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CHAPITRE XIV

Excarsion aux ruines de Xochicalco et à la caverne

de Cacahuamilpa.

L'état d'irritation des habitants de la républicpie contre les étrangers , à cause des différends avec la France ^ rendait dangereuses les excursions éloignées de la capitale. Aussi me £ssuadait-on d'en«ntreprendre,si ce n'est en nombreuse compagnie.

Peu au fait encore du pays , je me laissai persuader de m'associer à quatre étrangers pour aller voir la caverne de Cacahuamilpa récemment découverte', et que Ton considère comme le souterrain le plus étendu que l'on connaisse.

Ce petit voyage m'offrait en même temps l'occasion de visiter les haciendas de azucar

« En r83J».

(plantations de sucre), ainsi qu'une des antiquités les plus célèbres de la contrée, les ruines de Xochicalco.

On connaît les désagréments qui sont la conséquence d'une réunion trop nombreuse de voyageurs; on jugera des dharmes que me procura la nôtre.

Nous partîmes dé )a capitale , mes quatre compagnons et moi , le 11 avril dans l'aprèsmidi. Ces messieurs, dont un était Anglais et les trois autres Écossais, tous négociants, avaient choisi les vacances de Pâques pour admirer les merveilles de la grotte et se procurer une récréation.

Notre train consistait en six domestiques et deux mules pour le bagage. J'étais , selon ma" coutume V armé jusqu'aux dents, et je vis avec satisfaction que ces messieurs avaient la plupart des fontes de pistolets a leurs selles.

'On s'arrêta, le soir, à San Âgbstin de las Cuevas , à quatre léguas de la capitale , dans une assez honnepqmda j pour y passer la nuit.

Mais ces messieurs ayant appris qu'un convoi partirait a onze heures du soir, pour Guemavaca, soua l'escorte de dragons, ne voulurent pas laisser échapper une rencontre aussi heureuse. On se remit donc en route 9 sans avoir égard k la fatigue de nos animaux. : i <

.Je vis alors à quels hommes j'avais affaire; maîs^ ne pouvant rien changer à l'état des choses , je me résignai à mon sort. Nous voici donc disposés en caravane , gravissant la cor-* diUère .sur des chemîns impraticables, réglant aotre marche sur. le coche en Vhonneur duquel L'escorte avait* été. requise. Mais le bon coche, quoique 4es pliis solides et: des plus lourds,' ne put résister aux perfectioM d'une route mexicaine , et le voilà renversé el une f roue . en pièc es .

. Deux. heures suffirent a peine pour aller cheircher des lUeroê^SL San Âgostin, en remplacement du coche. Nous eûmes donc à attendre l'escorte , mes quatre compagnons s'obstinant k ne vouloir bouger sans leurs

vaillants protecteurs. Dans cet intervalle, j'eus Toccasion de m'assurer de l'état des armes que ces intrépides voyageurs portaient dans leurs fontes , car l'un d'eux en tira un petit flacon de brandy.

Nous passâmes , a trois léguas de San Agostin , au relais d'Ajusco , où on atteint le point le plus élevé de la cordillère ; puis , à quatre léguas plus loin , dans un autre petit endroit nonHué Guarda , célèbre par les brigandages qui se commettent dans ses environs. U fallut traverser ensuite, .^près quatre autres Uguas de marche, une foret très-épaisse à Guicfailaque. Quelque fatigante qu'ait été toute cette route, les quatre dernières léguas , de Guichilaque à Guemavaca , furent d'autant plus pénibles , que la fraîcheur de la nuit avait fait place à la chaleur la plus forte , et qui devenait d'autant plus insupportable que nous approchions des tierras calientes , en descendant la cordillère.

Enfin , hous arrivâmes , a onze heures avant midi , à la ville de Guernavaca , après avoir

fait avec les mêmes montures dix-neuf léguas en quatorze heures, sans leur avoir fait prendre un quart d'heure de repos durant les quinze léguas qui séparent cette dernière ville de San Agostin.

