CHAPITRE XÏX
Remarques sur les pyramides mexicaines.
La rencontre des deux pyramides près de Remedios et de Tepatitlan me paraît de quelque importance pour la connaissance des anciens monuments de l'Amérique.
Je crois non-seulement que Ton peut y apporter l'intérêt que l'on attache à toute nouvelle découverte de restes importants des temps passés , mais que l'emplacement de ces monuments , surtout de celui de Remedios , dans le voisinage immédiat de la capitale , est propre a jeter quelque lumière sur l'époque de leur construction.
C'est particulièrement l'âge de ces monuments qu'il est intéressant d'approfondir, puisque l'analogie qui existe entre les pyramides du Mexique et celles de l'Egypte, par leur
forme et autres particularités, a fait naître l'idée qu'elles pourraient bien émaner non-seulement d'anciennes et directes relations entre la contrée de Montezuma et celle des Pharaons,* mais même appartenir a ces âges reculés.
Cette supposition semble encore appuyée par d'autres considérations.
On a trouvé chez les Mexicains des connaissances inconnues aux autres nations de VAmér rique, et présentant une certaine analogie avec celles des anciens Égyptiens, telles qu'un calendrier, une mythologie , une sorte de caractères hiéroglyphiques, et jusqu'à un papier végétal pour les y représenter^
Aujourd'hui même il existe encore une similitude frappante dans les matériaux et la forme des habitations mexicaines placées entre la capitale et la côte de TAtlantique , et de celles de l'Egypte moderne.
Le type asiatique de llndien-Mexicain avant la conquête est en outre bien moins prononcé que celui de l'Indien du nord de l'Amérique , dont l'origine, purement asia-
tique , me semble ne pouvoir être douteuse pour quiconque a eu occasion de comparer les habitants de certaines parties de TAsie nvec ceux de l'Amérique , et qui , s'attachant principalement aux faits généraux que présentent le physique , le caractère et les habitudes , fixe ses idées d'après ces impre^ons , sans s'arrêter aux exceptions que la science soulève parfois en voulant être trop systématique, et en s'appuyant de faits isolés qui, la plupart , doivent leur existence au temps el au climat.
L'Indien-Mexicain présente, en général, ce même type asiatique de l'Indien des régions de l'Amérique du Nord ; mais ses traits portent moins l'empreinte caractéristique de cette origine, et sa figure plus diminulive semble indiquer que cette sorte de dégénérescence est l'effet d'une fiision des races , plutôt que celui d'un climat plus méridional.
Son caractère diffère de même essentiellement de celui de l'Indien du Nord , quoique la douceur qui semble caractériser le Mexi-
cain soit plutôt apparente que réelle, de même que celle qu'on remarque dans l'Africain.
Dans le Mexique , où un certain degré de civilisation a permis de conserver quelques traditions vraisemblables et même des manuscrits' jusqu'aux temps delà conquête, tous ces documents s'accordent pour attribuer une origine asiatique aux différente^ nations qui passent pour avoir peuplé cette contrée , depuis les Tultèques jusqu'aux Aztèques, c'est-a-dire du septième siècle au douzième.
Les antiquités mexicaines, et surtout les pyramides, restent donc, à défaut d'autres données plus positives, les bases principales des rapports supposés avec le nord de l'Afrique.
Tout en admettant que les analogies que l'on trouve au Mexique avec l'Egypte puissent avoir pris leur source dans un contact quelconque , peut-être opéré par les vents alises , avec cette dernière nation ou même avec leurs voisins leis Phéniciens , on reconnaît ce-
* Comme celui de la Migration des Aztèques de la Californie au Mexique,
pendant , par l'examen des pyramides mexicaines , que la plupart ne peuvent devoir leur construction qu'aux races asiatiques qui , les dernières, peuplèrent le Mexique, et non a un peuple analogue à celui qui construisit les édifices merveilleux des bords du Nil.
Les pyramides mexicaines d'ailleurs diffèrent essentiellement par les matériaux dont elles sont composées de celles de l'Egypte , et même des monuments entièrement en pierres de taille que . l'on trouve sur les bords de FÂtlantique, comme à Palenque , au Yucatan et au Guatemala , contrées que je n'ai pas visitées , mais où des traces plus distinctes d'un peuple africain , ou du moins d'une nation dont l'architecture était plus perfectionnée , semblent exister.
Les matériaux qui entrent dans la construc* tion de ces monuments au Mexique , sont ou des briques séchées au soleil , comme on le voit par la pyramide de Cholula , ou du gravier et de la terre glaise recouverte avec une couche de pierres, comme en ofTrent
des exemples celles de San Juan de Teotihuacan et de Tepatitlan ; ou enfin le sol même de la montagne , a laquelle ou a donné en la taillant , la forme requise , et qu'on a recouverte ensuite de même de pierres : les pyramides de Xochicalco et de Remedios appartiennent a cette dernière classe.
