonheur dé intérieur de sa famille. La dissipation et le jeu absorbent la plus grande partie de son temps. L'enfant croît sous l'influence de ces mauvais exemples du père , et reste uniquement confié k la nonchalance et à l'incapacité de la mère pour guider et surveiller son éducation.

L'intérêt ou des convenances de famille dictent seuls les mariages au Mexique. Les deux époux observent une certaine politesse mutuelle; mais la fidélité, du moins du côté du mari , n'entre aucunement en considéra-^ tion. Je doute qu'il existe un pays qui se dise civilisé où le culte de Cythère soit suivi aussi ouvertement qu'au Mexique. Ce dérèglement des mœurs vient principalement de la facilité

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avec laquelle les mères des classes communes se prêtent, par l'amour du gain, au déshonneur de leurs filles.

Une circonstance qui firappe l'étranger, c'est que , malgré le nombre de ces victimes, on ne rencontre que rarement dans les rues des villes ces malheureuses dont les capitales de l'Europe fourmillent. Leur tenue y est décente, et jamais elles ne se permettent d'attirer, l'attention du passant , soin qu'elles laissent a une sorte de duègne qui les accompagne.

Dans aucun pays les, maladies qui résultent de ces mœurs dissolues ne possèdent un caractère aussi tenace et aussi dangereux qu'au Mexique , ce qu'il faut attribuer au climat ou a la médiocrité des médecins qu'on y trouve. Du reste , on ne cache nullement une pareille indbposition, qu'on y regarde comme la chose la plus naturelle .

Un des défauts les plus communs du Mexicain , c'est son penchant à la prodigalité , qu'il i:herche k atténuer par une avidité toute

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particulière pour le, gaip. Tel individu qui disfâpe des sommea énorines de son revenu , s'attache à l'affaire la plus insigmfiante qui lui fpmm^X quelquiP profit , pourvu qu'elle $oit en dehors de ses occupations accoutumées. J'^i vu un piédecin des plus en/vogue de la Q^pilïll^, neiger pendant trois jours ses malade^ , pour gagner une vingtaine de pesû$ en faisant le courtage de quelques inarchandis^3 iinglaises.

On s'étçnne au Mexique du talent qu'ont ses habitants de se défaire de leur argent , sans que le» sommes qu'ils prodiguent leur procurait la moindre jouissance , ou même seulement l'avantage de faire parler d'eux. Mai9 la passion pour les jeux de hasard » qui se trouve parmi tous les états , est plus que suffi$a^te |K)ur absorber leurs fortunes. Les Mexicains les plus avares , et cette classe est nombreuse dans cette contrée eii Les extrêmes de dissipation et de parcimonie sont les seuls qui régnent y portent leur tribut dans l'espoir d'augmenter leurs trésors , aussi bien que le

prodigu^, qui j cherche de quoi aUmeuler ses goûta de dissipation.

C'est surtout les jpui^ de la Pentecôte que lei^ habitants de la capitale ont consacrés à 8^tifd[aire pe penchapt dans toute son étendue. IÇous se rendent ^rs à la petite villei de San Agp^tin de las Cuevas, près de la capitale, qui, pendant les trois jaurs que durent les fêtes j est prcisqu'entièrement désertée par ses habitants pour des saturn^es dont le jeu est autanjb le prétexte que le but principal.

Qi^que maison de San Agos^in a son monte (sa banqiae) ; ^1 y isp a d'établies jusque dans 1^ fues. Ici , sont des banques où pn ne joue que de Vov ^ \k , d'fiut^es oîi l'argent roule ; plu^ loin , celles ppuf \p^ pauvi'iss , oii pn ne voit qn^ ^ PHivre.

Il circfilp , pendant ces trois jours, plus de 25,000 onm (5$,1SO,500fr.) dans cette petite iril|p. I^e pou|rs de Vonza, qui, lors de mon séjflur, était de 16 pem V^» augmenta durant ces fêtes jusqu'à 17 pesQS. Qn y accourt de pent et même de deu^ cenMl legufis de di-

stance , comme de Xalapa , de San Luis Potosi, etc. Le visiteur, arrivé dans l'espoir de faire fortune, ne garde souvent pas même les frais de retour.

