CHAPITRE III. — COUTUMES
ces malheureux, que deux recruteurs cernant une pulqueritty ou pénétrant dans une de ces cours populeuses, ramènent avec la plus grande facilité tout un troupeau de ces pauvres créatures. On les conduit au palais^ et là, mettant entre les mains de chacun un sabre ébréché et quelque carabine impossible, le malheureux est fait soldat par la grâce du commandant de place et pour le plus grand malheur de la république. Chaque nouvel engagement de Tarmée demandant des contingents nouveaux, la leva, la levée recommence.
La campagne ouverte, la femme suit l'homme et le nourrit en campagne ; aussi rien de plus original qu^une armée mexicaine : les femmes, les enfants, les chiens la font ressembler à une émigration ; c^est l'armée de Xerxès en guenilles. Il est facile de comprendre qu'au premier tournant de la route, au premier bois qui peut déguiser sa fuite, le soldat improvisé reprend le chemin de- son faubourg ou de son jacal; il lui arrive ainsi d'un moment à l'autre de servir coup sur coup les deux partis contraires.
Quelquefois il vend son équipage, fusil, sabre et giberne, le tout pour une piastre ; le gouvernement le rachète pour dix ou quinze. C'est un commerce assez heureusement pratiqué, et dont le bénéfice pour la république est des plus clairs. Malgré la beauté de son climat, l'inaltérable sérénité de son ciel et l'état de fainéantise dans lequel il semble croupir avec délices, le lepero de Mexico considère la vie comme une
fîO LE MEXIQUE.
terrible épreuve, puisqu'il se réjouit de la mort des siens. Il rappelle alors ces tribus desThraces qui jetaient des cris de désespoir à la naissance de leurs enfants, et chantaient à leur mort des actions de grftce. A Mexico, la basse classe semble avoir hérité de cette barbarie.
Un enfant meurt, on le couche dans une bière ouverte, puis on l'ensevelit sous les fleurs; sa pauvre petite figure livide est seule visible au milieu des héliotropes, des jasmins et des roses. Un parent, quelquefois le père lui-même, charge le cadavre sur sa tète ; puis il part suivi des siens qui causent gaiement et se promettent une belle journée. L*on arrive â quelque logis où la fête funèbre doit avoir lieu ; les libations commencent, les jeux s'organisent, la partie s'échauffe, les danses enivrent; l'orgie est si douce, qu'on oublie parfois le petit mort sur une table, ou qu'on trouve au matin le cadavre profané loin de sa bière, au milieu des débris de toutes sortes. Pauvres mères ! Combien doivent hurler de désespoir, écrasées par la tyrannie des coutumes!
Gabriel Ferry, dans ses études sur le Mexique, nous a conté ces enterrements scandaleux, en même temps qu'il nous laissait de magnifiques types de moines qui disparaissent chaque jour. On nesaurait faire rien de mieux ni de plus exact.
Les moines et les padres forment, avec les leperos, une alliance indissoluble. Us se traitent de père à fils,