CHAPITRE II. — MEXICO
les convulsions de la peur, Tair se remplit de clameurs lugubres, de cris désespérés, de prières et de formules pieuses arrachées par Tépouvante ; une minute (un siècle I) passe, et vous vous étonnez de vivre, de voir les palais debout et les temples résister à T effroyable ébranlement de ces ouragans souterrains!
Cette année-là néanmoins, le dommage fut grand, et Ton estimait à plus de dix millions les désastres de la journée.
Nous avons dit qu'à Mexico, le centre de la ville était européen, presque français. Dans les rues Plateros, San Francisco, de la Professa, del Ëspiritù Santo, etc., on entend aussi souvent le français que l'espagnol ; presque tous les gens bien élevés parlent notre langue.
Dans ces quartiers, le paletot et la redingote dominent, le chapeau noir est bien porté; les jeunes gens y sont mis à la dernière mode. Chaque mois le packet anglais les éclaire à ce sujet; aussi les tailleurs font-ils fortune.
Le Mexicain d'un accès si facile dans la rue, point trop poseur, est liant, mais jusqu'à la porte de sa maison. Il laisse difficilement l'étranger pénétrer dans l'intérieur de sa famille. La table, qui chez nous est l'instrument sociable par excellence, la salle à manger, le lieu où se déclarent le plus volontiers les vives sympathies, où, les coudes appuyés, se prolongent les longues causeries^ n'existent pas pour le Mexi-
cain. La table semble chose honteuse qu'il cache au besoin. II s*y asseoit solitaire.
La femme, demi-nue jusqu'à une heure avancée, laisse flotter sur ses épaules une chevelure généralement abondante, mais grossière, qu'elle lave tous les jours. Dans bien des maisons, la Mexicaine, même riche, s'accroupit plus volontiers sur son petate (paillasson), devant quelque fricot pimenté, un plat de frigoles (haricots) et la tortille à la main, qu'elle ne s'asseoit à une table élégamment servie. Le matin, la Mexicaine est chrysalide ; le soir, c'est un papillon ; elle en a les ailes légères, les riches couleurs et la grâce. Alors la créature que vous avea regardée sans lavoir, dans le désordre de son intérieur, est le soir une femme élégante dont vous admirez les fraîches toilettes et le luxe éblouissant*
L'heure du paseo approche, et comment vivre sans paseo ? Qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il tonne, elle part, son carrosse l'attend ; elle court étaler ses grâces^ sourire à son amant, saluer de la main l'amie qui passe, écraser une rivale.
Comme elle, le Mexicain n'est plus le soir l'homme du matin ; vous avez rencontré sur le trottoir un dandy du boulevard de Gand, vous le retrouvez à cheval ; cavalier remarquable, il monte une bète de prix, couverte d'une selle de luxe*
Pour lui, ses jambes sont emprisonnées dans des cûlzoneras dont chaque bouton d'ar^nt est un petit
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oheM^œuvre^ et lorsque le temps n'est pas sAr, des chaparrêras de peau de tigre lui descendent du genou au cou-de-pied. Une veste bien coupée fait iraloit sa taille gracieuse que ceint un filet de soie rouge. Le vaste sombrero aux ailes galonnées, à la toquille d'or, a remplacé Vignoble chapeau noir. Quand il pleut, le zarape aux mille couleurs est négligemment jeté sur ses épaules, et quand il ftdt beau, fixé sur Tàrrière de la selle.
Puis il va, faisant caracoler sa monture, alternant du pas au galop, distribuant dès poignées de main à droite, un salut à gauche, et jetant, comme le tam* bour-major de la fable, un regard satisfait à quelque fenêtre privilégiée.
Deux heures environ, il va, vient, passe et vb^ passe, repart, s'arrête et voit défiler devant lui les équipages de la cité. Mais sept heures sonnent, la nuit tombe, les visiteurs deviennent rares; alors, abandonnant à regret son exercice favori, il rentre, et la journée du lendemain sera celle de la veille.
L'hiver, le théâtre, dont tout Mexicain à son aise est l'abonné, lui dépense trois soirées par semaines : quant à la Mexicaine, elle y vient toujours élégante et parée comme les ladies de Hay-Market ou de Drury-Lane. Chaque représentation exige une toilette nouvelle, et elle se soumet à l'exigence, vous le pensez, avec bonheur.
L'été, c'est le cirque, les combats de taureaux,
combats anodins, où la victimey toujours la même, vient régulièrement s'enferrer sur la lame de Yespada.
Le jeu des taureaux n*a véritablement d'attrait que la première fois qu'on y assiste. L'œil s'amuse de cette mise en scène brillante, des costumes élégants et légers des banderilleras^ de leurs voiles multicolores, de la tenue matamoresque des picadores et des chamarrures de Vespada.
L'entrée du taureau vous émeut ; il semble que rien ne doive résister à Télan de la béte furieuse, et le picador imprudent qui l'oserait affronter serait culbuté sans merci ; mais tourmenté par les banderilleras, aveuglé par leurs voiles trompeurs^ il épuise en vain sarage contre d'insaisissables ennemis; le picador vlqx^ rive que lorsque^ écumant, essoufflé, à demi vaincu, il ne se précipite plus qu'en un choc souvent impuissant sur la rosse qu'on lui sacrifie d'avance. Souvent aussi le directeur du cirque ne lance sur l'arène que des taureaux en bas âge, roquets de taureaux dont le peuple hue l'entrée [fuera la vacca ! à la porte la vache ! )) et qu'on remplace quelquefois pour le satisfaire.
L'Alameda est un joli parc situé au centre de Mexico ; de beaux ombrages, des fleurs malgré l'incurie des gardiens, de l'eau vive, une fontaine, en font un lieu de promenade assez agréable, mais presque uniquement à l'usage des enfants et des