‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 161 sur 185 · TEHUANTEPEC · texte numérisé non relu

TEHUANTEPEC

La ville et la yallée de Chiapas. — Les troupeaux dans es bois.— La rivière. Tuxtla.— Don Julio Lickens.— La fête du Corpus (Fête-Dieu).— Organisation nourelle.— De Tuxtla à Tehuantepec. — La compagnie américaine.— Les patricios* — La poursuite. — Les plantes grasses. — Totalapa. — Oaxaca. Histoire de voleurs.— Mexico.

De San Cristobal à la ville de Chiapas, le sentier se déroule en une longue descente, au milieu d'un pays hérissé, tordu, brisé par des torrents, des barrancas et des précipices ; sauvage et ilésert, couvert de sapins, il rappelle les solitudes septentrionales. Après avoir traversé le village salin d'Ystapa, où le curé me demanda si la France était un port de mer comme Vera Cruz, nous remontâmes un instant encore pour venir déboucher sur la grande vallée de Chiapas.

Un immense cours d'eau en occupe le centre et se détache comme un ruban d'argent sur le vert sombre des forêts ; la vue^ bornée de face par les collines de Tuxtla^ se perd à droite et à gauche dans les profon*-

deurs de rhorizon ; la ville se distingue à peine dans le lointain, étendue sur les bords du fleuve.

Une fois engagés dans la descente et perdus sous Tombre des grands arbres , nous entendîmes des mugissements et des grondements terribles mêlés au bruit d^une avalanche ; il semblait que la forêt se brisât sous les efforts d'une tempête invisible ; tout à coupi nous nous trouvâmes environnés par un millier de bœufs sauvages que conduisaient à grand renfort de fouets, de cris et de blasphèmes une douzaine de eavaliers à Tair féroce, et vêtus de ees éU*anges costumes de cuir dont j'ai parlé plus haut.

Je craignis un instant d'être entraîné dans ce tourbillon, et je ne pouvais me rendre compte du passage de ces animaux au milieu des aspérités de cette nature. Le sentier, le bois, tout était plein ; ils bondissaient, tombaient, se relevaient et franchissaient tous les obstacles ; quant à leurs farouches conducteurs, il était vraiment beau de les voir se précipiter à la suite des troupeaux indociles^ et l'on ne savait lequel admirer le plus, du cheval ou du cavalier.

Le guide me mit au courant de cette émigration. Gomme les pâturages de TÉtat de Chiapas ne se trouvent que dans les prairies de la Terre Chaude, presque toutes les haciendas ne s'occupent que de rélevage des bestiaux ; il en est qui possèdent jusqu'à trente mille tètes. Les marchands des montagnes et de Tabasco même viennent en acheter sur place pour

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