‹ Le Mexique, souvenirsChapitre 28 sur 34 · G L£ ME^K)UE · texte numérisé non relu

G L£ ME^K)UE

Ëntia, le i«' octobre, 1'^^ était suffisamment descendue, pour permettre de passer la rivière; et nous atteignîmes, r^qprès 'quatre ou cinq- le^fua^ Bjiena -Vista , endroit Hfâà ;consiste seulement en quelques huttesc > 5' > . '-

Acaponeta est ^ k . onze : à douze' léguas de Buena Vifita, en ligne.directe, passant par San Françescp. Msùs le» marais rqui 'ie^ trouvent sur cette roate noud forcèrent de fèiire un détour de plus de trois )0gua» par le rango^ Ael Cojpte, e]|^mîii:\des) pkis horribles^ ou -nous ewaes yingt à trente ruisseaux débordéi à franchiri.--;T-,3; m- a- - îî.. ^ t^i j >■ •

J'avais done été ^bMgét^ Êdrevce.jour, près de vingt léguas. Enfin nous aperçûmes la ville d'Acaponeta ; mais il fallait encore passer sur des canoës le large Rio de Acaponeta, la ville pétant sur la rive ( drdite de ce fleuvje, ce qui nous arrêta deux heures entières. ' U était nuit quand nous arrivâmes à Acaponeta , ville très-vive qui coilipie - au plus 4,000 habitants du caractère le «plus dangereux, et des mœurs les plus dissolues, oîi je

passai une triste nuit dans une maison délabrée.

Je dus me défaire ici de mon dernier fno%o, qui trouvait cette ville dépravée à son goût pour y dépenser ce qui lui restait du vol de Guadalaxara , auquel il avait pris part avec ses ^e,vçL camarades , comme j'appris par les oftrieros, lQ];squece malheureux m'eut quitté.

Je continuai donc le lendemain av,ec cesdeux hommes , qui étaient d'une lenteur désespérante,, mais, du moins, ni voleui^sni assassins , se contentant de leur petits profits d'habitude.

Je n'avançai ce jour que de trois à quatre ^ /e<)rua& jusqu'à Bajona , huttes peu nombreuses d'Indiens , près du fleuve de la Bajona , autrement Rio de las Canas , qui forme la Umite entre les départements de JaUsco et de Sinalaa. Nous traversâmes le fleuve à gué, et nous passâmes la nuit à une demi-legua de là dans quelques huttes isolées.

Désirant arriver le 5 à Escuinapa , je partis à quatre heures et demie du matin. Mais bientôt nous fûmes arrêtés par des marais et

exposés à une averse et k une tempête si vio^ lentes que les arrieros déclarèrent que ce de* vait être le Cordcnazo, cet ouragan terrible qui , tous les ans, vers la San Francesco, finit la saison des pluies. Toute la contrée était sous eau, et nous ne réussîmes qu'avec la plus grande difficulté à sortir des marais et à nous frayer une route parmi les haies et les buissons pour arriver aux montagnes situées a l'est du chemin.

Trempés comme nous l'étions , les broussailles arrachaient encore nos vêtements ; en^ fin nous trouvâmes uni abri à Piedra Gorda, après une marche horrible de neuf à dix léguas.

Cet endroit ne consiste qu'en quelques ranges et est évité par tous les voyageurs par rapport ru perjuicio (insectes) qui l'infeste, particulièrement les mosquitos. Le nom de Piedra Gorda lui vient de quelques rochers isolés 9 qui sont a une petite distance. En passant près d'une petite rivière qui y coule, nous vîmes plusieurs demoiselles de l'endroit, sorties du bain , et assises sur l'herbe dans le

costume complet des nymphes ^ et <{ui , sans qiie notre présence les gênât le moins du monde, continuaient a laver leurs longs cheveux.

Les arbres étaient couverts de centaines de petites perruches vertes , et dans les marais nous avions vu des oiseaux aquatiques des couleurs les plus vives : le plumage de quelques-uns était tout rose. Mais j*étais insensible k toutes ces beautés de la nature ; il me faUait avant tout un peu de repos , car à la fièvre qui ne me quittait pas s^alliait l'irritation causée par la piqûre des mosquilos.

Tous les habitants de la cabane où nous fumes reçus, couchaient pêle-mêle, dans un état complet de nudité. On peut les considérer comme vivant dans le désert 3 l'église la plus proche est ceUe de la ville d'Escuinapa , qui est à huit léguas de distance .

Parti de Piedra Gorda lé jour suivant , j'eus encore à traverser des marais pendant l'espace de quatre léguas; mais ils présentaient moins de difficulté , la pluie ayant cessé

avant notre arrivée a la viUe d'Escuinapa ^ 4#nt les maisons sont b&en. construites j mais, placées de lai manière la plusiàrcégulière, chacune étant isolée et hors d'alignement.

