‹ Le Mexique; souvenirs d'un voyageurChapitre 27 sur 38 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Qaeretaro. — Gelaya. — Guanaxuato.

Queretaro est une grande et belle ville d'environ 20,000 habitants. Elle est animée et paraît commerçante. On y fabrique, entre autres , beaucoup d'objets en fibres de mtiguai tels que des bâts, des cordes, des couvertures.

L'église principale de la ville , située sur la grande place , est richement ornée. Celle de San Francesco est simple , mais sa cour est plantée des plus beaux cyprès. Le nombre de fontaines publiques qui embellissent la ville , est dû à un vice-roi sous Ferdinand VI , de 1746 à 1759.

Queretaro est le chef-lieu du département du même nom, qui, bien que de peu d'étendue , est très-peuplé. De la chaîne de montagnes , où la ville est située, toutes les rivières s'écoulent vers l'ouest dans la mer Pacifique.

Je partis le 18 de Queretaro. Le pays à l'ouest de la ville est plat, toufiu, et couvert de marais; trois léguas plus loin, la contrée devient stérile , et on rencontre nombre de fours à chaux. J'avais augmenté à Queretaro mon train d'un mozo , pour éprouver moins de retards; mais je ne fis que m'embarrasser davantage. J'étais venu , le jour précédent, de San Juan del Rio sans escorte , l'officier qui y commandait me l'ayant refusée tout net , malgré l'ordre du ministre de la guerre , sous le prétexte qu'il n'avait point de cavalerie. Je trouvai plus de prévenance à Queretaro , parmi les autorités aûlitaires ; mais heureusement que leur protection était inutile , les douze principaux brigands du paya ayant été pris quelques jours auparavant , grâce a l'énergie du commandant de Celaya , don Pedro. Cortazar.

Deux des dragons de ma nouvelle escorte étaient des recrues que leur chef, le cabo, ne quittait point des yeux , puisque ces deux héros, qui ne se sentaient aucune voca-^

tion pour l'état militaire , semblaient assez disposés à profiter de l'occasion pour faire une petite escapade. A tout moment l'un ou l'autre restait eh arrière. Je fus surpris du peu de cérémonie avec laquelle mon cabo, ancien militaire des guerres de l'indépendance , les traitait , et des coups de plat de sabre dont il régalait ces fiers républicains.

Je passai par el Opasio, village considérable à trois léguas de Queretaro. D^Opasio à Celaya il y a neuf léguas , dont les dernières passent par une contrée qui , dans cette saison , était couverte d'eau et de fange.

Je trouvai donc avec autant de satisfaction que de surprise , k une kgua de Celaya , une excellente chaussée établie sur une digue , et qui me conduisit jusqu'à la vSle ^ où je passai sur un pont magnifique en pierre , aussi large qu'étendu , garni de colonnes et de pyramides , et que je considère comme le plus élégant de toute la république. Mais il date, ainsi que la chaussée , du temps des Espagnols j et les fondateurs, fiers de cette belle

entreprise , en ont perpétué la mémoire par les inscriptions qu'ils ont gravées sur les monuments qui ornent le pont. On y a établi un péage sur chaque animal , à raison d'un demi-réal (54 c.) par tête.

Celaya est à douze legucu de Queretaro. Je descendis dans la mezon située sur la place publique. J'y occupai une chambre au premier, d'où je jouissais d'un coup d'œil étendu sur les montagnes qui environnent la Ville , en même temps que je voyais sous mes fenêtres le marché , où nombre de fruits européens , tels que des pêches , des raisons , des poires , étaient étalés.

J'envoyai le mozo m'en acheter, lui donnant un peio pour m'en rapporter le change. Je savais que leÉ eUicag (les bo^b) du département de Mexico n'avaient plus cours dans celui de Guanaxuato , où la ville de Celaya est située , aussi peu que dans celui de Queretaro , ce qui est encore un des beaux reste du système fédératif. Je ne m'attendais cependant à rien moins qu'a la monnaie qu'on allait me ren-

lire , qui consistait en petits morceaux de savon , dont on se sert en cet endroit comme Tunique change.

Ces pièces de savon sont longues de 78 millimètres, sur 15 de haut et 36 de large; elles pèsent 1/2 hectogramme. D'un côté se trouve le nom de galvan , et de l'autre le chiffre 2 , qui indique la valeur nominale de la pièce , c'est-k-dire deux clacos (environ 17 c).

