CHAPITRE XII!. — PALENQUÉ. 32S
pierres chargées d'ornements et de sculptures bien conservées.
La seconde cour est sans ornementation. Les bâtiments d^habitation, placés au sud des deux cours se composent d'un enchevêtrement de galeries et d'intérieurs de diverses grandeurs, de couloirs et de souterrains où Ton remarque un autel et des pierres de sacrifice ; il est fort difficile de pénétrer dans ces intérieurs : la plupart sont affaissés et les autres menacent ruine.
Le même tigre à deux têtes qu'on voit sur l'autel, au milieu de la vaste esplanade du palais à Uxmal, se retrouve à Palenqué, dans le bas-relief oval incrusté à l'intérieur d'un appartement du palais ; il supporte une femme ou une déesse à laquelle un personnage à genoux semble offrir un diadème orné d'une haute aigrette de plumes. J'allais oublier de parler du canal souterrain qui coule aux pieds du palais; j'ignore jusqu'où il conduit, et je ne pénétrai pas au delà de, dix mètres; d'une, largeur de deux mètres sur une hauteur égale, il est couvert d'immenses pierres, qui lui donnent une solidité que n'ébranlent pas encore les dévastations de la forêt. L'eau, qui coule dans ses profondeurs, est toujours limpide et d'une fraîcheur remarquable dans ce climat dévorant.
Une tour carrée de deux étages s'élève dans xxfiSf petite cour, au sud de la quatrième galerie. Percée de
quatre fenêtres à chaque étage, elle domine l'ensemble du palais. Cette tour offre un coup d'œil des plus pittoresques : des arbres énormes ont poussé dans l'intérieur du second étage, et semblent sortir d'une caisse, comme les orangers dans nos serres. Les racines ayant percé les murailles, encerclent la tour comme les cerceaux d'une immense cuve^ et menacent de la briser par l'irrésistible pression de leur croissante vigueur*
Je voulus prendre une vue de ce monument original dans son aspect sauvage, et c'était la meilleure de mes reproductions, mais elle fut perdue ainsi que Beaucoup d'autres^ et les quatre plus mauvaises me restèrent seules.
l)u reste, je l'avoue, mon expédition à Palenqué fut un insuccès déplorable. Il m'eût fallu dix fois les ressources dont je disposais, et j'en eus là moins qu'ailleurs; il m'eût fallu des glaces et du collodion, et je n'avais que du papier ioduré dont l'exposition est d'une longueur énorme, la réussite toujours incertaine, et dont le développement demande de l'eau distillée que je n'avais pas, et des soins impossibles dans le désert. J'avais apprécié d'avance les difQcultés qui m'attendaient, et chaque jour il en surgissait de nouvelles.
Ainsi, les Indiens ne voulurent point nettoyer les herbes qui couvraient la frise de la façade, pas plus que couper les arbres qui s'avançaient, cachant la
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plupart des détails. Ils craignètient, disàîcnt-iis, dé voir l'édifice s'écrouler sous leurs pieds.
J'avais établi mon cabinet noir dans un souterrain i j'y préparai mes feuilles le matin. Mais l'eau du canal toute pure et limpide qu'elle parût, amenait dans mes lavages des milliers de taches que je ne pouvais pr^ venir. J'exposais le jour, et, difficulté nouvelle ! il faisait une telle humidité dans ces bois^ que ma chambré noire, éprouvée par deux années de Voyagé, se i*etecr-* i*ait jusqu'à briser ses jointures, de façon qtl'il tn'était impossible de faire jouer les châssis. Plus tard. Vers le midi, la chaleur était tellement intense^ qile le bois se contractait avec la même puissatice et que tout était à jour. Il fallait alors envelopper l'instrument du haut en bas avec des linges et des vêtements que je mis en lambeaux pour cet usagé.
Le soir nous soûpions. Dieu sait ëotnment! Ma. principale nourriture était le pozole^ pâte de mais èrué délayée dans de l'eau, dont j'avalais des quantités effroyables. Je recommandé cependant au leé* ieur une sotipe d'escargots de îa petite rivière, d'tmé saVedr toute particulière, et dont je me régalai plugletits fois pendant mon séjour à Palenqué.
La nuit venue, éreinté par un va-et-vient jlerpê-» <ilel, il fallait commencer le développement des cli- <5hés, opération qui durait jusqu'à minuit, une heure dti matin.
Mon domestique et le guide domiaient <^aild 1*
voix des tigres ne venait pas troubler leur sommeil. Le guide, un métis du village, aurait voulu nous quitter depuis longtemps, et plusieurs fois la frayeur qu'il éprouvait la nuit lui avait occasionné des accidents terribles. Le malheureux n'osait faire un pas en dehors des feux; j'avais beau lui dire que l'animal le plus féroce n'eût point osé l'attaquer dans une situation pareille, et que certainement, il n'oserait l'approcher, il ne voulait rien entendre et restait dans la zone des feux, c^est-à-dire beaucoup trop près de nous.
Quelquefois, je cédais à la lassitude et chargeais mon homme de surveiller les clichés dans leurs bains ; mais, me réveillant en sursaut, je le trouvais plongé dans le plus profond sommeil. Ce fut ainsi qu'une nuit n'en pouvant plus et devant la présence de deux jaguars, révélée par leur rôlement trois fois répété, je le priai de veiller^ deux heures et de m'appeler pour le remplacer. Mais à peine étais-je enseveU sous ma moustiquaire, qu'entendant les rèlements se rapprocher, je lui criai de veiller ; il me répondit qu'il veillait effectivement, et quelques minutes après, les bruits ayant cessé, j'allais m'endormir, quand j'entendis à dix pas de moi la marche prudente d'un animal; les feuilles sèches criaient sous ses pattes; un léger frisson me passa par le corps; ne faisant qu'un bond en dehors de ma moustiquaire, je passai par-dessus le premier feu, et arrachant mon fusil des