CHAPITRE X
Mexico. — Séjour.
Quelque intéressante que soit la ville de Mexico, il n'y a rien de moins attrayant que son séjour prolongé pour l'étranger que des affiiires fixes n'y retiennent pas. Les relations sociales y sont très-limitées. Accueilli parles Mexicains avec défiance et un certain embarras dans leurs tertulioê (assemblées), l'étranger ne s'y trouve pas à son aise , et , de plus , ne peut prendre aucun goût au ton monotone qui y règne. Les rapports avec les étrangers établis dans cette capitale offrent encore moins de ressources : peu d'entre eux appartiennent aux classes élevées de l'Europe, dont ils s'efforcent cependant de copier les allures en affectant des prétentions déplacées ^ défaut, du reste, général dans les colonies.
L'étranger reste donc abandonné à ses propres ressources, et, les merveilles de ce Ueu célèbre une fois vues et revues, réduit aux distractions , la plupart insipides , offertes au public de cette ville.
Les promenades sont encore ce qu'il y a de plus agréable; chaque viUe mexicaine, k l'imitation de l'Espagne, a la sienne dans son enceinte ou dans son voisinage , où l'on trouve quelques allées d'arbres et un peu de verdure.
La promenade favorite des habitants de Mexico est l'Âlameda, qui y jouit de la même célébrité que le Prado en Espagne. L'Alameda a ses habitués qui la visitent alternativement à des heures fixes. Dans la matinée, de sept a neuf heures, elle est le rendez-vous des hommes d'Etat, des savants, des généraux sans armée et des commodores «ans flotte. A neuf heures , le jardin perd ces hôtes illustres et se trouve envahi par une foule de nourrices , de bonnes d'enfants et d'Indiens en haillons ou dans un costume encore plus naturel, qui , grâce au système d'égalité , y portent
avec autant de droits les parfums qu'ils exhalent, que ceux qu'ils ont relevé y avaient promené leurs idées philosophiques et héroïques. Enfin , de six a huit heures, la promenade atteint son plus grand lustre par le beau monde qui la parcourt tant en équipage qu'à cheval ou à pied.
L'Alameda , située à l'ouest de la ville, présente un carré oblong entouré d'une allée pour les voitures et les cavaliers , qui s'étend tout le long du mur qui en forme l'enceinte.
De petites allées pavées et coupées dans le taillis parcourent symétriquement Tintérieur du jardin, et aboutissent à sept ronds-points où se trouvent des bassins à jets d'eau ou des colonnes.
Le principal rond-point, qui se trouve au milieu, est également orné d'un bassin qui entoure un monument déforme carrée, où on voit l'efBgie de la liberté avec quatre lions en bronze. Deux inscriptions en lettres d'or y rappellent , l'une , le nom de Miguel dé 'Hidalgo, qui, le premier, leva le drapeau ile
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l'indépandance au Mexique, et l'autre,
celui d'Âgostin de Iturbide , dont la conduite despotique et Pusurpation se trouvent fort peu propres pour faire briller son souvenir comme héros de la liberté , qui ne fut pour lui que la marche pour monter sur le trône.
Le goût dans lequel ce monument est exécuté est digne de l'idée que l'on y trouve énoncée.
Les autres promenades les plus fréquentées sont le Paseo Nuevo et celle des Yigas ; mais elles ne satisfirent nullement mon attente.
Le Paseo Nuevo, situé près de la ville, dans une plaine sablonneuse , est exposé k la poussière. Il ne consiste que dans quatre rangs d'arbres , dont la plupart sont nouvellement plantés, avec trois ronds -points ornés de bassins en pierre.
La promenade des Yigas n'offre qu'une seule allée très-large, dont l'unique agrément est le voisinage du canal de Chalco.
Comme en Europe, les promenades de Mexico ont chacune leur saison , d'après des lois établies par la mode.
La promenade des Vigas est donc fréquentée depuis le premier dimanche de carême jusqu'au jeudi de l'Ascension. Le reste de l'année 9 jusqu'au camayal, on se rend au Paseo Nuevo ou k l'Âlameda, k l'exception des jours de Pâques et de la Pentecôte , où l'on va k la caitipagne , surtout a San Âgostin de las Cuevas, k quatre léguas de la capitale.
Toutes ces promenades, l'Alameda exceptée, ne présentent par elles-mêmes que peu d'attraits; mais elles offrent k l'étranger le tableau le plus frappant , surtout par son contraste, de la population mexicaine. La se trouvent réunis le fier propriétaire de mines , dans son magnifique équipage, et Thumble Indien dans son canot , sur le canal ; le riche hacendero (propriétaire), monté sur son étalon de race andalouse , avec la bride et la selle garnies d'argent , et le pauvre ranckero (fermier) sur son bât k fibres de maguai.
