CHAPITRE XXIII
Mines de Guanaxuato. — Route de Guadalaxara.
Je visitai, le 2 août, les mines qui ont rendu Guanaxuato si célèbre. Recommandé par le directeur de la principale compagnie anglaise (YÀnglo-Mexican company) ^M. Scoolbred , au sous-directeur de la mine de Rayas, je tne mis en route gravissant la montagne escarpée au pied de laquelle est située Guanaxuato.
Je jouis , de son sommet ^ d'un coup d'oeil <les plus extraordinaires .
Plusieurs gorges s'ouvraient à mes pieds , encaissées dans de hautes montagnes d'un aspect stérile. Au fond des ravins , comme a la plus grande hauteur, paraissent nombre de petits villages. Ceux qui occupent la cime des montagnes ressemblent a des forteresses
placées la comme des nids d'aigle. C'étaient les mines. Les habitations que Ton Toit comme dans des abîmes sont les haciendoê de henefieio.
J'avais donc devant moi ces mines célèbres qui s'étendaient en demi -cercle du nordouest au sud-est , situées sur la même veine d'argent , si grande et si riche , nommée la Veta Madré.
Je voyais , commençant au nord-ouest , la Valenciana, mine aujourd'hui presqu'entièreitient épuisée, mais k qui Guanaxuato doit son existence et son éclat; puis se succédaient les mines de Cata, de Secho, de Meliado, d'un produit très-riche; ensuite Rayas, la plus étendue de toutes , et probablement la plus grande qui eitiste sur la terre , mais très-exploitée 'y et enfin la dernière au sud-est , celle de Sirena.
Les six mines que je viens de nommer occupent huit haeiendoê de bénéficia. Le minerai exploité dans les quatre premières est amalgamé dans la hadenda de Salgado avec 42 arrastros, dans celle de Flores avec 30 ,
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dans celle de Medio avec 24 , enfin dans celle de San Louisito avec 1 6.
Le minerai des deux dernières mines qui appartiennent k YAnglo-Mexican company^ est amalgamé, celui de Rayas à la hacienda de Barreras avec 66 arrastros^ et a celle de Dolores avec 50,* celui de Sirena à la ^cienda de Pastita avec 50, et k celle d'Ëscalera avec 52.
J'ai décrit, lors de ma visite k Real del
Monte ' , tant l'exploitation que l'amalgamation du minerai , je ne parlerai donc ici que de ce qui m'a frappé k Guanaxuato comme différent de ce qui se pratique k Real del Monte.
Je me rendis k Rayas accompagné du directeur de cette mine , que j'avais trouvé k la hacienda de Duran.
La mine de Rayas est composée non-seulement d'un puits perpendiculaire, auquel aboutissent plusieurs galeries horizontales et diagonales , comme k Real del Monte , mais des mines obliques descendent encore de la su-
*^ Fofez. chap. XVI, sur Real del Monte.
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perficie de la montagne jusqu'à la plus grande profondeur. Ces dernières ont été formées en suivant la direction de la veine qui descend en gi*andes masses , et ne s'embranchent que rarement en parties horizontales.
Le puits de la mine de Rayas est le plus large qui existe , son diamètre étant de 1 3 à 14 varas, avec une profondeur de 445 varas. Il n'y a point d'échelles , et on entre dans la mine , ou par le puits au moyen de deux cordes , qui descendent alternativement , et qui servent pour retirer l'eau et le minerai à l'aide de poulies et d'un grand guindeau mu par des chevaux , ou en descendant les mar*ches qui sont pratiquées en guise d'escalier dans les mines obUques , et dont on compte quatre.
Tout à Guanaxuato se fait à force de bras et avec des animaux, à la manière mexi* caine; l'eau est retirée au moyen de tuyaux en cuir qu'on attache aux extrémités des cordes; le minerai est de même monté dans des seaux.
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On descend dans la galerie de San Cajetatio par les escaliers pratiqués dans le rocher, auxquels ceux des plus gran4s palais ne peuvent être comparés, pour la dimension ; la largeur des marches étant généralement de 8 varas et quelquefois de 10. La hauteur de la galerie, dont la pente n'est que rarement escarpée, est de plus de 6 varas , la veine qu'on a suivie présentant une pareille dimension.
