CHAPITRE IV,— ANECDOTES
n*avait pa^ même osé montrer son arme. L*homme à terre, l'assassin remonta tranquillement & cheval et disparut. Voilà du courage.
Au temps de nos démêlés avec le Mexique, lors de l'occupation de Vera-Cruz par Tamiral Baudin et de la prise de San Juan de Ulloa par le prince de Joinville, Mexico se trouvait dans une agitation extraor* dinaire.
II y avait des élans de patriotisme et des bravades insolentes à l'adresse de nos malheureux compatriotes. Un jour, au café de la Gran Sociedad, trois officiers, parlant de l'armée française d'occupation, s'étaient échauffés outi*e mesure, et les motions les plus bizarres se succédaient sans relâche,
*— Moi, disait l'un, que Santa-Anna me donne un régiment, et je me charge de mettre tous ces gavackos (terme de mépris) à la raison. — Moi, disait l'autre, j'irai les lasser jusque sur leurs vaisseaux. — Par la sambleu! s'écria le troisième, vous n'êtes que deux bravaches; je voudrais, moi, les tenir là, leur enfoncer mon épée dans le cœur et me la passer fumante sur les lèvres !
— ^Toi, lui dit un Français bien connu pour ses aventures extraordinaires et mort depuis peu, toi, mon bonhomme, tu passerais avec délices sur tes lèvres une épée teinte de sang français ? Tiens, voilà ce que tu te passeras. Et, joignant le geste à la parole, il lui cira deux fois la moustache avec son doigt.
Le Mexicain, stupéfait , garda Toutrage. Voilà de la forfanterie.
A propos d'officiers, il est avéré qu'au Mexique, pour une armée de trente ou quarante mille soldats, le nombre des généraux suffirait aux cadres de deux millions d'hommes; quant à Tétat- major, colonels, lieutenants colonels, etc., le chiffre paraitrait improbable. La fortune de tous ces parvenus est du reste singulière ; pour quelques chefs sortis de Técole militaire de ChapultepeCy la statistique, s'il y avait lieu, fournirait une quantité prodigieuse d'officiers supérieurs sortis des classes les plus infimes, dont quelques-uns ne savent pas écrire, et dont la majeure partie ne doit ses épaulettes à grains d'épinard qu'à des exploits peu chevaleresques, accomplis sur les grandes routes de la république : de ce nombre, il faut citer Gf..^ ancien épicier d'Orizaba, dont la renommée au Mexique est des plus impopulaires, et dont les exactions sont devenues proverbiales. Il paya, dit-on, 300,000 fr. à M!..' le droit d'expédition contre la ville libérale d'Oaxaca qu'il abandonna ruinée après trois mois d'occupation. Marquez, dont on vante les talents militaires et dont la cruauté au-dessus de tout éloge reçut une éclatante consécration dans les massacres de Tacubaya.
L'un voiturier, l'autre chapelier, un autre, ancien laquais à l'ambassade de Guatemala, conquit en une année son titre de général, et gouvernait en dictateur