Le costume national a subi au Mexique ^ comme partout , des changements par Vin irodùction des modes françaises; mais ces
progrès n'y ont été que lents et incomplets , et on retrouve encore les costumes et le luxe du moyen âge dans l'habillement chevaleresque du Mexicain espagnol , et surtout dans le harnachement de ses chevaux.
Quelles que soient les institutions politiques que l'on a ^effées sur cette nation, ses mœurs et ses coutumes sont restées presque les mêmes qu'elles étaient au temps de la conquête. Eloigné pendant trois siècles de tous rapports avec le reste du monde , par la politique ombrageuse de l'Espagne, le Mexicain, plus qu'aucune autre nation , a gardé les dehors , mais non l'esprit chevaleresque des anciens temps.
Les classes basse et moyenne , les rancheros, les haeenderos, dans la campagne , ont con* serve le costume si pittoresque du xvi® siècle.
Le costume national du Mexique consiste en une veste courte , et en un large pantalon ouvert sur les côtés et orné d'aiguillettes d'argent : ces vêtements sont brodés de soie, d'argent ou d'or, et reliés entre eux 'par une
ceinture de soie. Le chapeau mexicain est en laine de vigogne , brun , a larges bords , et entouré d'une banderole d'or ou d'argent.
Les jambes sont généralement enveloppées dans des boias vacquer<i$y morceaux de cuir ornés de dessins imprimés au moyen de formes en bois. Les souliers ou bottines , en cuir non verni , sont garnis d'immenses éperons.
Pour les chevaux , c'est toujours la selle si lourde et si compliquée du chevalier, ce mors énorme et si fort , qui permet , comme en .Orient, d'arrêter le cheval tout court, même dans la course la plus rapide.
Le mexicain est excellent cavalier quand il se trouve sur sa selle- si commode j mais il ne saurait faire usage d'une selle a l'anglaise.
Il excelle dans certains exercices à cheval, tels que torear, terrasser à cheval un taureau , en le saisis3ant par la queue , se désarçonner l'un l'autre avec les genoux , et prendre des chevaux ou taureaux au moyen de l^reata^da
lazo (nœud coulant)^ mais ils ne savent franchir ni les barrières ni les fossés.
La selle mexicaine, surchargée comme elle l'est d'ornements en argent et de broderies , avec son pommeau et son dos si élevés , est pour l'ordinaire trois fois aussi lourde qu'une selle anglaise. Les étriers sont d'une forme différente des nôtres , et garnis de cuir qui garantit le devant du pied du cavalier. Un accessoire particulier, c'est un morceau de cuir qui couvre la croupe du cheval.
Ces selles sont très-coûteuses : garnies d'argent, elles, reviennent de 160 à 200 pesos (880 a 1 ,100 francs chacune); mais leur commodité est telle, que les étrangers même les adoptent.
Les carrosses mexicains sont ce qu'il y a de plus lourd et de plus informe. Us n'ont point de siège pour le cocher , et les mules sont guidées par un postillon. Les harnais sont massifs et d'une forme toute particulière , surtout la partie où l'on renferme la queue de l'animaU qui* est en forme <le sac et ornée de méta)^.
Le plus petit carrosse est à six places , mais on y entasse généralement un plus grand nombre de personnes. C'est par la peinture seule que brillent ces voitures , les portières étant ornées de figures mytiiologiques auxquelles on donne, autant que possible, la forme d'écussons. Quant aux livrées des domestiques , elles sont aussi mal faites que mal choisies.
Les dames de Mexico , quand elles vont à la promenade , ce qui a toujours lieu en carrosse , sont coiffées en cheveux et vêtues de robes d'étoffes claires de différentes couleurs. Mais allant à pied, le matin, pour se rendre à la messe , elles ont conservé la mantiUe, ce costume noble et élégant, et des vêtements de couleur noire ou foncée. Une mantille avec de belles blondes revient , dans ce pays, de 120 à i^ pesos (660 à 825 fr.).
Contrairement à la règle générale , le costume des hommes a subi au Mexique plus de changements que celui des dames. Les hommes qui appartiennent aux classes supé«
rieures ont adopté l'habit français , le chapeau noir et les boites cirées pour aller en société : innovation qui ne date que de dix a douze ans. Avant cette épocpie, la veste courte en toile de coton à fleurs, le chapeau de vigogne et les souliers en cuir sans aucun vernis, étaient la toilette la plus élégante. Aujourd'hui ils ne conservent cette mise favorite que chez eux ou lorsqu'ils se rendent, le soir, couverts de leurs manteaux, dans des cercles familiers. C'est, du reste, le costume de rigueur pour monter k cheval^ mais la veste de coton à fleurs a entièrement disparu et est remplacée par une veste de toile blanche ou de drap.