L'histoire nous apprend que des villes assiégées se servaient de monnaies obsidionales en cuivre , en étain , en cuir, en papier ; les sauvages font même usage, dans quelques endroits, de cacao, de coquillages, de dents de poissons; mais je me flatte d'avoir le premier enrichi la numismatique de la monnaie de savon. Mais au fond, cette monnaie, qui possède du moins une certaine valeur, n'est-elle pas encore préférable , toute gênante et ridicule qu'elle soit , à ces billets de quelques cents ' dans le papier monnaie des banques particulières des Anglo-Américains, dont

* Uu cent vaut cinq cciilimes cl demi.

la garantie principale ne consistail que dans le crédit que les Anglais, éblouis par les entreprises gigantesques qu'ils voyaient s'exécuter au delà de l'Atlantique , avaient ouvert aux Américains , sans se douter que ces merveilles de l'industrie s'exécutaient a leurs dépens-?

Et ce système de monnaie de savon de Celaya n'est-il pas encore préférable a celui des clacos, en cuivre , que l'État de Mexico fit frapper il y a quelques années, forçant le public de les prendre pour le double de leur valeur (une quartilla) , jusqu'à ce que des Anglo- Américains et d'autres spéculateurs ( de bons patriotes mexicains') mirent une triste fin à cette opération financière en inondant le pays de ces clacos frappés aux États-Unis.

Je reçus à Celaya l'accueil le plus aimable du colonel don Pedro Cortazar, frère du célèbre général, dont le régiment de dragons est le meilleur de la république , et aussi bien discipliné qu'équipé. Grâce à sa complai-

^ On conuait au Mexique le principal individu qui avait fait cette falsiBcation , et qui, loin d*étre puni comme faussaire, joue danvS la capitale un grand rôle par les fruits de sa noble industrie.

sance , je fus à même tle mettre à profit mon court séjour.

Celaya est une belle ville , agréable et bien peuplée. Le nombre de ses habitants est de 40 à 41,000. Les arts y furent autrefois cultivés plus que dans aucun autre lieu du MeiLique, comme on le voit dans d'assez bons tableaux , que l'on conserve dans deux monastères que je visitai. La grande place de la ville se distingue autant par son espace que par sa régularité.

On a essayé récemment d'établir à Celaya des manufactures pour la filature du coton , d'après l'idée de don Lucas Maman, et je croiis que cette ville pourrait devenir, par le caractère actif de ses habitants, d'une grande importance industrielle, dans des temps moins agités. Mais ce qui distingue surtout Celaya, ce sont ses progrès dans l'agriculture. Je trouvai dans deux haciendas que je visitai près de cette ville , la preuve du degré de perfection à laquelle la culture du sol peut être portée dans cette belle contrée , quand

sa fertilité est secondée par des soins assidus et bien dirigés. J'y rencontrai Tolivier et la vigne, les deux principaux articles dont la jalousie de l'Espagne avait interdit la culture à ses colonies. Les olives de Celaya ne le cèdent point en gcosseur à celles de Valence $ mais les vignes surtout y sont d'un produit surprenant. Elles n'atteignent pas lu hauteur des nôtres , mais elles s'étendent en largeur, et il n'est pas rare de trouver sur le même cep , de 40 à 50 grappes de raisin noir d'une qualité très-douce.

Le sol delà contrée que je traversai, depuis Queretaro jusqu'à Lagos, faisant partie du Baxio , et situé dans une région tempérée , oii rirrigation se fait par des canaux a la manière de l'Egypte, est le plus fertile de toute la république daii9 le» produits les plus utiles , en même temps que son climat me paraît des plus sains ^ et c'est surtout dans les environs de Celaya que la culture a atteint un certain degré de perfection, et que les récoltes, principalement celles de grains, sont des plus riches.

Je partis de Celaya, le 51 juillet, accompagné d'un seul dragon , pour me rendre a Guanaxuato. J'envoyai, mes effets et mon monde , sous la conduite du sous-officier de l'escorte, homme de confiance que je dus à la complaisance du colonel Cortazar, directement par Léon à Lagos, où je devais les rejoindre dans quatre jours, mon temps étant limité par la crainte de manquer mon passage a Mazatlan .

Je quittai Celaya avec une impression bien plus favorable que ne m'en avait encore laissé aucune ville du Mexique : conséquence des progrès que l'on y voit, de l'activité, de l'ordre et de la sûreté qui y régnent.