En descendant ces vastes galeries , dont le produit était si riche , qu'on a dû en quelques endroits remplacer le minerai par des pierres ordinaires , pour ne point interrompre l'esca^ lier, on arrive à une profondeur de 430 varas, où la galerie devient d'une largeur énorme ; les marches alors finissent, et sa pente devient en même temps si escarpée , qu'on ne descend qu'avec beaucoup de peine sur des bâtons qu'on a attachés a la roche en guise d'échelle. J'y trouvai des mineurs, mais en petit nombre , et le minerai n'était rien moins que riche.
Mais c'est dans cette galerie que Ton a trouvé ,
il y {a quelque temps , de For natif dans du quartz , ce qui rarement a lieu k une telle profondeur.
En descendant encore i5 varas , oti arrire à une galerie horizontale très-longue, mais étroite (Deshachode San Simon) , qui conduit au puits. L'impression qu'on éprouve en revoyant le jour a 445 varas au-dessoua du sol est des plus frappantes. On m'assura que les rayons du soleil , quand il passe le méridien y y pénètrent et se réfléchissent dans Teau qui est au fond du puits. Le courant d'air y est en même temps des plus violents. On peut descendre encore 30 vara$j la plus grande profondeur des mines étant de 475. H y a encore dans la mine de Rayas , trois autres galeries semblables à celle de San Caje^ tano.
Rayas est une ancienne mine qui était négligée avant 1850, époque où elle fut affermée a la compagnie anglaise, qui l'excava depuis jusqu'à la profondeur actuelle.
La mine si célèbre de la Valenciana est la
plus profonde qui existe, comme celle de Rayas est la plas large par son diamètre : son puits a 650 varas de profondeur et 1 2 et 1 /2 de diamètre. Après avoir donné tant de trésors , elle n'est aujourd'hui que faiblement exploitée j et remplie d'eau jusqu'à une hauteur de 170 wiras, ce qui réduit le puits à 460.
La disposition y est , du reste , la même qu'à Rayas , et on descend par des marches dans les galeries formées par l'excavation des veines 3 seulement, les marches étant murées, on y pénètre avec plus de facilité.
Le^ ouvriers de Guanaxuato ne reçoivent point de paye , mais la moitié du minerai ^'9s exploitent ^ et les outils, tels que le marteau à manche court , la pointe à la mode mexicaine, et même la poudre pour fidre sauter la roche , dont , malgré la diminution dans l'exploitation, on emploie journellement encore de 8 à 9 arroboê (100 à 113 kilogrammes) , leur sont fournis par l'administration. Ils reçoivent , de plus , de 50 à 1 50 pesos pour chaque vara, selon la durelé du rocher, et
même leur part du minerai est tirée hors des mines aux frais des propriétaires ou des fermiers < En comparant ces conditions avec celles accordées aux ouvriers de Real del Monte, la perte qui en résulte pour les entrepreneurs à Guanaxuato est évidente. Le plus grand préjudice dans ce dernier endroit provient de ce qu'une faible partie seulement du minerai y est amalgamée par les compagnies mêmes , mais que le lot le plus considérable est vendu à des particuliers qui en séparent l'argent pour leur propre compte. On appelle reseator d^es les hommes qui s'occupent de ce genre de commerce , qui est des plus lucratifs.
IjAnglO'Mexican eompany fait, le samedi de chaque semaine, une vente à l'enchère du minerai qu'elle n'amalgame point elle-même. Les re^atadores assemblés font chacun leur offre au crieur, mais secrètement, et le monceau de minerai appartient au plus offrant. On peut juger de l'expérience que doivent posséder ces hommes pour juger de l'argent qu'il contient; mais leur œil est tellement
exercé, qu'ils ne se trompent prescjue jamais. Quant au minerai appartenant aux ouTriers , il est tout Tendu aux rescatadores.
Les haciendas de la compagnie , dont je visitai celle de Barreras, située dans le raviri où Guanaxuato est construite, sont sur un pied beaucoup plus grand que Régla, et leur étendue est en rapport avec l'immense produit que les mines de Guanaxuato donnaient autrefois.
