‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 11 sur 185 · CHAPITRE K — LA VERA-CfttJZ · texte numérisé non relu

CHAPITRE K — LA VERA-CfttJZ

nous arrivâmes au mezon de San Antonio, vaste enclos pour les mules , premier abri des caravanes qui s'engagent dans le désert.

Nous étions harassés de fatigue, et, roulés dans nos couvertures, nous nous étendîmes autour des feux de bivouac allumés dans l'intérieur de la cour. A trois heures, tout se préparait pour le départ. Il régnait une animation extraordinaire; dans la demi- obscurité de la nuit, à la flamme vacillante des feux mourants, on voyait des multitudes d'hommes s'agiter et courir, tandis que des mules rétives fuyaient en tous sens les atteintes du lasso. Cependant le jour commençait à poindre, et la cime neigeuse de l'Orizaba se teignait rapidement d'une nuance pourpre qui du sommet s'étendit bientôt à la base. Ces levers de soleil sont splendides.

L'intérieur du mezon offrit alors un curieux tableau: des milliers de mules, rangées par troupes ou atajoSy attendaient, frissonnantes et les yeux bandés, que les ballots de marchandises, symétriquemjent rangés devant les énormes bâts qui les soutiennent, fussent hissés sur leur dos. C'étaient alors des luttes d'hommes et de bètes, une mêlée, une foule incroyable, où les appels de l'un â l'autre, les cris, les jurons, les hennissements composaient un concert de clameurs impossibles.

Les mules une fois chargées, la jument conductrice, la clochette au cou, prenait les devants, et chacune la

24 L£ Mexique.

suivait, ployant sous la charge, gémissant, lançant ruades et pétarades. Le défilé dura deux heures.

Le désert de Perote s'étend sur uq diamètre de vingt-cinq lieues au moins. Il n'a d'autre végétation que des nopals rabougris : de nombreuses trombes de poussière le sillonnent ; le sol est semé de scories volcaniques et de ponces, coupé de marais couverts de canards et de nuées de bécassines ; on y remarque de fréquents effets de mirage. Pour les voyageurs, comme pour les convois, deux pauvres villages se trouvent échelonnés dans la plaine; gîtes souvent assaillis par les voleurs, Tepeahualco et Ojo deAgua, Quelques kilomètres au delà, la contrée monte et perd cet aspect marécageux ; les efflorescences salines ennemies de toute végétation disparaissent, et les sables se fertilisent jusqu'à présenter aux regards des champs d'orge rabougri, de maïs nains et de gigantesques agaves. La culture de cette dernière plante devient l'une des principales industries du pays, et la petite ville de Nopaluca n'offre, en fait de plantation et de culture, que de vastes champs d'aloès.

Au sortir de Nopaluca^ les convois n'avancent plus qu'avec défiance; des hommes à cheval éclairent leur marche et vont sonder à l'avant les plis du terrain : le front du majordome se rembrunit*; nous approchons du Final et de la barranca Del Aguila. Vingt années de vol, de pillage et d'assassinat ont fait, des environs du Pinal^ l'un des endroits le plus

Page 1