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CHAPITRE IX

liôpitatix. — GérémoBÎes religieuses.

Les établissements de bienfaisance du Mexique, comme les institutions scientifiques , ont souffert des troubles civils.

Le sentiment religieux , auquel ils doivent leur existence, seperd journellement, et n'est pas encore remplacé par cet esprit philanthropique qui lui a succédé dans les idées mo^ dernes.

Je fus cependant aussi surpris que touché de la manière huniaine et de la sollicitude avec laquelle les pauvres et les orphelins y sont traités par les dignes ecclésiastiques auxquels les soins de ces hospices sont confiés, guidés dans ces fonctions bienfaisantes par don Lucas Alaman , dont l'activité se manifeste partout où il s'agit du bien-être de ses concitoyens.

La nourriture, Hiabiliement et les bons traitements que les pauvres reçoivent dans ces établissements , surpassent ainsi que lesr soins et l'instruction qu'on y donne aux orphelins, tout ce qu'on peut attendre d'une contrée qui a eu tant h souffrir des guerres civilesy et dont l'insnfftsance des moyens qui en est résultée, se manifeste éous tant d'autres rapports.

( :L'hdpital d^ Im Purisimai dmeepcion de Jésus eslle plus remarquable de fies établissements, autant par Tondre etli^ libéralité qui y vègaent, qiie pnr le -ndm de son illustre fon-^ dateur.

Cet hôpital f construit aux frais de Certes sur le lieu même oii il fut reea par Monte-* zuma iors de sa première entrée a Mexico , a été soutenu jusqu'aujourd'hui ; par les dotations que l'illustre conquérant afTecta dans son testament à cette œuvre pielise.

Cet établissëmeirt fat recenstruit , durant mon séjour ^ par don Lucâus Alàman , plénipotentiaire du duc de Monteleone , descendant

et héritier du célèbre fondateur, qui depuis la révolution vit à Naples.

L'hôpital ne contient qu'un nombre peu considérable de malades , mais ils, y trouvent tout ce qui peut adoucir leur infortune.

Deux vastes salles , séparées l'une de l'autre par une chapelle , sont affectées chacune au service d'un sexe différent. Les lits sont en fer, et placés k une distance convenable les uns des autres. Le plus grand soin y est donné k la propreté , et tout est calculé pour la commodité des malades.

On conserve dans cet établissement , si digne de son célèbre dotateur, le portrait ori* ginal du jpieux héros.

Certes y est représenté en pied et complètement armé , si ce n'est la tête, dont les cheveux gris attestent autant l'âge déjà avancé que les soucis qui alors accablaient cet homme extraordinaire. La physionomie présente un air de mélancolie et de mécontentement. Dans ces yeux , qui paraissent errants , on ne re* trouve plus ce feu qui ^vrait déceler le ca-

ractère de ce héros homérique , qui alliait la valeur et la persévérance à l'esprit le plus subtil; on ne voit que l'image d'un homme cassé par les travaux et les chagrins , et chez lequel les souvenirs d'une vie illustre n'ont laissé qu'un sentiment de dégoût des vanités humaines.

Jusque dans ces derniers temps l'hôpital (ie la Purisima Coneepcion de Jésus possédait les cendres de Cortès, qui, comme Colomb, avait choisi sa sépulture sur les lieux de son illustration; mais ce dépôt sacré dut aussi souffrir de la fureur des factions. Le parti fédéraliste, dont la cupidité convoite les biens que Cortès légua a ses descendants , et qui , faible récompense de son insigne mérite , lui avaient été accordés par son souverain, ameuta contre le souvenir du grand homme une populace fanatique, et profita de son ignorance pour lui représenter le héros comme son premier et son plus ancien oppresseur.

Une masse stupide et aveugle allait profa-

LE MEXIQUE. lâl

ner les cendres du plus grand et , malgré les défauts du siècle, du plus noble caractère que l'histoire de la conquête du nouveau monde nous présente ; mais cet acte inouï de vandalisme fut arrêté par le dévouement d'un homme qui a voué un culte profond à la mémoire du héros , et qui parvint à soustraire a des mains sacrilèges ces restes précieux , dont depuis on ignore l'asile.