La séparation du minerai y est entièrement faite par le procédé de l'amalgamation % et la fonte n'y est point pratiquée, cette dernière méthode n'étant point en usage au Mexique ni propre à la nature du minerai de Guanaxuato, qui , quoique fort abondant , n'est pas en proportion riche en argent; ce qu'il compense toutefois par les parties d'or qu'il contient.
Tous les travaux qui se font à Régla au
^ La perte du mercure dans le procédé d*amal^aina(ion des haciendas de plata à Guanaxuato est de 40 pour 100, donc de moitié moins qu'à ceNe de Real del Monte.
moyen de Teau , sont exécutés a Guanuaxato par des mules. Les machines pour pîler le minerai , les arra^roi pour le Réduire en poudre, tout est mis en mouvement par ces animaux. Les deux galerùi (on nomme ainsi les galeries couvertes où se trouvent le» ôrrastroi) de la haeiênda de Barreras contiennent l'une 33, Taatre 35 arraêtras, qui sont de deux à trois fois plus graiids que ceux de RegU. Le minerai moulu sur des arrctô^roi mus par des mules, est mieux pulvérisé que sur ceux que l'eau tourne, mais oii la besogne se fait plus vite.
Il y a deux patioê pour les tortas qiii y restent exposées de trente k soixanjte jours , où elles sont foulées par les mules de 1^ manière accoutumée. On peut juger du nombre de ces animaux employées dans ces haciendas; il y en avait 460 dans Barreras.
Le reste de l'opération est le même que celle décrite à l'article de Real del Monte , à quelques différences près, de peu d'importance , comme dans la forme des cuves (lavaderos)^ et dans la méthode pour enlever
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de la Kmadora (l'amalgame d'argent et de mercure) les autres substances.
L'or qui se trx>UYe mêlé à l'argent s'en sépare déjà en partie dans Varrastro, et le reste par un procédé chimique à la Monnaie.
Les mines de Guanaxuato sont du plus haut intérêt par les souvenirs qui s'y rattachent^ et par les traces de leur immense splendeur, avec laquelle rien au monde dans ce genre ne peut être comparé.
Mais leur produit actuel n'est pas en rapport avec la magnificence de leur aspect. Les affaires des compagnies qui les exploitent sont loin d'être dans un état rassurant* Les causes en sont diverses^ mais la princijpale est dans le caractère des habitants de la contrée.
Les compagnies anglaises de Guanaxuato furent les premières qui s'engagèrent dans lefi mines mexicaines. Ne connaissant le terrain que par des théories , et ignorant entiè* rement les ruses et les menées du Mexicain , de plus, imbus de leur propre supériorité en affaires , ils s'engagèrent par des contrats de
tirop courte durée , comme de six années. Ce temps si limité ne leur permit point dy faire les établissements nécessaires sur un pied convenable , puisque toutes les améliorations n'auraient été qu'à l'avantage des propriétaires qui devaient rentrer dans leurs droits dans un terme si rapproché.
Quoique possédant des directeurs du plus grand mérite , comme M. Scoolbred, homme compétent et plein d'activité , force leur fut de marcher dans l'exploitation des mines sur la voie suivie par les Mexicains , desquels ils sont entièrement dépendants.
Il fallut donc continuer à donner aux ouvriers la moitié du bénéfice, ainsi que les antres revenus que la coutume leur alloue.
Mais , non contents de ces avantages , ces hommes démoralisés, imbus de haine pour l'étranger^ contre lequel tout crime leur parait même méritoire , volent encore plus qu'ils ne gagnent, joiiant sous main ayecles rescatadares.
La compagnie anglaise, croyant compenser, par une économie mal placée , la position dés-
avantageuse dans laquelle elle s'est avanturée, n'emploie que quatre Anglais pour diriger les mines } tandis que la surveillance et le contrôle se trouvent entièrement dans les mains d'employés mexicains , choisis entre les ouvriers , qui , mal payés , font cause commune avec leurs anciens camarades et exploitent pour la compagnie les veines les plus pauvres, réservant les plus riches pour leur ; propre compte.
De même qu'à Real del Monte , je reçus des employés anglais l'accueil le plus prévenant , et je n'eus qu'à regretter de voir ces hommes si habiles et si actifs, si peu soutenus dans leur pénible besogne , qui , une fois commencée , devrait être suivie , sinon dans le style supérieur de Real del Monte ^ du moins avec tous les efforts que permet cette entreprise manquée dans son début.
