‹ Le Mexique, souvenirsChapitre 32 sur 34 · LE ME · texte numérisé non relu

LE ME

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CHAPITI

Le Cor

Le port de M azatlar nom à une sorte de ville , un promontoire est exposé à presque 1 les dangers , sans que 1 rien fait pour modif qu'il tient de la natur due , et si peu profond rait de 4 à 5 mètres trer.

Ce port ne présente les sept mois de l'anni mérite ce nom ; mais pluies les navires n' contre les tempêtes jo cette côte. Au calme

cante des matinées , succèdent alors , chaque jour , des orages terribles, accompagnés de coups de vent , de torrents de pluie et de grêle , pendant lesquels le tonnerre ne cesse d'étourdir par son bruit épouvantable , et les éclairs , de sillonner le ciel obscurci de leur lueur dangereuse.

C'est surtout vers la (in de cette saison , dans l'équinoxe d'automne , que la nature développe toutes ses fîireurs ^ qu'elle les épuise dans un dernier ouragan auquel rien ne résiste. On le nomme le Cordonazo.

C'est ce phénomène terrible qui annonce la fin de cette a£freuse saison, qui ramène le calme , et fait succéder aux tempêtes de sudest un vent modéré , mais constant , de nordouest.

Aucun navire ne s'aventure dans le port , pendant cette saison périlleuse, qui dure généralement du commencement de juillet jusque vers la Saint -Fran cois , le 4 d'oc* tobre.

Les habiiants de la côte , quand l'ouragan

n'a pas eu lieu quinze jours avant ou après et, terme, regardent le danger comme passé, assurés que le Cordonazo ne se montrera pas cette année.

Un navire qui arrive à Mazatlan pendant la saison dangereuse ne peut jeter l'ancre que sur la rade, hors du voisinage des rochers, qui se trouvent à l'entrée du port , et dont le plus éloigné, remarquable par ses proportions gigantesques et sa forme pyramidale , est connu sous le nom de Crestone.

A mon arrivée à Mazatlan, j'y avais trouvé le Griffon, sous le commandement du capitaine Little , de Boston , qui devait me conduire sur cet océan Pacifique aux ondes si tranquilles mais si trompeuses, en Polynésie, et en Chine.

J'attendais le moment du départ avec impatience, inquiet devoir ces contrées lointaines et pressé de quitter cette côte, qui , sans offrir les charmes de la solitude, en possédait tous leç ennuis.

Peu de jours après mon arrivée, j'accom-

pajgnai le capitaine Little dans une visite à son navire qui était à l'ancre dans la rade , à sept lieues du port.

Je trouvai ce bâtiment, brick d'environ 900 tonneaux , tout à fait à ma convenance , et les conditions du passage furent de suite réglées. J'étais satisfait de sa solidité , de son installation et particulièrement charmé de l'homme qui le commandait, dont les manières douces et polies , l'humeur égale et les attentions pour moi, me promettaient une traversée agréable.

Heureux d'avoir arrangé cette affaire , de voir un terme à l'incertitude où je me trouvais, je retournais content de ma petite expédition 3 reconduit par mon bon capitaine dans sa petite chaloupe, ramée par quatre Kanakas (Indiens des îles Sandwich).

. Il m'entretenait de ces îles intéressantes où il était domicilié , où il avait laissé sa jeune . épouse et son unique enfant en bas âge.

La soirée était délicieuse, le ciel des plus purs , la mer calme et unie.

Le soleil éclairait l'Océan de ses derniers rayons , lorsque nous passâmes l'immense Crestone , ce dernier rocher dans la rade de M<izallan .

