‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 162 sur 185 · CHAPITRE XVI.~TEHUANTEPEC · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI.~TEHUANTEPEC

les conduire à des distances considérables^ au milieu de dangers de tous genres. Us traversent la Cordil* 1ère dans sa plus grande largeur ; mais il faut dire aussi qu'ils n'arrivent le plus souvent qu'avec le quart des animaux^ les autres périssent en route de misèro ou de fatigue.

En approchant de la ville de Chiapas, Pair reten* tissait du bruit des cloches, et les coeteSp fusées volantes, jetaient à la face du soleil leurs étincelles invisibles. Je n'avais point encore rencontré de vil* lage qu'on n'y célébrà-t, ce jour môme, une fête quelconque. Intrigué par ces réjouissances perpétuelleSy je m'informai près d'un habitant du nom du saint qu'on fêtait ainsi. — C'est la fête du Père Éternel, me répondit-il naïvement. Je jetai les yeux sur moo almanach, car je pensais d'abord que c'était la Fête- Dieu que mon homme voulait dire ; mais point, elle n'arrivait que dans dix jours. C'est cela, me dis-je^ après avoir épuisé le calendrier, et ne sachant à qui s'en prendre, ils fêtent Dieu le Père,

Ayant trouvé des mules à notre arrivée, nous ne fîmes que passer ; du reste, la ville de Chiapas n'offre au voyageur que sa belle rivière, d'un cours rapide et qui, deux kilomètres en aval, ayant brisé l'obstacle que lui opposait la montagne, se précipite comme un torrent entre des berges perpendiculaires de plus de mille pieds, pour reprendre un cours paisible sur le versant du goUe.

Tuitla, qui se trouve à sept lieues de Chiapas, est aujourd'hui la capitale politique de l'Etat ; je dus, en y arrivant^ modifier mon itinéraire et ma façon de voyager. Il me fut impossible d'y trouver des mules, pas plus que des domestiques pour m'accompagner jusqu'à Tehuacan, et j'avais déjà bien assez du malheureux que je traînais avec moi.

Je devais donc compter sur un séjour assez long. Je louai, à cet effet, un petit appartement où j'étais à peine installé que je reçus la visite d'un gros homme, à figure riante qui, m'apostrophant avec une brusque cordialité, me demanda dans le français le plus pur, pourquoi je n'avais pas été frapper à sa porte. — J'ignorais que j'eusse un compatriote à Tuxtla, répondis-je, et du reste, on finit par être pris d'une certaine pudeur à s'imposer ainsi, comme l'hôte, de personnes qui ne vous connaissent point; mais don Julio, mon visiteur, ne voulut rien entendre, il fallut le suivre.

Don Julio était Parisien pur sang, jeune encore, grand causeur et d'un cœur, d'une bonté sans égale. U me le fit bien voir. Depuis dix ans, il habitait le Mexique : Tehuantepec d'abord, puis Tuxtla. S'étant vu ruiné dans une affaire de contrebande, il avait embrassé l'état de docteur qui lui réussissait admirablement; j'ajouterai qu'il y mettait une sorte de passion et qu'il étudiait tous les jours. Rien ne l'étonnait du reste, il avait coupé des cuisses avec un

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