CHAPITRE XV, — SAN CRISTOBAL
société déclare Tindividu quitte envers elle comme envers la loi^ et le reçoit dans son sein sur le pied de l'égalité la plus complète ; ce privilège s'étend eux fautes les plus graves.
Il arrive souvent qu'un coupable^ Jugeant sa faute au-dessus du cbàtiment appliqué, réclame, pour k satisfaction de sa conscience, un supplément de peine^ chose toujours accordée; d'autres fois, il lui arrive de demander tant en plus pour une faute à veùir ; ceki rappelle quelque peu le temps de la vente des indal» gences, et l'histoire de œ voleur émérite achetant d'un moine chargé d'or le pardon de ces fautes pas* sées et de ses forfaits à venir, tuant le moine une fois l'indulgenoe accordée^ puis s'emparant du trésor»
Pendant mon séjour à Tumbala, je vis «me mère demafider justice contre son fils, qui, disait^elle, lui avait manqué de respeet.
Le fils, grand gaillard de vingt-cinq ans, la suivait en riant ; tous deux étaient ivres. Le euré fità la mtoe quelques remontrances, elle ne voulut rien entendre^ elle criait justice et réclamait douze coups de bâton; c'était son chiffre» elle n'en voulait pas démordre. Le grand garçon riait toujours*— Baste, dit^il au curé^ senor padrCy doones-les moi ; ça ne les vaut pas, je le sais bien, mais c'est ma mère et ça lui fera plaisir» Il reçut les douze coups, faiblement appliqués à la vérité, puis mère et fils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et durent aller boire en l'honneur d'une
si belle réconciliation. Deux frères, dans un autre caSy préférèrent douze coups de fouet au déplaisir de se réconcilier.
L'ivresse est de coutume au village; Ton ne voyait qu'Indiens en goguette et l'on n'entendait que le bruit du tambour et des chansons. Je soupçonnai fort les habitants de ne quitter leurs habitations des bois que dans la louable intention de venir se rafraîchir au village , qu'ils abandonnaient, une fois leurs finances épuisées.
£n fait d'espèces cependant, ils sont pauvres et n'exportant rien, ne vendant rien, ils ne possèdent d'autre numéraire que l'argent gagné dans les transports qu'ils font pour les blancs des communes plus rapprochées de San Cristobal. Il faut même ajouter que la plus grande partie de ce salaire revient au padre par les mille et une ventouses de l'Église. C'est : un mariage, 100 à 12S fr. ; un baptême, 2S fr. ; un enterrement^ 25 fi*.; une confession, tant; une messe^ tant; le droit d'étole, tant, etc.^ etc., de façon que la cure de Tumbala rapportait quelque chose comme 2S,000 fr. par an. Le curé en expédie la moitié à l'évêque de Chiapas et garde l'autre. Cela n'empêche pas les prestations en nature ; chaque jour tant de poules, tant de mesures de mais, tant de mesures de haricots; au premier appel àxi padre ^Vlnèieti accourt et répare la maison; vous les voyez alors groupés comme les abeilles d'une ruche, travaillant au tam-