CHAPITRE IX, — rLE YUCATAN. i
longitude ouest, le Yucatan n^est qu'un immense banc calcaire, de quelques pieds à peine élevé audessus du niveau de la mer, et dont les côtes n'offrent ni port ni abri ; aussi les vaisseaux d^un fort tonnage sont-ils forcés de stationner au loin, à trois milles à peu près, ce qui rend le débarquement fort pénible en toute saison^ fort périlleux par la brise, et tout à fait impossible lorsque le vent du nord souffle dans ces pa« rages.
Placé soûs la zone torride, doué d'une tempéra-* ture des plus brûlantes, le Yucatan, sauf les parties avoisinant Tabasco et Belize , jouit d'un climat relativement sain, et cela, grâce & la sécheresse de l'atmosphère. Les côtes y sont, comme toutes celles du golfe, tributaires du vomito ; il y règne en été , mais doux et rarement mortel : l'épidémie réservant ses fureurs pour les centres d'émigration. Le Yucatan, qui n'oifre pas un cours d'eau, on peut même dire pas une goutte d'eau ^ n'a qu'un im* mense bois taillis , semé sur sa plaine monotone ; aussi le paysage n'existe- 1- il pas, vous avea toujours cette même ligne d'horizon, droite, continue, désolante. Mais, terre de prédilection pour le voyageur, le Yucatan est riche en souvenirs : monuments prodigieux , femmes ravissantes , costumes pittoresques, il a tout pour impressionner ; il parle au cœur , à Tàme , à l'imagination, à Tesprit , et quiconque le peut quitter avec indifférence ne
fut jamais un artiste et ne sera jamais un savant.
Je surveillai le débarquement de mes bagages avec une sollicitude toute paternelle ; les maVins mettaient du reste à leur besogne une brutalité pleine de dangers pour mes instruments et mes flacons de produits chimiques, et ce fut avec plaisir que nous quittâmes les flancs du vapeur. Il s'agissait de toucher la terre ; trois heures de bordées nous permirent d'atteindre le petit môle en bois qui lait de Sisal un port de mer : ce ne fut pas sans une certaine joie, tout séjour en mer, de quelque durée qu'il soit, m'étant particulièrement désagréable.
L'arrivée du vapeur avait jeté quelque animation sur la plage, et deux ou trois dames attendaient à l'abri d'un hangar le passage des voyageurs. Nous fùmer^oumis à l'inspection de ces sefkoras, qui n'ont probablement de tout le mois d'autre distraction que celle-là. Je me fis indiquer la fonda. Quand je. me fus assuré du bon état de toutes choses, je pus me livrer sans remords à une réfection des plus copieuses, n'ayant, pendant ces trois jours de traversée, rien pu prendre sur ce déplorable vapeur.
Sisal est un bourg de douze cents âmes environ, défendu par un fortin en ruines où veillent quelques vieilles pièces de canon rouillées et silencieuses. La rade est parsemée de coques brisées ou enterrées dans le sable, tristes témoins des violences du nord. Les maisons, abritées par des cocotiers, meublées de ha-