Il y a dix léguas de Celaya pour se rendre k Salamanca, ville d'un aspect chétif et mélancolique avec un clocher sans toit. De là , je me tournai au nord vers la hacienda de Temascatio , qui en est distante de quatre léguas, où je me procurai un autre cheval. Le village de Dolores , où le curé Hidalgo avait , en 1 81 0 , commencé l'insurrection , se trouve à dix-huit léguas de Temascatio.

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A cinq léguas de Guanaltaâto , près de k haeimda de Burras , commence une chaudsée excellente et- dtes plus larges , établie , je crois, aux frais d'une compagnie anglaise, mais ^i n'est que de courte durée.

À Marfîl, a une légua de Guanaxuato, on entre dans un ja^in où se trouvait un ruisseau formé paries pluies, que Ton était obligé de traverser plus de vingt fois. On arrive enfin par ce chemin horrible à Ouaniauato , oii finit le raviiï , et qui s'élève graduellement sur la montagne. Il existe difficilement une ville dont la construction soit aussi irrégulière ; les rueé sont la plupart étroite» et tortueuses, et remplacement en pente qu'occupent lés maisons qui sont échelonnées sur la montagne, fait qu'elles ont phia d'étages id'un côté que de l'autre.

Les églises et les autres édifices publics dé Guanaxuato- n'ont que peu d'importance. Les granaditos (magasins de maïs) sont encore les bâtiments les plus marquants , autant par leur forme et leur couleur rouge , que par les souvenirs qu'ils présentent de la pre-

mière insurrection ^ duraat laquelle des prisonniers espagnols y furent massacrés le St4 novembre 1810, au nombre de plus de 20O, par la populace de la ville ^ mais surtout par la circonstance que la tête du curé Hidalgo, chef de cette insurrection, et fusillé à Chihuabua , avait été exposée sur l'un des deux crocbets que Ton voit encore fixés dans la muraille des granaditos.

Tout luxe dans la construction des in^* sons serait, du reste, déplacé, puisque la ville est exposée, lors des pluies , aux ravages des eaux qui descendent en . torrents de la montagne , et endommagent les édifices. ^

La ville de Guanaxuato contient 38,000 habitants , et leur nombre dans les mines qui l'environnent s'élève a 18,000, ce qui donne un toul de 46,000.

Cette ville est le chef-lieu du département du même nom, qui est le plus peuplé de toute la république , puisque l'on y compte 1 ,300 âmes par légua carrée.

La ville de Guanaxuato fut la scène de plu^

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sieiura éfsénémeni^ mémoiaUes lors de la première guerre de l'indépendance , les ri-* ches méUux cpft'on y exj^ite ayant toujours tenté les besoins ou ia cupidité des différents partis.

Parmi les établnsements publics, 'la Mon^ naie ealremarqiabk, puisqu'elle est détenue, pat les soins dé don Laub Goprtafcar, k-miemt organisée du Mexique. On y frappe ânnnelfement de 2,500,000 à 5,000^000 de pe90ê, et même plus. J'y remarquai éntite autMS la ma^ chine pour la virole , avec laquelle on crénelé 5,000 pssoi en trois quarts d'heure , et lé kminoir pour donner au métal l'épaisseur voulue, sans que Vusage de k lime toit en sus nécessaire.

Le général 'Cortasar avait fait graver par le célèbre Wyon de Londres , des coins pour la monnaie , qui furent exécutés avec toute la perfection que l'on connaît aux ouvrages de cet artiste éminent; mais le gouvernement central ne permit point qu'on s'en servît, dés* espérant que ses graveurs pussent reproduire

ce beau type pour les autres départements de la Confédération.

' Un des établissements les plus remarquables dus au général Cortazar, c'est l'Institut des mines, qu'il a créé, où les jeunes gensreçoivent l'instruction la plus soignée par de bons professeurs , et où on trou?e pour leur usage une petite bibliothèque, des collections d'appareils de physique ^t de chimie » une collection de vainéraux peu nombreuse,, mais très-intéressaple , uœ école de dessin , etc.

Je vis à Gruanaxu^to avec le plus vif intérêt l'homme célèbre àtqui. cette ville doit tant de bien£!|its, et qui gouvernait au mitieui d'une contrée anarchique avec autant de ta-lent que d'énergie.

Le général Louis Cortazar est de plus un de ces personnages qu'on admire pour leurs, œuvres, et qui attachent par leur personne.

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