L'influence bienfaisante du clergé pour les ceuvres de charité n'a point diminué , malgré les changements survenus dans ses ressQurces. Quand on considère les bienfaits qui, dans des siècles reculés, ont uniquement émané des ecclésiastiques, on comprend leurs efforts pour acquérir le pouvoir et. en même temps les moyens de satisfaire les devoirs pieux qu'ils s'étaient imposés. Il ne faut pas que notre siècle ingrat oublie que c'est au clergé catholique , et surtout aux ordres monastiques , que nous devons la difiusion des connaissances dans les temps du moyen âge -, que c'est leur zèle qui nous a conservé tout

ce ipd nous reste de souvenirs des anciens ; que ce sont eux qui ont posé les fondements des sciences , et rassemblé les-matériaux sur lesquels l'étude et les connaissances s'appuient même de nos jours. Pardonnons donc si tant de mérites ont été obscurcis dans des contrées éloignées et dans des temps reculés par l'esprit resserré qui régpait alors , d'autant plus qu'ils en ont recueilli eux-mêmes les fruits ies plus amers !

Il est d'une triste évidence que les natifftts chez lesquelles le bigotisme a pris la place de la religion , sont celles qui sont tombées dans les plus grands excès.

L'Espagne , le Portugal , le Mexique , sié^ ges d'une inquisition sanglante , ont été les pays oïl les droits sacrés de la religion ont été le plus méconnus. L'Italie , la France , l'Allemagne catholique , où la censure théologique ne fht que rarement exercée, et presque toujours sans violence , où des persécutions pour cause de religion ne se présentent que comme des feits isolés et qui

répugnent à la masse, ont souffert defe' i^cousses religieuse», mais elles s'en 8<mi*<Mr^ jours relevées;

Ce n'est psfs le fanatisttiQ' espagnol que Ton d^tle plus reproicher au cletgë de'Mexicii; rinquisitioh y existait V"<naî** triôln^" leiriible qu'en Espagne .• SoW • tort * pirincipàt , c'est d'aTmr choisi pcmt* amener Flndien au culte chrétien, ilne voie! louable danà son intention , puisqu'elle avait ^cÂJit but de^^giier au CkristiMlisme' le c<»ur:t|es honjmes , que les missionfifàires d'une autre ctbyaiïùe , si i^épàndue anjouitl'hui , repoussent par leur àustériié; celte voie cependant devint pernicieuse puisqotls négligèrent de pénétrer ces hommes, arrachés k ridolâtrie, de la sublimité que le catholiciitn^pré^nte* H l'esprit en même temps que ses formes attachent le dOeùr.

Le rite latin â entraînant, qui'fcaptive 1-iw^ la plus légère , qui émeut le cœur lé

plus dur, perd au Mexique cette simplicité touchante pjir un appareil, dont les formes, sans conséquence dans les contrées oîi la re-

iiï LE MEXIQUE.

ligion est établie depuis des temps reculés « sont dangereuses dans ce pays, où elles flattent la propension qu'a pour les dehors du culte llndien , <{ui y borne ses devoirs , et en néglige la substance : conséquence des plus fit* nestes sur ce continent, où la religion est menacée par tant d^ennemis ouverts et cachés*

Le caractère des cérémonies religieuses au Mexique , difFëre essentiellement de celles de tous les pays catholiques de l'Europe , par le contraste triste et frappant qui existe entre les lieux où la croyance est innée dans lès cœurs* ^Ip' et une contrée où la masse ignorante li'en ob-

serve que les formes et n'y voit qu'un objet de curiosité et d'amusement. C'est dans les nombreuses processions ; que cette tendance se manifeste le plus , et leu^ fréquence nuit surtout à leur but.

Les plus solennelles auxquelles j'assistai furent celles de la Madona de loi Remedios et du Corpus Domini,

La Madona de los Remedios , patronne du Mexique , avait été transportée , lors de la

guerre avec la France , comme dans tons les dangers imminente , de son sanctuaire qui est hors de la ville , dans les principales églises et couvents de la capitale, où on la présentait alternativement à la vénération. Sa translation d'un lieu k l'autre ayant toujours lieu le soir, avec une solennité dont il est difficile de donner une idée , dura plusieiws semaines.

L'image miraculeuse était conduite dans un char attelé de quatre chevaux, et accompagnée de tout le clergé , des généraux et officiers supérieurs , et suivie d'une masse innombrable de peuple. L'illumination de toutes les fenêtres des mes où la procession passait , et • surtout les milliers de lanternes que portait le cortège , présentait un coup d'oeil éblouissant.

