‹ Le Mexique: souvenirs et impressions de voyageChapitre 93 sur 185 · CHAPITRE X. — CHlCHEN-irZA · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — CHlCHEN-irZA

bonne volonté, je n'en pus rien tirer ; absorbés dans leur admiration de clocher, chacun me demandait, avec un air de satisfaction profonde, quel était le pays qui, dans mes longues pérégrinations, m'avait séduit le plus et quelle ville la plus charmante? J'étais obligé de convenir qu'Izamal était certainement le lieu le plus privilégié que j'eusse visité sous le soleil : et ces bonnes gens de sourire doucement, sûrs qu'ils étaient de ma réponse. Ce sentiment d'admiration, cet amour pour la patrie se retrouve partout, mais plus violent à mesure que l'on descend la chaîne civilisée. J'ai rencontré de ces malheureux me demandant si Ton savait manger du pain dans mon pays , si l'on y buvait de VanizadOy espèce d'alcool^ et autres naïvetés de ce genre.

Izamal tut la dernière ville brûlée par les Indiens sur la route de Yalladolid du côté de Méiûda ; mais les habitants ont, depuis quatorze ans, réparé leurs maisons en ruine et dissimulé leurs pertes. Au delà d'Izamal, tout fut dévasté ; aussi la campagne prendelle, à mesure qu'on s'éloigne, des teintes plus mélancoliques et des airs de triste solitude; les rencontres sur les routes deviennent rares, et l'on n'aperçoit plus que de loin en loin la tète de quelques palmiers dénonçant Texistence d'un rancho isolé ou . d'une chétive hacienda. Quant aux villages, ils apparaissent noirs, brûlés, en ruine ; on dirait que la vie s'est retirée de ces lieux désolés; les rues sont désertes,

nul être vivant ne les anime, le grognement de quelques pourceaux étiques est le seul bruit qui se fasse entendre, et les vautours^ silencieusement posés sur le chaume des toits, semblent veiller un cadavre.

La nuit fut déplorable. Je m'endormis plein d'idées sombres et n'eus point de songes couleur de rose ; je pensais à ma patrie si lointaine, à ma mère, si triste autrefois à mon départ, à toute cette famille que j'avais laissée unie et heureuse, pour courir seul les sen*tiers du grand univers ; quelques regrets me faisaient penser au retour, et j*eus de la peine à secouer ce premier accès de faiblesse.

Le lendemain, nous arrivâmes à Gitaz, petite bour^ gade où devaient s'arrêter les mules ; les ruines se trouvent à six lieues de là, dans le bois, et l'on y al?»rive, à cheval, par de petits sentiers d'Indiens*

J'avais laissé, au village précédent, un ordre du gouverneur, afin qu'on envoyât quelques soldats pour m'accompagner. Je donnai au juge de Gitaz une lettre semblable qui lui recommandait de me donner autant d'hommes qu'il serait nécessaire. Cet honorable ma«gistrat se mit à ma disposition et me fit d'abord conduire à la petite cabane, casa realf maison royale, servant d'abri aux voyageurs. On y suspendit mon hamac et je m'y étendis avec délices, brisé que j'étais par trois journées de cahots sur une route de rochers.

La cabane était voisine du corps de garde, et je pus me faire une idée de la vie étrange que mènent ces

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