CHAPITRE XXXI
Conclusion.
L'état actuel du Mexique ne peut continuer .
L'empire puissant des Indes ne pouvait rester colonie. Il secoua le joug.
Une masse ignorante ne peut se gouverner elle-même. La république tombera.
Le Mexicain-Espagnol est né dans le principe monarchique , il est fait pour ce gouvernement. Il faut qu'il y retourne , ou , de colon qu'il fut de l'Espagne , il deviendra le paria de l'Anglo- Américain.
Ces idées de liberté , de souveraineté dans la masse qui s'exécutent chez le puritain avec un succès encore équivoque, ont entraîné le descendant de l'Espagnol , d'un caractère plus véhément, avec les passions si vives, à sa perle, et ont placé une nation aux sentiments
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nobles et généreux , dans un chaos de désordres et de crimes.
Malgré les taches dans le caractère du Mexicain, il existe dans cette nation des genûes avantageux, qu'un gouvernement égoïste et éloigné ne voulut, que le règne des factions ne peut développer.
Le Mexicain possède en général un esprit délié, [une conception facile. Les qualités du cœur ne sont point développées , mais elles existent ; la sensibilité est étouffée par la légèreté du caractère , mais non par cette écorce d'égoïsme qui entoure celui de l'Anglo-Américain. Il ne possède de celui-ci ni l'énergie ni l'activité , mais non plus la dureté et cet esprit de calcul qui s'étend sur toutes ses actions.
On impute aux Espagnols d'avoir semé la plupart des défauts dans le caractère des Mexicains , mais on ne peut les accuser de tous les maux qui pèsent aujourd'hui sur leur ancienne colonie.
L'étal de l'Amérique Espagnole était in-
juste, mais il n'était point malheureux. La passion des conquêtes , qui dominait dans les siècles reculés, ne vit dans l'Amérique qu'une nouvelle possession , qu'un accroissement de puissance et de trésors pour la métropole.
Le gouvernement espagnol avait donc uniquement en vue la conservation de ses colonies et d'en tirer le plus d'avantages possible.
Ce principe fiit la source de l'asservissement physique et moral des populations de ces contrées. De là ressortir ent l'ignorance que l'on ne combattait que faiblement , l'immoralité que l'on tolérait , l'inertie qu'on aimait à voir dans le colon.
Tels furent les germes funestes greffés sur l'Américain espagnol par un déplorable égoïsme , pour étouffer les lumières , pour avilir le moral, pour affaibUr le physique.
Mais là se borne le tort de l'Espagne , et, quelque condamnable qu'il soit , elle en subit aujourd'hui la peine.
Vis LE MEXIQUE.
Privé des trésors de ce nouveau monde que l'Espagnol avait considéré pendant trois siècles comme sa ressource principale , et négligeant celles que lui offirait sa propre patrie, il se trouve aujourd'hui en arrière de ces mêmes nations dont , au temps de la conquête de l'Amérique , il était le glorieux rival.
Cette nation , pleine de foi pour son monarque et sa religion , au caractère si vaillant^ n'a conservé que la dernière qualité ; mais du glaive vainqueur des Maures elle se déchire elle-même aujourd'hui.
Le gouvernement jadis le plus fier du lustre qu'il dérivait du souverain le plus puissant de la terre , flotte dans nos jours au gré d'une démocratie effrénée et de soldats ambitieux !
La foi religieuse est remplacée par le mépris du culte.
Telle est la Némésis qui a rendu avec usure
à l'Espagne le mal qu'elle avait porté k ses colonies.
Mais n'aggravons pas ses fautes par des reproches sévères; reconnaissons plutôt les soins qu'elle avait mis à mitiger les suites de son égoïsme.
L'Espagne, tout en flétrissant le colon et le sacrifiant aux exigences de la métropole, portait cependant de la sollicitude a son bien-être matériel autant qu'il était compatible avec les intérêts qu'elle poursuivait.
Des lois calculées avec équité sur l'état dans lequel vivaient ces peuples dépendants, y maintenaient l'ordre et la sûreté .
L'instruction élémentaire y était établie , et des sciences d'une utilité reconnue y étaient cultivées.
La différence des castes existait , mais elle pesait moins que celle qui existe encore aujourd'hui entre le blanc et l'homme de couleur aux États-Unis de l'Amérique.
Les privilèges des classes supérieures ne pouvaient affecter des hommes nés dans l'habitude d'admettre des prérogatives , accoutumés à considérer l'Européen comme supé-
rieur, tel qu'il Tétait en effet par son éducation et ses autres qualités.