Cette iFiUe est le pnevâer; lieu considérable ' où je passai datas le département de Sinafea. £Ue est 1 située sur la -lâvei gauche d'une -rivièr^e q^ l'Qn.peut traveitseriit gué. J)9 continuai. ma rrouteyers la vUle de Rosario pour y apprendre des nouvfvll^St sur les ^mouvements d'Urreà,, qui^ d'apr^ les hruits^ qui circulaient à Escuinapa ,( «devait être dans les environs de cette viU^ , let en présence des troupes qu'on avait pu rassembler au nom du gouvernement central.

Toute la contrée était en alarme, et les jaunes gens se cachaient pour ne pas être forcés d'entrer dans la troupe.

Nous eûmes ensuite d'autres lagunes à traverser, mais c'étaient Içs dernières d'eau douce avant d'arriver à celles fondées par la

Je n'ai aucun indice sur le nombre des habitants d'Escuinapa .. je dente cependant qu'il dépasse 2 à Sc^o^* - ^ '

mer. La contrée prend près de ce point 'un autre aspect : juscpi'alors la route passait con« tiiiuelleiiient par des marais-^ des* prairies et des forets primitives^ delà Végétation: la plus riche, remplies de iplatotes qui répandaient une odeur des plus fortes; ;• ^u

Le guaco surtout, dont l'arôme est: des plus pénétrants, s'y troiive en grande abondance.

Cette plante ' et sa racine sont le remède le plus efficace qui existe contre la morsure des reptiles venimeux qui infestent cette con* trée.. £Ue ne croît que dans les iterrai caUente$, où sa présence indique toujours celle d'animaux venimeux; on emploie ce remède autant en breuvage qu'en l'appliquaAt sur la plaie ^.: ^ :i *

^ Les Indiens se servent du guaco en frottant avec son suc frais la morsure de l'animal venimeux ; mais l'usage général est d'en distiller la racine dans de Teau- de-vie , et d'en frotter la partie blessée en même temps qu'on en boit quelques gouttes. Je ne puis douter de l'efilcacité de ce remède, ayant. connu une personne qui, mordue sur la côte de la mer Pacifique par un alacnm (scorpion) , et seo*tant les douleurs dans les membres et Ja pesanteur de la langue qui se manifestaient alors , fut de suite rétabli par l'usage de ce remède, sur. lequel je ne saurais suffisamment appeler l'attention des médecins. Il court au Mexique une tradition que cette plante salntaire

Après Escuinapa le payd deTÎiit moins sauvage , mais plus montueux et hérissé de rochers. Les rivières ne sont plus si abondantes et deviennent même rares, et le' peu d'eau qu'on trouvera un goût saumâtre.

Quelque détestable que fussent les routes sur ces montagnes et ces rochers , j'étais cependant heureux d'avoir passé la région pestilentielle des marais. Enfin nous arrivâmes au fleuve qui coule près de Rosario et qui est des plus larges , quoiqu'il soit guéable même pendant la saison des pluies. Mais il nous fallut un guide pour nous conduire par les eildroits les moins profonds , et les détours qu'il nous fit faire pour en opérer le passage , par l'eau et les bancs de sable , furent de plus d'un

aurait été découverte par uu oiseau de Tespèce des milans , nommé guaco, et qu'un berger, présent à un combat de cet oiseau avec un serpent , aurait observé que chaque fob que le serpent avait blessé Toiseau , celui-ci volait vers la plante , en mangeait , et en mettait ^ans sa plaie à l'aide de son bec ; puis retournait à la charge jusqu'à ce qu'il eût vaincu le serpent. Sans examiner le degré de probabilité de cette petite histoire, il est cependant constant que cet oiseau , qui se nourrit des animaux les plus venimeux , se préserve des conséquences par l'usage de cette plante.

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kilomètre. Le courant était très-rapide , et s'élevait parfois jusqu'à l'épaule de nos animaux.

Arrivé k Rosario , je me trouvai si mal que je jugeai indispensable de prendre un ou deux jours de repos. Je laissai donc mes mules avec les arriéras^ et je me traînai seul à pied a la ville.

J'entre dans plusieurs maisons , espérant y trouver l'hospitalité; mais on semble ne point me compriendre. Je trouve enfin une tienda (boutique), où on me conseille de m'adresser dans telle rue a una $enora, qui reçoit des étrangers. Je m'y rends. Mon costume était peu fait pour prévenir en ma faveur; ayant perdu mon chapeau, je l'avais remplacé par un mouchoir; mes habits étaient déchirés presqu'en lambeaux , et couverts de fange. Je me présente chez la senora. C'est une bonne grosse Mexicaine , mais qui me regarde d'un œil soupçonneux. Je demande si elle peut me recevoir. Elle refuse , et allègue que sa maison est occupée. No hai.

Je vois dans la chambre un grand mon-

ûevLV k l'air étranger; il écoute noire conversptiojQ ^ mais nts dit mot. J'insiste près de la diame , elle refuse positivement. Je sors tout triste » et pouvant à peine marcher. A vingt pas 9 j'entends qu'on me rappelle. Çe&% le grai^d monsieur qai^ me suit , et s'adresse à moi en mauvais espagnol : « Vous êtes malade , Monsieur ? » Je réponds avec la même perfection linguistique, ir Vous le voyez. — ^Eh bien , me dit-il , entrez avec moi. Je couche sous ce vestibule ; il y aura de la place pour nous deux. »

. Je regarde cet homme 9 qui veut se; gêner, partager sa petite demeure avec un inconnu.

