CHAPITRE n. — MEXICO
VOUS imposez silence aux exigences du dessin et vos sympathies approuvent le nouveau modèle.
« Le Mexicain des hauteurs a Taspect calme d*un honmie maître de lui ; il a la démarche aisée, les ma* nières polies, Tœil attentif à vous plaire. Il pourra vous haïr, mais il ne saurait vous manquer d'égards en vous parlant. Quoi que vous ayez fait contre lui, quoi qu'il médite contre vous, son habitude de l'urbanité vous assure toujours une politesse exquise en dehors du cercle de ses ressentiments.
a Beaucoup de gens appellent cela de la fiB^usseté de caractère ; je les laisse dire et je ne m'en plais pas moins à vivre parmi des hommes qui, par la douceur de leur sourire, l'aménité de leurs manières et leur obstination à me plaire, m'entourent de tous les dehors de l'amitié et de la plus cordiale bienveillance.
« Le Mexicain aime à jouir, mais il jouit sans calcul ; il prépare sa ruine sans inquiétude et se soumet avec calme au malheur. Ce désir du bien-être et cette indifférence dans la souffrance sont deux nuances du caractère mexicain bien dignes de remarque ; ces hommes craignent la mort, mais ils se résignent facilement quand elle approche : mélange étrange de stoïcisme et de timidité.
c( Dans la basse classe, le mépris de la mort est de bon ton, et, comme les gladiateurs romains, ils aiment à poser en mourant. C'est pour cela qu'ils font
de LE MEXIQUE.
échange de coups de poignard, comme nous donne* rions des chiquenaudes. Et puis, à Thôpital, ils vous disent avec calme, au milieu de leurs mortelles souffrances : « Bien touché ! )> rendant hommage avant d'expirer à l'adresse de leurs adversaires. »
Dans le fond, cet élégant -portrait n'est pas aussi doux quMl en a Tair.
Quoi qu'il en soit, on ne peut, en voyant l'état des choses au Mexique, s'empêcher de jeter un coup d'œil sur la république américaine sa voisine, dont le gou-* vemement,au dire d'un écrivain célèbre (M. deTocqueville), n'est qu'une heureuse anarchie, et qui, néan* moins, marche à pas de géant dans les voies les plus avancées du progrès matériel, soutenu par cette seule force moraUsatrice, le travail.
Le Mexique est mieux doué; il a tous les climats, toutes les productions, toutes les richesses : il dépérit ; je n'accuse point son organisation, je n'accuse que l'homme : il a le travail en horreur.
Ce qui surprend dans toutes les villes mexicaines, c^est le nombre prodigieux des églises, signe incontes* table de la toute-puissance du clergé. Ce ne sont partout que moines gris, noirs, blancs et bleus, couvents de femmes, établissements religieux, chapelles miraculeuses. A toute heure du jour, on voit s'ouvrir les portes du sagrario; un prêtre en sort tenant à la main le saint viatique : une voiture dorée, attelée de deux mules pies l'attend au dehors, il y monte ; une espèce
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de lepem le précède portant sur sa tète une petite table, à la main une cloche qu'il agite à chaque instant; aussitôt le poste du palais court aux armes, les tambours battent aux champs, la circulation s'arrête, les âmes pieuses s'agenouillent, l'étranger se découvre; le nouvel arrivé s'étonne, interroge, hésite, jusqu'à ce qu'une voix du peuple vienne le rappeler au respect de la coutume. Ce ne serait point sans danger pour sa personne qu'il se hasarderait à la braver.
Quelquefois ce n'est pas seulement une voiture simplement dorée, la voiture de tous les jours, et qui ne porte qu'aux prolétaires les derniers secours de la religion. Le riche, comme partout, demande à l'Église le luxe de ses pompes; vivant ou mort, il réclame également l'hommage, ou tout au moins l'étonnement de la multitude.
Alors le prêtre, en habits sacerdotaux, flanqué de deux diacres, monte en un superbe carrosse de gala rappelant les équipages de Louis XIY ; une foule bi* garrée l'accompagne, divisée en deux longues files. Chaque individu portant un cierge allumé psalmodie d'une voix traînarde des prières, des psaumes ou l'office des agonisants.
Le prix de semblables cérémonies monte quelquefois à des sommes énormes; tout le monde y perd, sauf l'Église.
Le Mexicain conserve encore une coutume charmante^ tout imprégnée du parfum des vieux Ages. A
six heures sonne la OracioUy T Angélus ; tous les ha-^ bitants s'arrêtent, se découvrent et se souhaitent mutuellement la buena noche. Dans Tintérieur de chaque maison, la mèmje scène se répète, et dans les champs aussi, les nombreux serviteurs de Thacienda viennent humblement baiser la main de leur maître.
A Mexico, les maisons sont à terrasse et admirablement construites; les murs sont épais et généralement surmontés d'une large corniche. Les encoignures sont ornées de niches enjolivées d'arabesques et meublées d'une statue de saint ou de la Vierge. Le toit, chargé d'une épaisse et lourde couche de terre glaise, prête à la bâtisse un appui contre les tremblements de terre si fréquents sur les hauteurs. On en compte en moyenne deux par année.
Je fus témoin, pendant mon séjour, d'un de ces ef&oyables phénomènes. Le tremblement de terre du 12 au 15 juillet 1858 fut l'un des plus terribles qu'on ait jamais ressentis. Les Mexicains en garderont le souvenir.
Un bruit souterrain l'annonce, bruit sourd, grondant, indescriptible; l'oscillation commence, lente d'abord, puis bientôt longue, précipitée, terrible; l'épouvante vous prend à la gorge et vous assistez, sans le bien analyser, à un cataclysme épouvantable ; il semble qu'un vertige affreux fasse danser à vos yeux les édifices, se briser les arbres et s'écrouler les maisons. Dans la rue, le peuple à genoux se tord dans