U est rare qu'un joueur ait du bonheur au monte ^ jeu qui n'ofire, pour l'ordinaire, de chances favorables qu'au banquier ; mats il y a des exceptions. On me parla, entre autres, d'un médecin >qui, dans l'espace d'une demiheure, gagna 1,200 onza$ (112,200 fr.) avec un enjeu de 4 onzas (375 fir.).

Le Mexicain est joueur par excellence ; il reste indifférent au gain ou à la perte , et il allume son dgarrito avec le même sang-froid lorsqu'il a perdu jusqu'au dernier sou , que lorsqu'il emporte des masses d'or. Il est tranquille, il calcule ses chances, et sa routine au jeu , étude principale de sa vie, est telle, qu'un faux joueur serait découvert sur-le-champ.

Ce sont les aubergistes et les propriétaires de diligences qui, après les banquiers du mavUey font les meilleures affaires lors des fêtes de San Agostin. On paye , dans les hôtels ,

pour un lit dans une chambre commune , 5 peioê (27 fr. 50 c), et autant pour un cou- Tert k la table d'hôte. Une bouteille de bière, dont le prix, à Mexico, est de 2 réaux (1 fr. 40 c), coûte 2 pesos (11 fr. ) à San Âgostin ; la bouteille de bordeaux s'y Tend 5 pesos (16 fr. 50 c). Tous les prix sont dans cette proportion exorbitante, et une place dans l'omnibus qui conduit k Mexico, c'est-k-dirè a 4 léguas, se paye 2 pesos.

Cette passion pour le jeu est, dans les provinces et particulièrement sur les côtes de la mer, aussi prononcée que dans la capitale, et bien des Êimillés sont accoutumées a le regarder comme leur meilleure ressource : souvent même mère et enfants partagent les périls et la gloire du chef de la maison , ou du moins ne trouvent a redire a cette manière solide d'administrer leur fortune cpie lorsque lé sort s'est tourné contre lui.

J'ai vu un employé de la douane, dans un des ports de la république, qui avait été assez heureux pour gagner, en fermant lei^ yeux

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siir une partie de la c^gaispn de plusieurs navires, la somme de 7,000 pesos (38,500 fr.). C'était ujn beau cpmmencement qu'il se ipit en t^e d'augmenter, et le voilà donc à jouer* Sa femme trouve cela tout naturel et rêve un cffç^e riiiflantdd^s la capibfle. Sa fortune varîisfil ^ijne nn spif , l'autre il per^* Il rentre i^â^ to\^e^ 1^ nuits. S'aillait sonfier Xpr qu'il a gfigpé, safempqe le reçoit avçc amnJiilité, l'entoure de soins et 1^ prépare un p^tit couper; mais ^'i^ revient )es inains yiflçs, mpnsiei}^ ^'^ fp'^ ^^ gl^^^er l)ien dpupçmeiit dans son lit et à se bpifçl^e^ Ips oreilles. La veine se déclare enfii^ pqnstaïqment en ^a faveur ; ep moins ^e quiqzp jour^, i} double sop tréso}*, e^ l'heureii^ ^PP^^ dépose 14,000 pesos (77,000 fr.) aux pi^ds ^e sa tepjire moitié. C'e^t uf^e petite fprtupe. U^ CQche, dieux ipulets , une maptille de ][])lpnde en piep^pectiye , enfin tout ce que vpus vpuçjffuf . l\ perd tout cela dans une i^eulje fiuit. Jugez |1^ souper qu'il trouva ! ! !

y^i reproduit ce fait , qui n'offre rie|i dp

particulier dans la vie d'un joueur j mais il est caractéristique au Mexique, où le gain proTenant du jeu et d'opérations illicites, est considéré comme aussi honorable que celui qui est dû aux efforts d'une vie laborieuse, et où le joueur de profession n'est point blâmé pour cette malheureuse passion répandue dans la natioh presque entière, mais uniquement pour son manque de réussite.

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