‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 15 sur 185 · CHAPITRE II. — MEXICO · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MEXICO

qui sépare la lagune d'Ayotla du lac de Texcoco; puis enfin la reine des colonies espagnoles, Mexico, dont les murailles blanchissent au soleil, et dont les dômes étincellent.

Au-dessus, le regard se perd sur les coteaux où s'épanouissent San Agustin, San Angel et Tacubaya ; un peu sur la gauche, le voile de Nueslra Seflora de Guadalupe se détache sur le fond noir de la montagne, et, traversant le lac, l'ombre de la grande Texcoco vous arrache un dernier coup d'œil.

Ce n'est partout que villages, villas, lagunes; un panorama splendide, un miroitement incroyable, une richesse de lignes inouïe ; sur le tout, un soleil éclatant jette à profusion des teintes à désespérer un peintre ; en un mot, c'est une débauche de couleurs qui éblouit l'œil et ravit Fàme; ajoutez à cela qu'on arrive.

Mais hélas ! vous descendez, et l'illusion tombe ; vous approchez, les couleurs s'effacent et le mirage s'évanouit.

Au lieu de la plaine fertile, des palmiers verts qu'on attend, des lacs délicieux chargés de chinampas fleuris {Ues flottantes), le voyageur harassé ne traverse que plaines brûlées et stériles; le paysage devient morne et triste ; à chaque pas en avant, la féerie disparaît. Le village est ruiné, le palmier n'est qu'un nain rabougri, le lac un marais fangeux aux exhalaisons fétides, couvert de nuages de mouches empoisonnées.

. L'entrée de Mexico n'est que celle d'un bouge, et rien ne fait encore présager la grande ville ; les rues sojit sales, les maisons basses, le peuple déguenillé ; mais bientôt la diligence débouche sur la place d'Armes, bordée d'un côté par le palais, de l'autre par la cathédrale. Vous devinez alors une capitale; vous passez rapidement, et l'ancien palais de l'empereur Iturbide vous prête, sous ses lambris autrefois dorés, l'hospitalité banale de l'hôtel.

Mexico perd tous les jours quelque chose de sa physionomie étrangère : les colonies allemande, anglaise et française ont européanisé la cité; Foji ne trouve plus guère de couleur locale que dans les barrios (faubourgs).

Qu'on me pardonne ici une digression :

Les géographes prêtent à Mexico deux cent mille habitants : c'est beaucoup trop ; nous croyons être plus près de la vérité en ne lui en donnant que cent cinquante mille. Nous avons, du reste, en fa.it de géographie, de graves erreurs à nous reprocher, et nous manquons totalement de géographie commerciale.

En admettant les deux cent mille habitants de Mexico, ne serait-il pas utile de dire comment se compose cette population ? Ne serait-il pas nécessaire d'avertir l'émigrant ou l'homme d'affaires, que sur ce chiffre de deux cent mille, qui constitue en Europe une grande ville pour ce qui regarde la consommation, vous n'avez pos à Mexico plus de vingt-cinq à

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