Je quittai la ville de Guanaxuato , le 5 août, à quatre heures du matin , après m'y être arrêté deux jours , heureux d'avoir vu ces mines si célèbres.
aa*
Obligé, lors du trajet de Celaya k Guanaxuato , de le faire en un jour, j'avais réussi à parcourir vingt-trois léguas en quinze heures , dont je consacrai deux seulement au repos. Je n'avais changé qu'une seule fois de monture , et le dragon qui m'accompagnait avait accompli sa course sur le même cheval.
J'étais forcé pour retrouver mon monde k Lagos , d'y arriver de même dans un seul jour. Je retournai jusqu'à la garita de Marfil, à l'entrée du ravin , d'où je me dirigeai sur Silao , à cinq léguas de Guanaxuato , ville petite mais très-animée. De Silao jusqu'à Léon, à neuf léguas de distance , la contrée est plate et très-bien cultivée. Dans les environs de Léon on trouve beaucoup de plantations de ckUç ( piment). La ville de Léon est une des plus industrieuses et des plus riches de la république, quoique son étendue ne soit point considérable j et qu'elle ne contienne , de même que Silao, que 2 à 5,000 habitants. On y trouve nombre de tisserands qui fabriquent des re-
hosos, châles bariolés dont l'usage est si gé^ néral parmi les femmes mexicaines , que les Indiennes mêines à demi nues s'en enveloppent la tête et les épaules, se drapant, malgré leurs lambeaux, comme des vestales ; à l'imitation de leurS' maris, qui, malgré leur nudité presque complète dans les environs de Léon (puisqu'ils n'y portent que quelques morceaux de cuir autour du corps), s'enveloppent également, même par une chaleur étouffante, dans les plis de leurs serapes.
Je pris un peu de repos a Léon , dans une mexon assez propre, et je repartis de cette ville, dont les habitants sont fameux pour leurs brigandages , à cinq heures après midi , par un chemin montueux, couvert de bois et de broussailles.
Il me restait encore douze léguas à parcdurir sur une route très-pittoresque, mais déserte et couverte de montagnes , de ravins^ de précipices et de marais.
La nuit était survenue et nos animaux étaient si fatigués , qu'il fallut mettre pied à terre et
au.
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les conduire en lesse. Nous engageâmes avec difficulté un Indien a nous guider, mon compagnon ne se reconnaissant plus dans l'obscurité.
Le silence dans cette solitude n'était interrompu que par le hurlement si désagréable du chacals , qui ressemble aux cris d'un enfant.
Après minuit enfin nous atteignîmes Lagos ; mais il fallut encore pour entrer dans la \ille , passer à gué un fleuve large et rapide y dont l'eau, grossie par les pluies , s'élevait jusqu'au poitrail des chevaux. Je retrouvai mes gens et tous les effets en ordre , grâce , comme j'ai lieu de le croire , au chef de l'escorte ^ mais mes animaux avaient été si négligés , que j'en perdis un le lendemain.
L'habitude aguerrit aux fatigues , et malgré la longue marche de la veille , oii j'avais fait vingt-quatre léguas sur le même cheval , en vingt et une heures , y compris deux heures de halte , je pus continuer ma route le lendemain.
La petite ville de Lagos prend son nom des lacs (lagos) dont elle est entourée. En sortant de la ville , on voit k la gauche une montagne appelée , en raison de sa forme particulière, Meià redonda. La contrée continue d'être déserte; elle est montueuse, couverte de bruyères, et coupée par des ravines; on y rencontre des fourmilières d'une telle étendue , que le sol en est dévasté dans une circonférence de 2 à 4 mètres.
On passe , à sept léguas de Lagos , près de quelques huttes nommées el Obispo , et , à une légua et demie plus loin, par une belle plaine cultivée.
San Juan de los Lagos est à cinq léguas de el Obispo et à douze de Lagos. On est surpris de trouver dans cette ville , située dans une ^prge , au milieu d'une contrée montueuse et stérile , une belle église avec une coupole et deux tours. Cette église , dont l'inscription portait Basiliea Lateranensis y est digne de ce titre comme une des plus grandes et des plus belles du Mexique. Elle est construite en
pierres de taille dans le $tyle le plus élégant, sur des colonnes cannelées , avec un porche magnifique où Ton moiite par de belles mar* ches q«i entourent l'édifice.