On déploie pour la procession du Caqms D&vfiinivin luxe vraiment extraordinaire. Celle qui eut lieu durant mon séjour, était des plus brillantes , quoique les circonstances^ devaient en avoir amoindri l'éclat habituel.

On y voyait ces ordres religieux si célèbres , qu'on ne retrouve plus aujourd'hui en Espagne.

Les Franciscains , cet ili^e si utile , dont les missions répandues sur tant de parties du ^be 9 et surtout en Orient , y enseignent l'Évangile au milieu des dangers et des privations , et dont Thnspitalité touchante s'étend sur tout pèlerin , sans considération de religion ou de patrie , marchaient en tête , vêtus d'un froc bleu , et non brun comme en Europe.

Je vis avec intérêt les nM^ioes de l'ordre bienfaisant de la Merced j institués pour 1^ rachat des esclaves chrétiens d^s les jÊtats barbaresques. Ils étaient suivis par ceux de Sa$Uo Domingo , de cet ordre autrefois si rer douté , dans les mains duquel reposaient les terreurs de l'inquisition ; puis des Carm^tes avec leur excellent prieur don Manudi de Jqbus, dont l'amitié me fut si agréable jet m utile.

Nombre de con^égations différentes sui-

vaieDt le cortège , mais composées de peu de religieux'.

Les ornements sacerdotaux du clergé étaient remarijuablespar leur magnificence. Le Saint- Sacrement était porté par le vicaire géné^ rai de rarchevéché , le dernier archevêque , Fonte , s'étant retiré en Espagne depuis la révolution, sans cependant donner sa démission, qui n'eut lieu que lorsque l'indépendsAce mexicaine fut reconnue par l'Espagne.

Le Saint-Sacrement était suivi par le président de la république , accompagné de trois de ses ministres, et d'une suite assez brillante de généraux «t d'officiers, tous vêtus des «niformes len plus riches et chamarrés d'or. Venaient ensuite la garde du président , avec le bonnet ^ poil pendu sur le dos au moyen d'une courroie attachée autour du cou , et plus de 3,000 hommes de troupes dif- £Srentes avec 30 pièces de canon.

^ On compte au Mexique quatorze paroisses , treize couvents de religieux, vingt-deux de religieuses, et six églises qui n*oiit pas le titre de paroisses.

Par toutes les rues et places où passe le cortège, il est garanti du soleil ou du mauvais temps par un baldaquin de toile blanche , à franges rouges, large de plus de quatre mètres, qui est attaché à des crochets fixés dans le mur ou k des poteaux plantés sur les places, n est tendu à une élévation telle du sol, que Ton peut voir la procession jusque du second étage des maisons.

On peut juger, par cet arrangement dispendieux , qui date des temps espagnols , de la magnificence qu'on déployait autrefois dans tout ce qui avait rapport aux cérémonies religieuses de la colonie. Ce luxe et cette pompe qu'un gouvernement arbitraire étalait autrefois au peuple pour le distraire de sa servitude, sont continués aujourd'hui pour lui dissimuler les plaies que le culte a souffertes.

Des églises ont été saccagées, des couvents démolis par ces mêmes hommes qui, lôrs du passage du clergé, se roulent devant lui dans la poussière.

Non , la religion ne demande point un vain

étalage de richesses dans un moment de misère pour se faire aimer et respecter.

Des concessions politiques , lors du gouvernement espagnol, avaient fait du clergé l'instrument du bras séculier. Le méridien tracé pour doter l'Espagne d'un monde entier, l'avait été par le chef de l'ÊgUse.

La révolution du Mexique , en secouant le joug étranger , brisa les liens qui l'unissaient au saint-siége.

Une main généreuse a renoué ces liens; elle a répondu par sa sollicitude, émanée d'un intérêt paternel et non d'un esprit de supré • matie, k l'abandon d'un peuple égaré. Grégoire XVI, en rattachant la république du Mexique au sein de l'ÉgUse , et sacrifiant les scrupules de la politique au bien-être de l'humanité , a rétabli le premier, par cette marque de sympathie , l'espoir d'un avenir plus heureux pour cette contrée , basé sur la religion et la morale , précurseurs de l'ordre public.

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