Leur toilette de spectacle est aussi peu soi* gnée que celle de la promenade. Us y restent enveloppés de leurs manteaux et dans un nuage de fumée de c%garrito$.
Leur goût pour le spectacle n'est, du reste, pas trop prononcé; et l'opéra, quoiqu'il possédât quelques sujets distingués , n'était que faiblement soutenu. Les représentations n'ont
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lieu que deux ou trois fois la semaine, et sont entièrement interrompues pendant une partie de l'année.
Le principal amusement de la populace mexicaine, ce sont les combats de taureaux et de coqs. Ces récréations vulgaires inspirent du dégoût à l'étranger partout où elles ont lieu ; au Mexique elles révoltent d'autant plus, que la timidité et la faiblesse des taureaux indigènes en font une boucherie.
Les combats de taureaux (toros) ont lieu, à Mexico, dans un cirque construit en charpente et haut de trois étages, dont l'intérieur, disposé en amphithéâtre , peut contenir de 15,000 à 20,000 personnes.
Ces sortes de spectacle sont, au Mexique^ sous la protection spéciale du président 5 mais je dois faire remarquer, en faveur des classes supérieures , qu'elles n'y assistent que rarement, et que les loges qui leur sont destinées ne sont remplies que dans les occasions extraordinaires.
Les combats sont à peu près les mêmes que
ceux qui se donnent en- Espaghe : les loreadores viennent tous de ce pays , et sont vêtus du costume que Figaro nous a rendu familier 5 l'unique différence me paraît provenir de la pusillanimité des taureaux mexicains , qui ne sont ni aussi forts , ni aussi farouches que ceux d'Europe. Souvent la terreur ou la lâcheté du tara est telle , que le matador , celui qui doit l'achever, ne peut parvenir à le faire arriver contre son épée. Dans ce cas , le public mexicain déclare le toro indigne de l'honneur de mourir par la main du mathdory et les cris réitérés, de j Lazo! lazo! retentissent de^ tous les points de l'assemblée.
Les toreadores alors se retirent pour faire place à deux caValiers montés sur des chevaux vifs et fougueux et armés seulement de leurs lazôs. Les deux nouveaux acteurs cernent l'animal dans la course la plus rapide , tournant autour de lui dans des cercles de plus en plus étroits, et, avec la rapidité dé l'éclair, entourent de leurs lazos les jambes du taureau , qu'ils terrassent avec une facilité surprenante. Un
matador finit alors les tourments du malheureux animal , que trois mules richement caparaçonnées traînent au galop hors de l'arène , aux acclamations les plus bruyantes du public.
La passion pour les combats de taureaux a diminué chez les Mexicains > mais tous sont enthousiastes des combats de coqs, depuis le président jusqu'au dernier lepero. Le héros du Mexique, Santa Âna , que la faveur publique, en récompense de ses goûts si nationaux , a désigné de nouveau pour la présidence de la république, possède <^ette passion à un degré peu commun.
Les gageures dans la capitale et même dans les provinces, lors de ces combats , sont immenses ; des malheureux en haillons y portent de l'or, fruit de leur bonheur au jeu? ou de leur audace dans le vol.
Les coqs, avant que l'on arme leurs ergots d'éperons, sont lâchés l'un sur l'autre comme pour essayer leurs forces et offiir aux connaisseors le moyen de les apprécier et de se régler dans leur choix.
Les paris une fois réglés , le silence le plus profond s'établit dans l'arène. Sur un signal du juge , les champions , armés de leurs éperons, s'élancent l'un sur l'autre , et, le combat terminé , le coq vainqueur est proclamé avec enthousiasme et examiné avec les plus tendres soins par son heureux propriétaire , qui s'empresse de panser ses blessures.
Outre les combats qui ont lieu les jours de fête en public , en présence du gouverneur, du commandant et des autres dignitaires de la ville , il y en a de particuliers , où des virtuoses ambulants, leurs coqs sur le bras, viennent risquer leur fortune, sans cependant munir d'armes meurtrières les combattants , dont la conservation leur est trop précieuse.
Et c'est à cette occupation que se passe la vie entière d'un grand nombre des habitants de la république 3 le vol, le brigandage sont la suite de ce désœuvrement et de cette passion frénétique des paris et du jeu.
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