‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 83 sur 185 · CHAPITRE iXé-^LE YUCATAN · texte numérisé non relu

CHAPITRE iXé-^LE YUCATAN

macs y offrent le confort des climats chauds : de l'ombre et des courants d'air.

Groupés dans la cour delà, fonday quelques Indiens attirèrent mon attention. Ils étaient pour la plupart presque nus; les femmes portaient un simple jupon, les petits ne portaient rien : tous étaient maigres, mais bien bâtis ; ils avaient un air de fierté sauvage que je n'avais point remarqué parmi les individus de l'espèce que j'avais rencontrés dans le village. On me dit que c'étaient des Indiens bravos faits prisonniers dans une dernière expédition et qu'on les expédiait à la Havane. Là^ ils sont vendus à des planteurs 2,500 à 3,000 fr., et leur doivent, pendant dix ans, leurs services, soit à la ville, soit à la campagne, comme les Chinois ou les coolies : après quoi ils sont libres. Mais on a toujours soin de prolonger cette espèce d'esclavage, et ils restent à Cuba ou meurent à la peine. De toutes manières, le Yucatan s'en débarrasse ; ils n'y reviennent jamais.

A quatre heures du soir, la diligence nous emportait vers Mérida au galop de ses cinq mules. Une plaine couverte d'efflorescences salines s'étendait autour de nous, la couche épaisse et continue était blanc de neige^ et sans la chaleur torride qui nous accablait, on se serait cru volontiers sur quelque lande antarctique. Le mois de mai est un vilain mois pour visiter le Yucatan ; la terre est sans verdure, le taillis sans feuillage ; tout est sec et laid ; les pluies de juillet lui

donnent à coup sûr un air de fête que je n*aî point vu et que je ne peux décrire. Pour le moment, le taillis s'étendait au loin, monotone, couleur de cendre; quelques arbres à vert feuillage faisaient tache sur ce triste tableau ; les ronces et les lianes pendaient desséchées d'un arbre à l'autre, et l'on voyait le rocher calcaire percer le sol à chaque pas, comme le squelette d'un cadavre momifié.

Au travers du bois, passaient des bestiaux exténués cherchant vainement un brin de verdure dans les lances du taillis. Plus loin, le cadavre de l'un d'eu):, ehtouté de zûpilotes dévorants (espèce de vautours), témoignait de l'inflexible stérilité du sol jusqu'à la saison des pluies. Ainsi, sous un ciel de feti, au milieu d'une nature désolée, aveuglé de poussière, on arrive au premier i^lâi.

Mais le soleil baisse, Tombre s'étend, le crépuscule commence, quelques souffles de la mer parviennent jusqu'à vous, le corps accablé se réveille, le paysage prend une teinte mystérieuse, l'àme s'abandonne à de:$ rêveries bi:Kârres que vient compléter l'apparllion de blancs fantômes. C'est l'Indienne yucatèque^ au ftistafî, jupon lâche ou empesé, orné de broderies bleues, jaunes oU rouges, couverte du uipile, tunique Itès-Ample, qui laisse Ipîs bras et les épaules nus, et tombe sans ceinture jusqu'à mi-jambe et de i'écharpé, blanche aussi, voilant la tête, s'enroulant autour des bras ou floltiatit ïiu gré du vent. Plus la nuit s'a-

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