Les derniers dix jours m'avaient montré la nature hunaaine si perverse , que je doutais que des sentiments humains pussent encore exister. J'accepte avec reconnaissance. La femme change de ton; j'envoie chercher mon train ; je m'établis près de mon protecteur.

C'était un Français , un enfant de Paris !

Dans des pays lointains et où lies commodités de la vie ne se rencontrent point, le

voyageur se trouve obligé de recourir à Thospitàlité de personnes sur la bienveillance desquelles il ne possède aucun droit , et pas même la chance de pouvoir la leur rendre, n en résulte parfois pour l'étranger la crainte d'abuser d'une réception qui lui impose des obligations. Mais il existe un accueil, et tel fut celui d'Alexandre Sellier an Rosario, qui par son abandon délivre de toute appréhension d'être à charge , qui* fait que la re^ connaissance ne pèse point.

Je m'arrêtai un jour à Rosario, dont le climat tpius sec et plus sain me fit autant de bien que l'acceuil si franc et si cordial de mon bon Parisien . ' ' » •

Rotôrio , k sept léguas d'Esc^uihapa , est dans une belle situation , sur la rive ' droite du fleuve ; entre des montagnes. 8a population doit. être de plus de 5,000 âmes. La ville est bien bâtie et présente>un aspect de' prdpreté. Il y avait autrefois des mines considérables d'or et d'argent , mais qui ne sont plus exploitées. On m'assura que même le gravois

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dans les rues , contient du minerai. On trouve aujourd'hui encore beaucoup d'aisance dans cette ville, et même des personnes assez riches. Elle est le centre du commerce entre le port de Mazailan et les villes de l'intérieur .

J'y fus agréablemjent surpris par la nou^ velle qu'Urrea venait d'être défait par le général Alcorte , a quelques kguas de cette yiUe, près d'un endroit nonuné la Quebrada, et que je pouvais sans obstacle continuer ma route.

Je trouvai au Rosario deux des principaux négociants, d^ Mazatlan , qui s'y étaient réfugiés, et qui, comme tous les lâches, y retournaient avec d'autant plus de triomphjî que leur peur avait été grande.

Le jour de repos que je venais de prendre suffit par son agrément et les soins dont oa m'entourait pour améliorer sensiblement ma santé.

Je partis donc le 6 octobre et passai suc-^ cessivemait par el PotreriUo, a quatre léguas

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de Rosario, et qui ne consiste qu'eu quelques ranges, dans le voisinage desquels l'action entre Urrea et Alcorte avait eu lieuj el Rango la Casa de Teja, de quatre a six léguas plus loin, et a deux léguas d'un village, el Rincon. Quelques huttes nommées la Canita sont à une demi-I^^ua de cet endroit. On compte quatre léguas de la Canita à el Presidio de Mazatlan , qui est une ville bien construite avec quelques rues larges et bien alignées , et de vastes maisons. Sa population a dû être considérable , mais elle est actuellement très - diminuée , et le nombre de ses habitants s'élève k peine à 1 ,500.

Comme partisans d'Urrea , la plupart d'entre eux venaient de prendre la fuite , et ceux que nous trouvâmes ne donnaient pas une bonne opinion du reste.

Nous étant mis le lendemain de bonne heure en route , nous arrivâmes , après une demi- I^^ua^ au fleuve si large et si rapide de Mazatlan. Il est des plus dangereux a tra-

verser si on ne connaît pas exactement l'endroit où il est guéable.

Mais les habitants de cette contrée sont d'un si mauvais naturel , qu'aucun d'eux ne voulut nous l'indiquer. Ils s'assemblaient sur le rivage , se moquant de nous. Des marchands de bœufs qui venaient derrière nous et qui connaissaient le fleuve, s'arrêtèrent pour que nous ne pussions les suivre. Us espéraient que le maudit estrangero, ou du moins quelqu'une de ses mules , se noierait.

Nous passâmes cependant sans accident, poursuivant notre route par une contrée montueuse et dépourvue d'eau pendant cinq léguas.

Nous n'étions plus qu'a trois Uguds de Mazatlan , et j'aperçus avec joie la montagne au pied de laquelle ce port est situé.

Mais je devais boire le calice jusqu'à la lie. Entré dans les dunes où la mer forme des lagunes pendant la marée , le reflux nous y surprit , et couvrit d'eau notre route. Nous ne savions plus comment sortir. Prenant une fausse direction , nous nous enfonçâmes dans

une place trop profonde , d'où nous ne parvînmes à retirer les mules qu'avec les plus grands efforts. Nous y réussîmes pourtant, mais presque tous mes effets avaient été gâtés par Feau de mer. Ayant heureusement gagné une petite éminence , il fallut y attendre le refluiL pendant deux heures.

Enfin l'eau baissa et nou^ atteignîmes bientôt , après cette dernière disgrâce , le but de mon voyage , el puerto de Mazatlan , la vue de l'immense mer Pacifique qui se présentait la première fois a mes regards , compensant toutes mes peines.

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