CHAPITRE XVI. — TEHUANTEPEC
semblent aux chants des oiseaux qui sont toujours les mêmes et qui n^en sont pas moins variés et charmants ; comme eux aussi, les sons de la marimba^ faibles quand on les écoute de près^ s^entendent à des distances considérables^ plus harmonieux, plus doux e t plus poétiques. Mais nous passons successivement et par journée, Llano Grsmde, Casa Blanca, San Pedro et la Gineta. La Gineta est une montagne des plus élevées de la sierray ^qui semble jetée, comme un immense promontoire jusqu'au bord du Pacifique, dans la plaine de Tehuantepec. Couverte de bois du côté du golfe, elle n'a sur le Pacifique d'autre végétation qu'un immense tapis de gazon vert. L'ascension est longue et difficile; mais une fois parvenu au sommet, si vous aban-^ donnez le sentier pour gravir certaine éminence sur la droite, vous avez alors l'un des spectacles les plus imposants qu'on puisse imaginer. En vous tournant au nord, la Cordillère, qui s'abaisse graduellement depuis les hauts plateaux de Chiapas, laisse planer le regard sur toute la largeur de sa chaîne boisée et de ses vallées sombres ; au delà, l'œil saisit encore les vagues ondulations de la plaine, pour se perdre plus au loin dans le scintillement des eaux du goUe. Au sud, la Gineta déploie sous vos pieds toute la splendeur de son tapis d'émeraude ; plus bas, la plaine de Tehuantepec étend la perspective de ses riantes prairies; comme horizon, vous avez l'immense nappe de Tocéan Pacifique.
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£q biver^ le passage de la Gineta est des plus dan* gereux ; il y règne des vents épouvantables, auxqueU hommes et mulets ne sauraient résister : de graves accidents signalent cette époque, et les précipices ne rendent jamais compte des victimes que leur a jetées l'orage.
La plaine de Tebuantepec n'offre au regard qu'un vaste taillis au milieu duquel s'ébattent une multitude de lièvres énormes, bauts sur pattes et à ventre blanc» On les cbasse peu, aussi sont-ils d'une effronterie singulière ; on les tue au bâton, et quand on les tire c'est toujours à balle. Vous avancez, les coutumes cban-^ gent, le village a remplacé Vhacienday et Ton retrouve alors, à peu de cbose près, l'organisation du baut Mexique; toutes ces populations vivent indolentes et peut-être heureuses dans leur apathique repos. Le même champ, de même étendue, se cultive chaque année de la même manière ; vienne la sécheresse oa l'inondation, Tlndien se passera de maïs au besoin, oa périra de disette plutôt que de travailler ; mais la le-» çon qu'il vient de recevoir ne lui fera pas défricher un mètre de plus qu'il n'a coutume de le faire : il naît avec cet instinct, il meurt dans la même imprévoyanoe»
Chaque village est ordinairement près de ruisseaujt où Teau ne manque jamais, et où les habitantes ia«^ diennes et blanches viennent, à toute heure du jour» faire de longues ablutions. Souvent il m'arrivait d'en trouver sur les bords de la rivière, dans le plus simple