De plus, on ne connaissait point au Mexique cette morgue que l'on trouve parmi les classes privilégiées des différents pays de l'Europe , la superbe Albion en tête. Une politesse mutuelle , un certain abandon , étaient innés au créole , et durent se retrouver naturellement dans l'Espagnol, chez qui ce ton semble avoir pris sa source.
Mais le système suivi par l'Espagne n'entre dans ma matière qu'autant qu'il influe sur l'état actuel du Mexique , et l'effet qui en résulta depuis que les causes ont disparu avec la domination de la métropole.
Les événements en Espagne , lors de l'occupation de la Péninsule par les armes françaises, dessillèrent les yeux de ses colons.
L'esprit national qui se développait en Espagne contre une domination étrangère , s'y manifestait par l'institution des juntes, qui voulurent exercer un pouvoir , contesté dans
la métropole même , sur les lieux qu'ils en considéraient comme dépendant.
Un sentiment de dignité jusqu'alors inconnu , d'amour-propre blessé , se développe dans les colons. Ils reconnaissent enfin l'humiliation de leur dépendance , ils la sentent vis-à-vis des juntes.. L'éclat de la royauté, quoique éloignée, les avait éblouis jusqu'alors.
La classe même qui forme le soutien le plus ferme des monarchies, les prêtres, la seule parmi les créoles qui était à même de penser et de juger, se place a la tête d'une insurrection , dont le but est uniquement l'indépendance du Mexique , et non l'établissement d'idées démocratiques. Des maximes ne sauraient agir sur une masse d'Indiens abrutis; l'intérêt, l'abolition de certains impôts , durent les amener au soutien de la cause.
Depuis 1810, la discorde règne dans la Nouvelle-Espagne. Les deux principaux chefs de cette première insurrection, Hidalgo et Morelos succombent ; mais leur chute , leur
fin déplorable, ne termine point ces troubles nés d'un esprit dïndépendance nationale, auquel s'allient les haines , les ambitions personnelles et la satisfaction que trouve l'ignorance dans la destruction et dans l'esprit d'anarchie.
Le rétablissement de la royauté en Espagne ne put finir ces maux; l'ingratitude d'un monarque qui oubhait les promesses faites dans Padversité, n'étaitjpas propre à ramener sous son sceptre des contrées avi- Ues sous le joug étranger, et qui se sentaient relevées par leurs efforts pour le secouer.
Deux nations , l'une l'ancienne rivale de l'Espagne , l'autre voisine du Mexique , attisent ce feu qui sert à leurs intérêts. Ib introduisent chez les Américains espagnols des idées jusqu'alors inconnues à ces hommes arriérés.
Des maximes démocratiques s'unissent au but d'indépendance.
La lutte continue , lorsque de nouveaux événements dans la métropole, suite de
l'ineptie et de la mauvaise foi de son gouvernement , font pencher la balance en faveur des Américains.
Un homme s'élève , jusqu'alors partisan le plus fervent de la domination étrangère, tant qu'il la crut favorable à ses intérêts; il la quitte; il déclare l'indépendance de la colonie , au moment qu'il croit propice pour s'en doter lui*même comme souverain.
Il trace le Plan d'iGUALA , il se couvre de l'égide de la religion , ou plutôt de l'intolérance; il affecte la fidélité a son monarque pour masquer sa trahison , et cache le despotisme sous des formes populaires. Mais ce plan, preuve du manque de sincérité comme du génie d'/lurbida^ contient ce qui aujouf-d'hui même peut former Vtmiquti^ base de salui pour le Mexique.
J'en reproduis les quatre premiers articles, qui , séparés des clauses contraires au véritable esprit du christianisme , et stttx chânng©ments que le temps a produits , devraient guider ceux que le bonheur de cette contrée intéresse, et qui, pour l'accomplir, possè-
dent d'autres ressources qu'une faible plume.
1^.. Ln^religion catholique apoitolique romaine, sansL tolérer aucune autre ,
2°. ^indépendance entière du Mexique;
3^. Un gouvernement m^marckique modéré par une constitution analogue au pays;
A°. Ferdinand VII et a son défaut ceux de sa dynastie ou d'une autre dynastie régnante j seront empereurs pour nous trouver avec un monarque déjà établi (hecho) et nous garantir des attentats funestes de V ambition.
Ce plan porta son auteur sur le trône; dans ce plan même se trouve sa chute : Iturbide succombe.
Aux idées d'affranchissement, d'indépendance nationales, avaient succédé celles de la liberté, de Tiiiidépendance personnelles.
L'exemple de l'Anglo-Américain séduit le Mexicain. Il secoue l'usurpation d'un dictateur, et la remplace par l'empire de Fhydre démocratique.
Je ne retracerai pas le tableau des suites.
Je l'ai essayé dans mon ouvrage.