‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 42 sur 185 · CHAPITRE IV. — ANECDOTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — ANECDOTES

ment ennemie d'un travail et d'un joug quelconque, sans administration, sans police, sans mœurs et sans lois, il vous passe d'étranges idées sur le sort réservé à cette immense république.

Quarante années de luttes, de guerres civiles et de dévastations effroyables, n'ont pu tarir la source de ses richesses. Quelques mois d'arrêt lui donnent une nouvelle vigueur, et tout semble revivre au moment que tout doit succomber.

C'est une belle proie pour qui saura la prendre. Mais nous ne sommes plus au siècle des conqu6teS| l'on jette en vain sur le vieux monde un regard interrogateur; le Mexicain lui-même ne saurait à quelle puissance s'adresser pour fonder, dans sa patrie dévastée, un ordre régulier et des institutions qui lui manquent.

n abhorre l'Espagnol dont les tyrannies lui sont toujours présentes; il aime le Français et respecte l'Anglais; quant à l'Américain, il en éprouve une terreur indéfinissable : il semble qu'il devine en lui le futur envahisseur de sa patrie, le dominateur de sa race.

Tout faisait présager ce résultat, et quoique le nombre des Américains soit fort réduit dans ses provinces, le Mexique néanmoins, encerclé dans les vastes bras de l'Union, en subissait l'irrésistible ascendant.

Au nord, la Californie, dans son incroyable prospérité, menaçait déjà ses frontières et convoitait la

Sonom ; au nord^-est et i Test le Nouveau-Mexique et le Texas cédés par Santa-Anna,avaient jeté jusqu'au centre ri»fluence de la civilisation yankee, et Mina* titlan au sud n'était plus qu'une colonie américaine.

Il était réservé à la France de secouer le Mexique de son engourdissenient. Mais il a fallu des circonstancee extraordinaires : le cataclysme d'un grand peuple et le génie d'un grand prince, pour l'arracher à la pente fatale qui l'entraînait à l'Amérique.

La scission des Etats-Unis rejette pour un longtemps le Mexique sous l'influenceeuropéenne, et l'ex* pédition actuelle assure à la France une prépondérance sans conteste sur cette contrée la plus riche du globe.

A son origine^ l'expédition alliée, dirigée dans le simple but d'une réclamation de créance, s'engageait dans une entreprise impraticable, et ne pouvait que se heurter contre l'impuissance d'un débiteur insolvable. Le Mexique, dan^ l'état où l'a réduit la guerre civile, privé de ressources et malgré la meilleure vo« lonté du monde, n'aurait pu rembourser la moindre éohéance, et la saisie de ses douanes ne pouvait que le précipiter dans de nouveaux désordres. Mai« il semble que la Providence ouvre à ce pays une perspective nouvelle.

Aujourd'hui le Mexique lui-même ne peut qu'applaudir au succès et au développement de l'expédition française. Libérale, la France ne peut que lui imposer un régime libéml, et les clameurs des partis

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