CHAPITRE 1. — LA VERA-CRUZ
redouté de la république. Le terrain, brisé, hérissé de monticules, coupé de ravins, est essentiellement propice aux attaques à main armée ; la route se perd dans ce dédale, et le voleur, surpris la main dans le sac ou le poignard sur la gorge de sa victime, a dix chances pour une d'échapper.
Le paysage a toute la physionomie de sa triste réputation : à droite, les sommets dénudés de la Ma^ lincha étalent sur leurs flancs arides quelques fermes clair-semées; à gauche et devant vous, la plaine déserte s'étend à perte de vue, sans autre végétation que de grands magueyes^ dont les profils sévères rompent seuls la monotonie désespérante. La route, toujours ensablée, semble retenir dans le sol mobile le pied du voyageur pressé de fuir ces lieux sombres; de distance en distance, des monticules de pierre surmontés de croix attristent Tàme par les réminiscences de leurs tableaux de mort et demandent à l'étranger tantôt un souvenir de commisération pour la victime et tantôt une prière de pardon pour l'assassin.
La rencontre d'un corps de troupes nous permit de* franchir le défilé sans crainte, et nous atteignîmes Amozoc sans accident.
Quatre heues au delà, nous traversons la Puebla de les AfigeleSy la seconde ville de la république, la plus propre et la mieux bâtie ; son nom de ville des anges indique assez la tendance de ses mœurs et de son esprit. Centre d'action du parti clérical, les corpora-
tions religieuses et le clergé possèdent ou possédaient les trois quarts au moins des propriétés mobilières.
Du haut de la colline de Guadalupe qui la domine, la ville étale, orgueilleuse, le panorama de ses quatre-vingts églises et de ses innombrables clochers. La cathédrale^ immense édifice d'un style noble et sévère, le dispute en magnificence à celle de Mexico ; la place est plus belle, mieux ornée, et, du milieu des arbres qui l'ombragent, l'œil peut se perdre sur les pics lointains du Popocatepetl et de Vlxtacdhuatl. De magnifiques maisons aux corniches énormes, plaquées de faïences aux milles couleurs reproduisant soit des mosaïques, soit des figures humaines, témoignent de la richesse des habitants. Les deux forts de Loretta et de Guadalupe défendent et maîtrisent Puebla.
En se dirigeant vers Mexico, les alentours de la ville sont peuplés de fabriques de rebozoSy étoffe de coton, produit essentiellement mexicain. Le rebozo est une espèce d'écharpe étroite et longue, dans laquelle les femmes se drapent avec une certaine élégance. Puebla fournit cet article à la république et l'exporte jusque dans l'Amérique du Sud.
Mais nous passons Rio PrietOy Puente Quebrado, de sinistre mémoire, et, laissant sur la gauche la pyramide de Cholula, nous arrivons à San Martin. En se rapprochant des montagnes, la plaine prend un aspect des plus riants; de nombreux villages dispersés