‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 34 sur 185 · CHAPITRE IV. — AN£CDOT£S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — AN£CDOT£S

une victoire le rendit célèbre, mais il ne fit que passer, ^nToublia. Étrange chose que la renommée! il avait l'âme généreuse , l'éducation française, les idées libérales; quelques paroles imprudentes le trahirent, une colique l'emporta en quelques jours. Miramon lui succéda. Vous avez peut-être entendu prononcer ce nom-là ; nous en dirons quelque chose tout à l'heure, j'ai hâte d'arriver à Zuloaga.

Je ne puis parler qu'avec respect d'un aussi haut personnage, un président n'est pas un homme ordinaire, et celui-ci moins que tout autre. M. Zuloaga fut croupier de jeu dans un établissement de monte ^ puis général; ici, j'ai quelque doute : fut-il premièrement général et croupier par la suite; le cas est incertain, je crois qu'il cumulait. Arrivé à la présidence, il y réussit peu, et son passage aux affaires n'a de saillant que deux aventures que Ton croira difficilement, et qui sont parfaitement vraies.

On célébrait la fête de l'indépendance et Zuloaga présidait à l'Âlameda une assemblée de députés et de fonctionnaires publics ; on parlait des jours immortels, des héros de l'indépendance. Hidalgo, Morelos, Iturbide, beaux discours et vaines paroles ; quand un inconnu s'avança tenant à la main un jeu de cartes sale, et le jeta à la figure du président : la cérémonie se trouva, on le comprend, interrompue. Chacun s'empressa autour du premier fonctionnaire de l'État; mais lui, en homme qui sait vivre et qui connaît les

Si LE MEXIQUE.

cartes^ dt qui sait tout oe qu'on peut attendre de leurs bicarrés caprioeB, s'essuya la figure avec le calme d^une grande àtne^ et la séance continua. Quant à l'audacieux, il avait disparu.

Plus tard, lorsque Miramon lui fut adjoint comme Bubstitttt^président, Zuloaga le suivit en campagne, et fut escamoté six mois. Escamoté? dira-t-on, c'est par trop fort, un président escamoté, cela ne s'est jamais vu ; en vérité, je réclame pour le Mexique, cela s'est vu, cela s'est fait, et le plus extraordinaire de la chose, c'est qu'on n'y fit pas attention. Quinze jours après la disparition de la victime, deuxoffi^ ciers rapportèrent à sa femme en deuil, l'un son épée, Tautre ses pistolets, tout comme dans Marlbo* rough, mais là s'arrête la comparaison. On le crut mort. Six mois plus tard, Zuloaga reparut et le pays fut assez ingrat pour ne point célébrer ce grand jour! On ne s'en occupa même pas. Soyesî donc président pour si peu ! Miramon, qui lui succéda, est un garçon de trente-deux à trente-quatre ans, brave, cela n'est pas douteux, mais, m'a-t-on dit, de peu de moyens. Poussé par une femme ambitieuse^ de beaucoup d'esprit, dit-on, et bas-bleu par-dessus le marché, il a fait son chemin et rapidement, car en dix*huit mois il devint, de capitaine, président.

Je ne connais madame qu'indirectement, mais je puis donner sur son compte une anecdote qui pein«* dra mieux que toute chose au monde les étranges

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