CHAPITRE IX. — LE YUCATAN
Voyee-les portant, gracieuses, le corps cambré, leurs paniers de fleurs et de fruits, avec leur main levée au-dessus de Tépaule; souriantes et faciles, elles céderont avec la même grâce et les fleurs d^ leur corbeille, et les roses de leur sourire,
Mérida, autrefois capitale de tout le Yucatan, partage aujourd'hui la suprématie avec Campéche qui, depuis 1847 ou 1848, forme un État séparé. Ce fut en 1847 qu'éclata cette effroyable révolte des Indiens qui a ruiné le Yucatan et qui menaça chaque jour de le rayer du nombre des États policés.
Yoici en quelles circonstances :
Lors des démêlés de Campéche et de Mérida, cette dernière résolut de soumettre la ville rebelle, et, comme les troupes manquaient, on eut la malheureuse idée d'armer les Indiens et de les emmener comme auxiliaires dans l'expédition projetée,
Campéche, défendue par une bonne enceinte et par une garnison courageuse, ne put être prise. On brûla quelques faubourgs et l'armée dut se retirer; mais les Indiens, poussés par quelques métis, brûlant du reste de s'affranchir d'un joug effroyable, ne voulurentpoint rendre leurs armes et commencèrent cette guerre de dévastation^ qui s'est continuée sans inter* ruption jusqu'à ce jour. Après avoir brûlé leurs villages, ils s'enfuirent en masse au fond des bois où ils se bâtirent une capitale, Chan Santa Cruz. De là partent incessamment des expéditions meurtrières. Ils
détruisirent ainsi ou ruinèrent à moitié Izamal, Valladolid, Sakalun, Tikul, Tekax, une foule de villages et à' haciendas. Pour eux, c'est une guerre d'extermination où il n'est point fait de quartier : femmes, enfants, vieillards, leur haine s'attache à tous les blancs, leur furie vengeresse ne connaît point de pitié.
On raconte qu'à Tekax ils tuèrent à puro machete^ au sabre seulement, deux mille cinq cents personnes en trois jours. Les supplices les plus barbares accompagnent ces exécutions; les femmes, mises nues et violées, servent de jouet aux jeunes gens qui suivent ces expéditions ; les mutilations les plus épouvantables achèvent leur supplice. Certains prisonniers sont en outre réservés pour les fêtes nationales de Ghan Santa Gruz. Là, un anneau passé dans le nez, on leur fait jouer le rôle de taureau dans un cirque; poursuivis par les pierres, les flèches et les lances, ils rendent le dernier soupir au milieu d'un supplice sans nom : on ne les abandonne que lorsque le corps, ne formant qu'une plaie, tombede douleur et d'épuisement. Malgré toute l'horreur de ces vengeances, on ne •peut s'empêcher de voir en ces exécutions quelque chose de providentiel; on regrette pourtant qu'un peuple innocent paye la dette de sang que lui laissa l'Espagne, seule responsable devant Dieu de tant d'infamies commises dans le nouveau monde.
Quant aux Yucatèques, leurs représailles sont marquées au coin de la douceur et de l'humanité. Ils se