CHAPITRE Xin. —PALENQUÉ
mains du misérable qui dormait, je me retournai contre l'animal ; mais je ne pus apercevoir qu'une ombre incertaine dans les profondeurs de la galerie.
Le jaguar, car c'en était un, remonta sur le toit du palais et vint précisément se tapir au-dessus de nos têtes. J'essayai, mais en vain, de le toucher avec mon revolver ; je n'osai m'aventurer à sa poursuite dans l'obscurité, et je crus prudent, par la suite, de coucher entre les deux feux que nous allumions chaque soir à dix pas de distance l'un de l'autre. J'avoue même que je ne dormis guère cette nuit-là; le jaguar m'inquiétait, quoique n'ayant rien à craindre de lui. Le matin, au petit jour, il partit par le côté opposé ; je le vis bondir du toit sur la pente de la pyramide et disparaître.
Combien souvent arrivait-il aussi que l'orage éteignait mes lumières, dispersait les feux, souillait m^es bains chimiques de débris de toutes sortes : il fallait recommencer le lendemain pour échouer encore.
Comme compensation à mes fatigues, j'avais, après l'orage de chaque soir, le spectacle des nuits radieuses ; la lune, se levant tard, glissait obliquement ses rayons argentés dans l'ombre épaisse de la forêt; puis, pénétrant dans l'espèce de clairière environnant le palais, elle jetait dans ma solitude, par le jeu des ombres et des lumières, tout un peuple de fantômes. '
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Gracieuses ou terribles, lourdes, légères ou dia^ pbanes, moa imagination aidant , ces fantasques; apparitions prenaient à mes yeux le corps de J^ réalité.
Pne n^it, nuit merveilleuse, j'assistai à toute une création des plus sublimes mystères de notre histoire religieuse.
Je me rappelle encore une vaporeuse assomption, telle qu'en savait peindre Murillo : les nuées portait la Vierge, le croissant, les longues draperies Hqttantes, et dans l'ombre de vagues formes d'anges. Puis tout disparaissait, changeait de place, se transformait ; une création nouvelle s'élevait comme un rêve au milieu des ombres de la création évanouie, ]]n moment vint où muet, atterré, confondu, je vis se formuler, mais dans toute sa puissance et dans toutq son écrasante majesté, la plus haute expression du génie humain dans les arts : le Dieu de Raphaël séparant les ténèbres de la lumière. Oh! c'était bien là le créateur des mondes, tel que l'imagination humaine l'a pu coUr cevoir, avec cette tète majestueuse, ce ft*ont divin, ce geste tout-puissant et sa msiitche souveraine dans les espaces. Le dessiui la couleur, le lieu^ en faisaient non plus un fantôme, non plus une apparition, mais une terrifiante réalité. Tremblant, anéanti, je crus voir Dieu lui-même venant réveiller ^e leur sommeil séculaire les habitants de ces ruines. J'attendais que la trompette formidable donnât le signal, que la terre