‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 150 sur 185 · CHAPITRE XV. — SAN CRISTOBAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. — SAN CRISTOBAL

que la liqueur du padre, que j'aurais supportée sans fatigue en tout autre cas, me grisa comme un enfant : il était deux heures environ ; j'allai m'étendre sur une peau de bœuf tendue en lit de camp, et je ne m'éveillai que le lendemain à midi.

Toute trace de fatigue avait disparu, je me sentais frais et dispos, prêt à recommencer. Le cher curé m'avait prêté l'une de ses culottes, en attendant que mes malles arrivassent. Je pus donc l'accompagner dans une promenade au milieu de son village.

Les villages indiens se ressemblent tous^ et Tumbala n'a rien qui le distingue.

Elevé sur l'un des points culminants de la sierra Madrcy l'œil domine, du haut de ses rochers, une vaste étendue de forêts. Les deux cents cabanes disséminées sur le plateau ne donnent aucune idée de l'importance du village, dont la population s'élève de dix à douze mille habitants; mais, vivant pour la plupart dans les bois, ils ne viennent que rarement au village. Souvent, me disait le padre, je suis trois et quatre mois sans revoir quelques-uns de mes administrés.

Cette existence sauvage entretient chez ces hommes une vie insouciante et libre, affranchie des liens que leur imposent la présence des blancs.

Indépendants de fait, ils ne reconnaissent le gouvernement de l'État que par une taxe d'un réal par tète et par mois, ce qui donne un total de sept francs

cinquante centimes par année. Aussi les revenus de la province de Chiapas sont-ils fort modiques et ne dépassent point^ malgré Tétendue du territoire, la somme de soixante mille piastres, trois cent mille francs.

Les seules autorités du village sont le gouverneur, chargé de la collection des taxes; c^est d'habitude un Indien de la commune, nommé par élection, et dont le pouvoir, tout fictif, consiste à recevoir les ordres du curé ; puis le curé : à lui reviennent tous les pou* voirs, il est prêtre, roi, maître absolu. Non pas qu^l en abuse, car son influence est la seule efficace et peut seule balancer les penchants intraitables de ses sauvages subordonnés. Tous ne s^adressent à lui qu'avec le plus profond respect ; ses paroles sont des oracles çt ses arrêts ont force de loi. Il punit ou récompense, et le châtiment qu'il applique est accepté sans mur«mure. La prison et la bastonnade sont les seules applications de la loi pénale ; elle est simple et primitive, mais suffit à tous les délits ; le nombre des coups varie de douze à cent cinquante, ce qui peut Inea entraîner mort d'homme.

Une chose remarquable entre toutes, c'est de voir le système de la réhabilitation établi chez ces peuplades. Il ne peut entrer dans les idées de ces natures primitives qu'un homme puni soit un homme coupable. Tout châtiment lave la fa.ute. Quoi de plus logique, en effet ; le forfait commis^ la loi purgée, la

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