Leur forme yarie dfe même de celles de l'Egypte, dont une seule, près de Saccarah, présente les otages ou terrasses dont les pyramides mexicaines sont formées. Elles se composent généralement de trois à quatre étages horizontaux, ou obliques, comme celle de Xochicalco, dont les divisions sont plus nonibreuses. Il n'y a que celle de Remedios qui diffère, les terrasses y étant tellement multipliées, qu'elles ressemblent à des marches. Mais ce qui les distingue particulièrement , c'est qu'elles sont toutes tronquées, avec une plate-forme sur le sommet , excepté la pyramide de Tepatitlan , qui est surmontée d'un monceau circulaire, en forme de dôme, mais d'une dimension assez considérable pour qu'on puisse y
jouit d'une vue que je considère comme la plus belle des environs de la capitale.
Il n'existe sur ce plateau aucun vestige de ruines de constructions , quoic[u'il soit plein de débris de vases, comme tout le reste du monument , et que je ne mette pas en doute que l'édifice principal , le temple , dût se trouver sur ce sommet , et que le fanatisme des conquérants l'aura fait disparaître comme tous les autres souvenii^ du culte des anciens Mexicains, surtout dans la capitale et ses environs.
Ce monument, malgré son voisinage de la capitale, et sa situation dans l'un des lieux les plus fréquentés de ses environs, était resté complètement inconnu aux Mexicains.
Une indifférence aussi étrange ne pourrait se concevoir dans tout autre pays , mais ici eUe s'expKque autant par l'apathie des habitants pour tout ce tfai ne rentre pas dans la sphère de leurs habitudes journalières , que par le soin que prennent les Indiens de cacher ou du moins de ne rien divulguer sur
tout ce qui a rapport a leur ancienne histoire. Le propriétaire de la hacienda située au pied de la montagne , et qui venait de mourir une quinzaine de jours avant ma visite , ne permettait à personne d'y monter, et les Indiens , dans leur superstition , étaient persuadés qu'il connaissait l'entrée des souterrains qui, selon leur idée, devaient contenir des trésors.
n faut* un œil exercé pour reconnaître de pareils monuments et les distinguer des montagnes naturelles, qui, au Mexique , ont souvent ime forme très -régulière. Je dus à l'expérience que j'^avais acquise par la vue de la plupart de ces monuments, (autant qu'au hasard qui semhlait me favoriser dans ces circonstances , de fidre par la suite une semblahle décx>uverte dans des lieux fréquentés avant moi par nombre de voyageurs. Ce fiit lors de mon voyage aux côtes de la mer Pacifique, que je reconnus, dans une petite montagne non loin de Tepatitlan, à i mille au nord de la route de la capitale a
Guadalaxara, une autre pyramide. Cet ancien monument, situé à une distance de dix-huit à vingt legua$ N.-E. de Guadalaxara, à une demi-I^gftia d'un petit endroit nonuné San José , qui lui-même est a une demi-I^^ua de la ville de Tepatitlan et à six ou sept de San Antonio , aussi nommé la Venta de Pejeros, possède un intérêt particulier, en ce C[u'il est Tunique antiquité de ce genre qui jBoit connue à l'ouest de la capitale , et surtout parce qu'il paraît être sur la route même que le» Aztèques ont suivie lors de leur migration de la Californie au Mexique.
Cette pyramide , d'une élévation d'environ 50 à 40 mètres et d'une dimension bien moins considérable que celles du Soleil et de la Lune à San Juan de Teotîhuacan , les surpasse cependant par l'élégance de sa forme.
Elle est divisée en trois étages et surmontée d'une élévation en rotonde qu'on pourrait comparer à un dôme , forme que je n'avais jusqu'alors remarquée dans aucun autre de ces monuments. On reconnaît par la base
qu'elle était de forme carrée, quoique, en Texaminant de son sommet , elle paraisse , vu son état de délabrement, de forme octogone.
La pyramide près de Tepatitlan^ est composée de terre et de gravier comme celles de San Juan de Teotihuacan; elle est encombrée à sa base . d'une, quantité considérable de pierres.très-Iarges, avec lesquelles elle semble avoir été entièrement recouverte, qômme celles de Xochicalco et de Remédiés.
Toute la pyramide était plantée de maïs, et je ne pus y reconnaître aucune trace de souterrains.
Les Indiens que j'interrogeai sur ce monument, le nomment Cerriio (petite montagne) de M ontezuma , le désignant de ce nom qu'ils appliquent à tout ce qui a rapport aux temps antérieurs a la conquête.