On se figurera facilement l'état dans lequel étaient ces pauvres animaux , quelque accoutumés qu'ils fussent à la fatigue. Car, quoique l'usage au Mexique soit de faire dix et même quinze léguas par jour avec la même monture, on ne les force pas au commencement du voyage, comme l'avaient fait mes vaillants touristes.

Les chevaux sont très-durement traités au Mexique , mais il semble que ce soit à leur avantage, puisqu'on en trouve de vingt- deux et même de vingt-six ans , aussi dispos et vigoureux que le sont chez nous ceux de six à huit.

La manière de voyager du Mexicain est de partir avant le jour, et de continuer sans relâche jusqu'à la station , qu'il tâche d'atteindre avant midi.

198 L£ H£XIQU]i;.

> Une fois arrivé, on promène son cheval ià peine deux minutes ;. on le^débarrasse enamiie de sa seljie et des autres parties de son harnai- ^hement, puis on le conduit, quelque échauffé qu'il soit , à la fontaine ou à une civière pour y bqire à volonté. t i . .

..Rafraîchi, le cheval se roule sur le fumier ou sur, le sable du pattQ (dc^ larCpur)^ On lui donne alons sans plus attendrie sa ration de maïs, qui dans cerpj^ys remplace l'avoine , et en même temps du foin. Ce pansement une fois, fait, personne ne s'inquiètei plus 'de l'animal jusqu'au lendemain matin. On.hn donner alors une -nouvellet* ration, on le fait boire, et, après; l'avoir essuyé avec ua peu de paille , il est sellé , et ses fatigues recommencent pour ne cesser qu'à la station aui-r vante. . ( . ' a :»*i ;•; . i*«

C'est ainsi qu'arrivés à Guernavaca les mozos (domestiques) de nos quatre messieurs , après s'être occupés quelques instants de nos montures , s'étendirent sur leur serapes ^ et ne s'inquiétèrent plus ni d'eux ni de leurs maîtres.

us MEXIQUE. 199

La mezan (auberge)"OÎi nous descendîmes était des plus mal tenues; où ne pouvait pas même s'y procurer un verre d'eau. Entassés dans une seule chambre , nous étions loin! de nous' trouver à notre aise, surtout mes quatre compagnons ^ qui ne s'entretenaient que dcis mauvaises dispositions que les habitants de Guemayaca avaient de tout temps* témoî'gnées contre les étrangersi.

, il est vrai que Tesprit de cette ^viUe, qui peut contenir de 5 à 6,00& habitants, est des plus agités y et elle a été la scène de plusieurs pronuneiamieiiU9$ (révolutions). <

Si l'état de nos montures l'avait permis , mes -quatre héros auraient décampé sùr-'Iechamp , ou plutôt rebroussé chemin pour la capitale^ s'ils • avaient retrouvé leur chère escottev -^ ',

J'étais surpiîs de cette pusillanimité dans des individus de deux nations aussi énergiques^ et courageuses ^ue TÂngleterro et 1^ cosse , et je fus à même de remarquer Finfluence que les exemples du peuple che2

aeO LE MEXIQUE.

lequel on vit exerce sur les hommes même les plus jaloux de conserrer leurs moerors et leur caractère tiationaux intacts.

Les alarmes de mes braves furent à leur comble, l'un d'eux ayant entendu un Mexicain s'écrier : /C-rr-jo^ e$tranjero$!, Aussi un conseil fut tenu en mon absence , où Ton décida que Ton partirait le lendemain de trèsbonne heure , pour se rendre directement à la caverne de Cacahuamilpa , sans s'arrêter pour visiter les ruines de Xochicalco.

Ce plan n'étant pas celui que je m'étais tracé , je déclarai nettement que je m'exposerais k voyager seid , plutôt que de renoncer à cette intéressante visite à cause de leur pusillanimité.

