‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 74 sur 185 · CHAPITRE VllI. — LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI. — LA MONTAGNE

cèrent en dedans, puis au dehors, une série de processions accompagnées de chants^ le tout d'un air grave et dans un recueillement parfait ; je n'avais pas aperçu lepadre; désespérant de le voir arriver, je laissai la procession et remontai à la cabane de mon hôte. Ma première question fut pour m'informer de l'absence du curé et de cette étrange manière de célébrer le service divin ; il me répondit que le padre s'était retiré devant des démonstrations malveillantes, etque^ dans bien des villages de la sierra, les curés avaient abandonné leurs églises pour les mêmes motifs. Je trouvai la chose fort mal et lui, exprimai la réprobation que m^inspirait une i|îipiété si grande.

— ^Baste I me répondit-il, nous nous passons fort bien depadrCy tantôt l'alcade, tantôt un autre, se charge de dire la messe. (L'impie appelait cela dire la messe!) Et vous avez vu que tout se passe parfaitement. D'ailleurs, ajouta-t-il, le padre nous coûtait, bon an mal an, quelque chose comme 4,000 piastres, (20,000 fr.) Son absence nous est donc une grande économie.

Le décret de Juarez établissant le mariage civil avait, je crois, amené ce bouleversement dans la montagne.

— Je suis le seul à perdre dans cette affaire, reprit mon hôte, mon commerce ne marche plus aussi bien, et les villages sans curé regardent à la dépense d'un orgue ; mais, comme ils sont fous de musique, il est probable que les commandes reviendront. Je remar-

quai que l'exil du padre n'enlevait rien aux sentiments religieux des Indiens ; ils observent sans infraction le repos dominical, nul ne travaillait aux champs, et le jour entier se passa pour eux en cérémonies dans l'église. L'Indien est l'être le plus essentiellement théocralique de la création, et nul ne s'incline avec plus de respect devant le nom du Seigneur; du sorcier des peaux rouges au grand lama, du bonze au pape , quiconque lui parle au nom de la divinité, lui impose ses lois.

Comment expliquer chez ces montagnards de la sierra ce besoin d'idées et de cérémonies religieuses alliées à cette indififéretice du prêtre?

Je ne me trouvais certes pas au milieu d'un peuple de philosophes : qui donc leur apprit que la religion est indépendante des fautes de ses minisires, que Tidée de Dieu est éternellement belle, jeune et pure quel que soit celui qui la répand?

Il me semble avoir remarqué que partout où le cultivateur est riche, où le paysan possède, le fidèle a moins de ferveur. Le propriétaire travaille le dimanche, le manœuvre s'y refuse et se rend à l'église; l'un a lirage d'augmenter son avoir, l'autre désespère de janniis acquérir. En cela s'explique parfaitement rindifférence de l'Indien de ces montagnes pour le pièîre, chacun est propriétaire d'un lopin du sol, il n'aime point à donner, il lui semble doux de pouvoir se marier sans frais devant l'alcade, au lieu de payer

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