Cette Tille, quoique triste, paraît avoir été très-opulente du temps des Espagnols , si Ton en juge par la construction des maisons , qui sont toutes peintes et ornées de sculptures. Elle jouissait de privilèges particuliers , qu'elle possède encore aujourd'hui, puisqu'on y tient au mois de décembre de chaque année une foire (feria) qui dure huit jours; ce qui attire un tel concours de monde , que les monta* gnes qui environnent la ville présentait alors le coup d'œil le plus pittoresque par le nombre de personnes , de chariots et d'animaux qui y bivouaquent.
Partant, le 5 août, de San Juan de los Lagos , je passai sur un beau pont en pierre au-dessus d'une petite rivière qui coule par la ravine.
Cales , situé à cinq léguas de Lagos dans une autre ravine , est un lieu pauvre et d'un
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aspect misérable , mais dont rancîenne é^iÈe^ est également surmontée d^lne coupole et de deux tours.
L'aspect de la contrée est toujours le même, c'est-à-dire sans culture. La Laça , chétif endroit composé de quelques cabanes, est k deux ou trois léguas au delà ; enfin , à dou^e Uguasde San Juan , on arrive à la Venta de Pejeros ou hacieuda de San Antonio , ferme avec une mauvaise mezon sans aucune ressource.
Nous trouvâmes , le lendemain , lors de notre départ , les eaux de la petite rivière qui coule près de la hacimda tellement accrues par les |ilnies , que nous ne pûmes la traver*ser à gué. Il ûillut donc la passer, ainsi que le bagage , sur un mauvais canot composé d'un arbre creux. Quel travail que celui de décharger les animaux , d'ôtér les selles et les bâts , et de les placer dans le canot qui dut faire plusieurs voyages, tandis qu'on poussait les chevaux et les mulets dans la rivière pour la traverser à la nage !
Arrivés au bord opposé , il fallait les re-
prendre , les seller , les recharger^ et le tout dans la fange !
Quel contraste dans ce pays ! D'un côté des édifices magnifiques, des basiliques en pierre de taille , des aqueducs immenses , et à quelques léguas plus loin , sur une des principales routes , pas même un simple pont en bois !
La contrée prend ici un aspect fertile et cultivé. On y voit des milliers de lièvres, que jamais chasseur n'inquiète.
Les huttes y sont uniquement construites en larges pierres volcaniques , posées l'une sur l'autre et couvertes de paille , sans aucun ciment pour les lier, ni même de mousse entre les fentes .
Ce fut dans une belle plaine a cinq ou six léguas de la Venta de Pejeros , et à une légua de Tepatitlan, que je découvris la pyramide que j'ai décrite dans le XVIU^ chapitre , et que , en raison de sa proximité de cette dernière ville , j'ai désignée sous le nom de la pyramide de Tepatitlan.
Après avoir passé le petit endroit de San José , à une demi4egua de la pyramide , j'arrivai kTepatitlan, ville très-bien située sur une petite éminence . Le sol, qui est des plus riches, se compose d'une terre rouge et argileuse.
L'église et les habitations dispersées sur l'éminence, construites avec cette même terre et couvertes de toits en comble, d'ardoises ou de paille, présentent par leur couleur rouge et la verdure qui les entoure un coup d'ceil gai et agréable.
L'aspect de la contrée aussi bien que la construction perdent ici leur caractère oriental. Les cactus sont peu nombreux , surtout l'aloès ; aussi le pulque y est-il remplacé par de V^muardienU (eau-de-vie).
La construction des habitations, qui paraît européenne, semble prouver qu'une grande partie de cette contrée ne fut peuplée qu'après la conquête. Les souvenirs des temps des Indiens deviennent rares , et le peu d'antiquités qu'on y trouve présentent une forme grossière. La pyramide de Tepatitlan est
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Tunique et la dernier^ qui me sôH connuie du côté de Taiiest delà capitale.