Nous partîmes, le 13, pour la haci^if^ de Temisco , distante de deux léguas de Guer* navaca. Xjc chemin qui y conduit estun ravin profond que rendent encore plus difficile les pierres et les rochers dont il est obstrué.

Nous fumes reçus avec prévenance par le propriétaire de cette hacienda, sur une lettre

de recommandation que lui présenta un de nous , et il nous montra sa belle plantation de sucre dans tous ses détails.

J'y trouvai une des nombreuses preuves qu'au Mexique c'est dans la fertilité du sol qu'il faut chercher la véritable richesse; c'està-dire dans l'agriculture qu'ont fait si longtemps négliger les mines sur lesquelles s'était portée toute l'industrie du pays.

Les troubles civils ayant diminué les produits qu'on trouvait dans l'exploitation des métaux , les mines sont aujourd'hui presqu'entièrement passées dans les mains de compagnies étrangères; il en résulte que toute la contrée se trouve exposée à sa ruine : conséquence qu'elle n'eût point eue à redouter, si les ressources moins brillantes , mais plus sûres , que présente la culture du sol n'avaient été de tout temps dédaignées.

Malgré des circonstances aussi défavorables, malgré l'anarchie de la contrée et Foisiveté de ses habitants , on peut se former une idée dçs ressources que ce pays merveilleux

m XJS MEXIQUE.

possède , en pensant qu'il «xiste de «simples iennes, comme celle de Temisco^ qui produisent chaque année jusqu'à 22v000 panes de azucar (pains de sucre)) dont chacun pesé de il à 12 kilogramme^, et dont Varroba (enyi^ron 12 kilogrv 5 hectogrv) se vend sur pla»:»^ à raison de 2 pesos (1 4 ir ;)., ce - qiâ àmMie un revenu brut annuel de 40,000 - pteos ( 220,000 fr . ) . Cettô plantation n'est* m&OÈe pas eiv^ore une^des plus considérables^ mais le sucre que l'on y produit est le plu9 blanik: et le plus beau que l'cm^ puisse trouyer dMis qu'il ait été raffiné, ce «qui < est particulièrement dû a la qualité de la terre' don t^ sont faits les vases qui servent à le filtrer^ '

Les procédés suivis pour la fabrication du sucre sont les mêmes que ceux que* j'ai décrits dans mon Voyage à la Havane^ si* ce n'est que les moulins de cette ftacte^da^ qui se trouve située près d'une petite rivière , sont mus par l'eau et non par des animaux.

La différence principale est dans les frais de production , les plantations de la Havane

étaat cultivées par des esclaves , tandis que celles du Mexique le sont par des ouvriers libres, hommes des plus insoumis et des plus pervers , surtout dans cette partie du territoire, au midi «de la capitale, foyer perpétuel de révolutions^ et où les Indiens sont trop rusés tpour se laisser 'prendre par les subtilités que les propriétaire» employent dans les départements éloignés.

L'ouvrier ne travaille donc ici qu'autant que la faim l'y porte ; il ne reconnaît aucune supériorité à celui qui l'emploie*, et Tabandonne aînst- que son travail j qu'il soit achevé ou non, dès qu'ilpeut se livrer à ses passions dominantes , le jeu et la boisson. Quiconque a été à même de connaître le caractère du bas peuple mexicain, trouvera la sévérité donfeiles Espagnols usaient envers eux, motivée sous bien des rapports, et ne s'étonnera pas que les hommes employés à la fabrication des objets de première nécessité , telle qu'à celle du pain , fussent traités en prisonniers , sans pouvoir sortir d'un pareil établissement.

aOi LE MEXIQUE.

Malgré toutes ces entraves, la différence entre la production de la Havane et celle du Mexique n'est que de 17 p. 0/0. Les frais de travail de l'esclave montent à 55 p. 0/0; ceux de l'ouvrier libre s'élèvent à 50 p. 0/0'.

Notre hôte , après avoir fait les honneurs de son établissement, nous fit encore ceux de sa table ,* qui , en raison de la célébration du Vendredi-Saint , n'était servie que de maigre .

