CHAPITRE X\U — TEHUANÏEPEC. 39l
l'avance de vieux vêtements européens, de« chapeaux noirs et des casquettes modernes, et, «'affublant de ces oripeaux auxquels ils joignent des dépouilles de bétes fauves et d^oiseaux, queues de coyotes, plumes d'aras, etc., ils entourent ou précèdent le saint-sacrement, se livrant à des hurlements de sauvages et à des danses de Caraïbes . Et que nul ne vienne assis* ter en profane à ce spectacle au moins étonnant, un sourire pourrait blesser leur susceptibilité jalouse et coûter cher à son auteur. Il me souvient encore qu'un Espagnol étranger, se balançant dans son hamac, dans l'intérieur de sa maison, dont la porte donnait sur la place, fut sur le point d'être lapidé. Il fallut qu'il se renfermât chez lui, sous peine d'encourir le ressentiment de ces énergumènes.
Le jour de la séparation avait sonné ; mon nouvel ami, car don Julio fut un véritable ami, nous accompagna plus de trois lieues sur la route de TehuaQ« tepec^ et là, le cœur gros, nous nous séparâmes ; son souvenir me sera toujours présent.
J'entreprenais de parcourir sans guide une distance de plus de trois cents lieues. J'arrivai le soir à Ocosocautla, ma première étape, le cœur chargé de la mélancolie que donne l'isolement.
Le champ de lave qui entoure ce dernier village une fois franchi, l'on retombe dans les grandes plaines CQUpéesde rivières, où bois et prairies se succèdent toitf à tour. Yoilà Santa Lucia^ la plus belle hacienda de la
contrée. L'habitation, entourée de cabanes indiennes comme un maître de ses vassaux, est grande et bien bâtie ; une immense galerie en borde le contour 3 là, travaillent les nombreux employés de la ferme ; auprès, se trouvent le moulin pour la canne, l'aire pour les blés et le magasin du maïs. Les alentours regorgent de gibier^ oiseaux, daims et bêtes fauves qu'on peut chasser à courre, tant la plaine est admirablement disposée. Les bois sont grands et magnifiques, peuplés d'aras rouges et bleus, et la rivière, dans ses nombreux détours, jette sur cette terre privilégiée le manteau d'une éternelle verdure.
Le soir, après VoracioUy et lorsque les serviteurs sont venus, en lui souhaitant une nuit heureuse, prendre pour le lendemain les ordres du maître, les Indiens, réunis dans la vaste cour, se reposent de leurs travaux par des chants bizarres ; la mesure saccadée, pressée, haletante, rappelle le galop du coursier à la poursuite du bétail dans les bois, les éclats de voix et les mugissements. Le chanteur s'accompagne sur la marimba^ espèce de piano composé de touches de bois sonore de différentes grandeurs ; des tuyaux du même bois répondent aux touches pour donner aux sons plus de force ; quelques-uns possèdent quatre octaves.
Deux Indiens, munis de petites baguettes armées de boules de gutta, arrachent de cet instrument de primitives harmonies; leurs airs, peu nombreux^ res-