‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 44 sur 185 · TEHUACAN · texte numérisé non relu

TEHUACAN

Départ pour Mitla.—État de& route».— Tehuacan.—ATcntures de Pedro.— La venta salada.— F&cheuse rencontre.— Teotitlan de! valle.— La fonda. — Une nuit dans les bois. — Tetomabaca.— Le jaguar et le torrent.<-Quiotepec. —Le huero Lopez et sa troupe. — Les Talages. — Coicatlan.^-Don Domingillo.— Le cheval volé.— La vallée d'Oazaca.

Quelques mois de séjour à Mexico m'avaient donné de la langue espagnole une habitude suffisante pour me permettre d'affronter sans crainte les embarras d'une expédition lointaine. La saison des pluies tirait à sa fin; je partis aux derniers jours de septembre. J'emportais avec moi tout mon bagage artistique , et les escortes qui surveillent la route jusqu'à Puebla me garantissaient un voyage tranquille. Pour ce qui regarde l'embranchement de Tehuacan^ il n'en est pas de même : la contrée , peuplée de voleurs, n'est point gardée; des attentats quotidiens arrêtent toute circulation. Je suivis donc les conseils d'amis prudents, et je laissai aux mains des muletiers qui font le voyage par les montagnes le gros de mon bagage >

c'est-à-dire trois caisses, ne me réservant que Pindis^ pensable pour un séjour de quelques semaines ; le tout, m'assurait-on , devant me parvenir à Oaxaca quelque vingt jours après mon arrivée. J'avais en outre dans cette dernière ville, des instruments et divers produits qui, en cas de besoin, devaient me permettre de mener à bonne fin les travaux que je me proposais d'y faire.

J'avais avec moi mes boites à glaces et divers objets; en tout, la charge d'une mule. Un Mexicain de mes amis m'accompagnait. J'avais à Tehuacan deux chevaux qui m'attendaient ; j'étais donc sur d'arriver sans encombre. C'est ce que nous allons voir.

Par un hasard singulier, la diligence de Puebla à Tehuacan ne fut point arrêtée. On expliquait ce phénomène parla fin tragique de deux voleurs imprudents qui, la veille, avaient eu la maladresse de s'adresser à une forte troupe dH arriéras. Ceux-ci s'étaient défeadusy à la profonde surprise des compadreSy qu'ils laissèrent sur place.

Ma première visite, en arrivant à Tehuacan, fut pour nos montures ; deux mois de repos devaient leur avoir procuré un embonpoint respectable et prèle de nouvelles forces pour un voyage de longue durée ^ mais j'éprouvai en les retrouvant une amère désillusion. Il n'avait fallu rien moins qu'un jeûne de quarante jours pour amener les pauvres bétes à l'état de maigreur, de dessiccation où elles étaient réduites. Je

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craignis un instaiit qu'elles ne pussent nous porter.

Je fis àtt brigand qui les avait eu garde les plus violents reproches sur son indigne conduite; mais lui me tendit, en protestant de ses bons traitements, une note d'apothicaire qu'il fallut payer.

Puis, comme la Ville n'avait rien de bien intéressant à m'offrir, je louai une mule, j'arrêtai un domestique pour nous accompagner^ et je disposai tout pour le départ.

Il deviendrait banal de parler de guerre civile : c'est l'état normal de la république. Donc, le général commandant la place de Tehuacan, concevant quelque doute sur la moralité de mon compagnon de voyage, et le prenant pour un factieux allant rejoindre les révoltés d'Oaxaca , se mit en tète de nous retenir. De plus, le pauvre Pedrito (c'était le nom de mon ami} fut arrêté et mis au secret. La chose s'était faite en mon absence, et je me hâtai d'aller trouver le général. Pedrito n'était pas à coup sûr un homme dangereux ; je le connaissais de longue main ; c'était un bayard comme on en trouve tant, parlant de tout au hasard, mêlant la politique aux légèretés dé langage d'un gamin et aux bouffonneries d'un clown. J'expliquai au commandant de place le caractère de mon compagnon ; je l'assurai qu'il y avait quiproquo et qu'il confondait le Pedrito qu'il tenait entre ses mains avec un autre Pedrito compromis dans certaines intrigues à Mexico. L'Excellence ne crut point à mes

allégations, et, devant la persistance et la vivacité de mes observations^ menaçait de m'arréter moimême.

L'affaire de Pedro s'envenimait, des dénonciations et des inimitiés particulières indisposaient le génél*al; on parlait de le renvoyer à Mexico.

Quant à Pedro, qui se prenait au sérieux, comme tous les gens de son esprit, et qui ayant approché quelques hommes du gouvernement, jouait volontiers à la mouche du coche, il adressait à son geôlier les supplications les plus tendres et les plus basses, si elles n'eussent été bouffonnes; puis, me prenant à part :

— Ami, me disait-il d'un air tragique et les yeux en larmes, tu porteras à mon père la nouvelle de ma mort, car ces brigands méditent de m'assassiner : deux d'entr'eux seront apostés sur la route, et je serai fusillé dansTombre, martyr de mes saintes convictions.

En fait de convictions, Pedro n'en avait aucune ; mais qui n'aime à se poser en martyr à l'occasion ! Quand je vis que la détention se prolongeait, et que Pedrito maigrissait à vue d'œil, j'écrivis à Puebla avec ordre de télégraphier à Mexico, afin d'obtenir un mot de recommandation du commandant de place, pour son confrère de Tehuacan II fallut trois jours pour la réponse; il était temps : l'esprit craintif de Pedro commençait à se détraquer. Nous partîmes enfin après huit jours de retard*

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