Nous assistâmes à Temisco aux cérémonies religieuses de ce jour, et ce fut avec regret que j'y remarquai la même pompe , ou plutôt l'étalage dont j'ai déjà parié dans d'autres occasions, et qui, surtout dans les campagnes, se retrouve tel qu'il existait en Europe au moyen âge.

J'avais déjà pu faire ces observations , le soir précédent à Guernavaca, au sujet d'une procession où les costumes copiés de la Bible ,

* A l'île de Cuba , on évalue le 'coût d'un escfave travaillant dans les plantations à i réal (68 cent.) par jour; tandis que le salaire de l'ouvrier libre dans les haciendas de azncar du Mexique s^élève à enriron 4 réaux (a fr. 75 c.)

pour représenter les mystères , étaient aussi fantastiques que l'habillement blanc des vierges indiennes était grotesque avec leurs visages basanés.

Je pris à Temisco la liberté de me séparer de mes aimables compagnons , que je devais retrouver h la hjodwàa de San Gabriel, éloignée de liuit Uqua&y où ils voulaient se rendre directement , pendant que je ferais un détour de trois ItquoA pour voir les ruines de Xochicalco. Je laissai mon train avec eux , croyant épargner un peu de chemin k mes pauvres animaux, et je partis, à trois heures deTaprèsmidi, accompagné d'un guide que le haeendero m'avait fourni. Le chemin inégal et aride, au milieu de pierres et de rochers, sans arbre ni autre verdure, me rappelait les environs de Bethléem dans la terre sainte. Cette ressemblance devint des plus frappantes, lorsque je rencontrai dans ce désert , après un trajet d'environ deux legtitas et demie , une petite rivière très*peu profonde, mais dont le lit était si large , qu'elle formait de petits

îlots qui , cultivé» par les Indiens d'un village voisin, se présentaient comïhe des oasis, semblables à celles nommées les- Jardins de Sale- .mon , non loin des étangs célèbres creusés par ce roi dans les environs de Bethléem.* * «

Quel contraste offre au milieu de l'^au cette verdure, avec les* rivages arides et élevés de la rivière, qui t cependant sont ^ couverts* de quelques arbres dont l'eau dans la saison dés pluiesfa mis k découvert les racines, énormesf 4

Enfin j'arrivai après uii trajet de trois hgiÊMs de^lsL' hacienda à Un endroit entièretneht^peu-^ plé par des Indiens. «Teus beaucoup dé peine » mepi^Gurer un -guide pour les ruine», toute la* population* étant occupée à tresser des guirlandes de fleurs pour les 'fêt^.< J'essayai d'engager par des. prières le juez de paz qui d»^ rigeait ce travail , de m'en procurer «un j mais mes bons Indiens , -malgré leur politesse, se mirent à me rire au» nez* ? No hay ( Il n'y en a pas) , réponse favorite de l'Indien pour tout ee qu'on lui demande. ♦ ^

Je tenrtai alors un autre m^^yen* qui m'i^ait

souvent réussi en Orient; je le pris sur le ton des bons^eux temps espagnols-, et de suite j'en recueillis les fruits.

On fit donc appeler un Indien, mais des plus répugnants, couvert d'un exanthème bleu, maladie trës-commune chez les Indiens , que l'on appelle alors ^in^o«. Cette éruption est contagieuse et on ne connaît pas de remède pour la guérir. De même que chez les Indiens du nord de rÂméfique, il fallut, passer par les poignée de main» que le nouveau venu donna k toute la compagnie , en même temps* qu^il réqi.tait uae s(urte« de chant auquel les &nitres répondaient alternativement,- ceque^ naon guide de Temîsco joae ditiêtre VAte Maria en langue mexicaine. Ces- compliments et cérémonies achevés ^ et le prix » que j'aurais* k lui payer fixév nous nous mîmes 'enfin en route , l'Indien avec ses sandales courant plus Vite que nos animaux^

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