Le séjour des Indiens semble n'avoir été ici que transitoire , et c^ n'est que plus au nord que des traces plus noMbreusesr des In^nr reparaissent. Leur race commence à y ê^e mêlée avec les nègres importés de l'AMque.*
Après une heure de repos k Tepatitlan , je me dirigefai sur Sebatlonejo , ayant loué quelques mules pour soulager les miennes. A huit' ou nenf léguas de Tepatitlan, je passai dans une contrée des plus romantiques , le pnmte de Calderon , jeté sur un torrent rapide , si célèbre ' par la bataille que Hidalgo y perdit , le 17' janvier 1811 , contré Calleja, et qui décida du sort de la première insurrection mexicaine.
Hidalgo avait rassemblé son armée* composée de 15,000 a 18,000 Indiens insurgés, soutenue par un parc nombreux d'artillerie ^ sur les montagnes k l'ouest du pont.
Le général Calleja , avec ses troupes disciplinées, fortes de 1 1 ,000 hommes, avec 1 1 canons el quatre obusiers, était arrivé sur la rive
opposée , et les avait formés en deux masses.
Son plan , qui était d'attaquer séparément avec ces deux corps les Indiens rassemblés sur les hauteurs, ne réussit point, quoique sa droite eût eu l'avantage au commencement de l'action, sur les Indiens insurgés, qui , malgré leur peu de discipline et Tinfèriorité de leurs armes, mais soutenus par leur formidable artillerie, avaient repoussé trois fois l'attaque de la gauche de l'armée royale , commandée par le comte de la Cadena. Le général Calleja dut dont rétrograder pour ne point être séparé de sa gauche. Il réussit à se réunir à elle et à ranimer son courage. Mais, son artillerie n'ayant plus que peu de munitions, il forma son armée en une seule ligne de bataille , plaçant ses canons en tête » avec l'ordre de ne tirer qu'à portée de pisto^ let de la batterie des insurgés.
Lçs chances paraissaient alors égales, lorsqu'une grenade , tombant dans un des caissons de poudre des Américains , le fit sauter, et le feu s'étant communiqué a plusieurs au-
très, une terreur panique s'empara des Indiens , en voyant le dégât que cet accident avait occasionné.
Us prirent la fuite en désordre , abandonnant aux vainqueurs 92 pièces de canon ; les dragons espagnols, renouvelant leur charge par la gauche , en eurent bientôt débarrassé tout le champ de bataille , qui resta k l'armée royaliste , excepté un point fortifié par les Indiens et défendu par 6 pièces de canon à leur gauche , k l'attaque duquel le comte de la Cadena perdit la vie : s'étant trop avancé , il fiit pris par des Indiens en embuscade , au moyen de leur lazos , et tomba percé de cent armes différentes.
Hidalgo , entraîné dans la fuite , échappa , mais fut pris deux mois après par la trahison des siens , et exécuté à Chihuahua. Le vainqueur, Calleja, fiit nommé comte de Calderon et vice-roi de la Nouvelle -Espagne. Il fallut quinze jours pour brûler les corps des Indiens morts dans cette bataille et dans leur désastreuse retraite.
Près de Sebatlonejo , où nous passâmes la nuit , et a deux léguas plus loin , des ponts en pierre indiquent que l'on approche d'une grande ville.
Le sol est pierreux. On passe , à trois ou quatre legum de Sebatlonejo, sûr un pont trèsr long , le Rio-Grande de Tololotlan , le fleuve le plus considérable du Mexique, dont lés eaux coulent dans la mer Pacifique ; il est éloigné d'environ quatre à cinq léguas de la ville de Guadalaxara. Quelle que soit sa largeur, il est* si peu profond qu'il n'est navigable qu'à peu de lieues de son embouchure. Le côté ouest du pont fut , dans les derniers temps , la scène d'un combat , où le général don Louis Cortazar vainquit Mejia , le chef des msurgés , et le fit prisonnier.
Cortazar, posté sur la rive droite, n'avait que 2,000 hommes sous ses ordres. Les insurgés , que commandait Mejia , étaient au nombre de 6,000, soutenus par un grand nombre de canons.
Nous rencontrâmes , près du pont , quel-
q[ues arriéras, avec leurs mules, qui avaier^ été dévalisés dans la nuit. Leur porte s'élevait à i ,600 pet 09.
Battus par une averse , nous atteignîmes la plaine dans laquelle Guadalaxara est située , et bientôt après nous déstendîÂies k la tnezon de Zapopan , dans cette ville principale de l'ouest du Mexique.