‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 35 sur 185 · CHAPITRE IV. — ANECDOTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — ANECDOTES

mœurs de ce pays. Je tiens la chose de première main de madame X... elle-même.

Madame X. . . tient à la porte de Mexico un charmant petit cabaret, avec ombrage et jeu de boule. On dîne parfaitement chez elle; de plus, elle est polie et avenante, ce qui ne gâte rien. Elle eut pour commarfrc, commère, madame Miramon, alors qu'elle n'était que mademoiselle Concha de Lombardo, ne songeant point assurément qu'un jour elle se verrait assise sur le fauteuil présidentiel du Mexique. coup du sort! vanité des vanités ! je pourrais à ce sujet me livrer à de longues considérations philosophiques, je suis bon prince, et je passe; la loi de succession au fauteuil est rapide au Mexique. Miramon n'est plus président, et madame n'est plus présidente.

Ce fut à son passage au pouvoir que se rapporte mon histoire : en bonne princesse qu'elle était, en charmante femme qu'elle est toujours, madame Miramon venait visiter sa bonne aniîc, sa commère, madame X...

Celle-ci, honorée, comme vous le pensez bien, d'une condescendance aussi grande, abandonnait à la hâte casseroles et poêle à frire, pour entamer avec la présidente de longues causeries, où la politique n'était point étrangère :

— Tu devrais bien, disait madame X... (vous voyez l'intimité!) tu devrais bien dire à ton mari qu'il fasse telle ou telle chose, cela nousirait^ et si cela continue

il perdra nos sympathies. Les impositions forcées nous étouffent, tâché donc d'arranger cela.

— Et dis-moi, ajoutait madame X.., que feras-tu quand ton mari ne sera plus président? car il faudra bien un jour faire place à quelque autre.

— Ah! répondait ingénument la présidente, j'irais à Paris et à Londres voir l'impératrice et la reine.

Et la conversation roulait intéressante de la cuisine à la politique, pour revenir aux chiffons.

M. Gavami pourrait introduire Fanecdote dans son Histoire depolitiquer.

La biographie de Miramon ne manque pas également de traits d'un haut comique; alors que substitutprésident, et de fait, chef de la république, il se livrait à l'exercice de la savate ou de la boxe avec des ouvriers français qui chantaient la Marseillaise dans un cabaret aux portes de Mexico, la chose est vraie. Voyez-vous d'ici le président rentrant au palais avec l'œil au beurre noir ! Plus tard, on ne l'a pas oublié, quelque temps avant sa chute, Miramon forçait en plein jour le coffre- fort du consulat d'Angleterre pour enlever trois millions ; j'étais présent, il y avait foule et murmures et indignation, mais ce fut tout, et l'Angleterre ne fit que protester, et Miramon se promène sans doute sur nos boulevards ! Voilà qui est profondément triste.

Ce que je viens de raconter des Mexicains et les anecdotes qui vont suivre n'ont point pour but de

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