(c Nous irons visiter ce rocher Fun de ces jours, D me ditLittle, «c nous y ferons une petite excursion. »

Depuis mon arrivée à, M azatlan , le temps était devenu des plus beaux; tout le monde s'accordait à regarder la mauvaise saison comme finie avec l'ouragan du 3 octobre , qui m'avait surpris dans les marais près de Piedra Gorda , et qu'on avait pris pour le Cordonazo. Calme dans la matinée , une petite brise s'élevait sur le midi , qui tombait vers le soir ; les pluies avaient entièrement cessé , le ciel du tropique se présentait dans toute sa splendeur, dans toute sa clarté , et l'œil s'élevait avec délices vers ces régions immenses , parsemées de mondes.

La chaleur était excessive. Le thermomètre indiquait le 20 octobre à quatre heures aprèsmidi, 31^ centigr.: mais comme il monte,

en juillet et août à 36^ centigr. , la chaleur était naturelle a la saison.

Le port de Mazatlan présentait alors un aspect des plus animés. L'arrivée de navireâ se succédait. Outre le Griffon, qui s'était approché du port et la Mary , de 500 tonneaux, qui étaient à l'ancre sur ki rade^ à l'est du Crestone , neuf bâtiments de différentes grandeurs se trouvaient dans le port

même.

Le dimanche, 28 octobre, tous ces bâtiments étaient pavoises et offraient une scène des plus vives et des plus gaies. Lu journée avait été très-belle^ mais je remarquai le sôik», ainsi que les deux précédents , dans la partie du sud-est, des nuages blancs et lourds d'où sortaient des éclairs. Je les fis remarquer au capitaine Little et à d'autres marhfis; mais tous furent d'avis que, la saison dangereuse étant passée , il n'y avait plus rien à crairidre. Telle est l'insouciance des marins , même les plus habiles et les plus soigneux qui natiguent constamment dans la mer Pacifique ,

qu'ils négligent tous les indices sur lesquels on se règle dans les autres mers.

Rassuré par les habitués de cette côte dont rexpérience devait être bien supérieure à la mienne , je plaçai une partie de mes effets sur le Griffon, qui devait mettre à la voile dans les premiers jours de novembre , et fis mes préparatifs pour m'y rendre moi-même, préférant le séjour du bâtiment a celui de ma désagréable demeure.

Le ciel , qui le jour précédent n'avait montré que ces nuages légers et divisés qui en pleine mer présagent la tempête^ en était tout obscurci le 30 ; en même temps la mer était sombre et couverte d'écume , et ses flots se brisaient avec un bruit inaccoutumé contre la cote , sans cependant qu'on pût sentir le moindre mouvement dans l'air. Le 31 , la pluie et le vent, quoique modérés, alternaient pendant la journée entière.

Mais tous ces indices étaient perdus pour des hommes qui ne voulaient se régler que sur l'expérience des années {précédentes et

qui restaient insensibles aux signes les plus prononcés de l'approche du danger.

J'avais passé la soirée de ce jour, comme les précédentes dans la demeure de M. Scar* borough. Tous les convives étaient gais , et s'abandonnaient aux plaisirs de la table : il y avait même quelque chose de plus}>ruyant qu'à l'ordinaire dans cette hilarité. Le capitaine Little seul me parut préoccupé et silencieux, et se retira de bonne heure sur son navire. Sa tristesse m'avait gagné, et je ne tardai pas à rentrer dans mon habitation solitaire , sur le rivage.

Les heures se succédaient sans que je pusse prendre de repos. Je sentais un certain malaise , une oppression dont je ne pouvais me rendre compte. A la gaîté de la société avait succédé un abattement inaccoutumé.

Minuit était passé , avant que je tombasse dans cet état léthargique qui précède le sommeil , où les idées de l'âme se mêlent avec les rêves. Ces idées étaient tristes , les rêves effrayants. J'étais en mer, en pleine tempête,

je voyais les vagues s'élever, j'entendais leur mugissement. J'étais comme en délire ; la chaleur me suffoquait 3 je plongeais dans les ondes, et me voyais ballotté par elles — lorsqu'un bruit terrible m'éveille. Je reviens à moi, mais je me sens épuisé. Je saute du lit, d'autres secousses font trembler la maison 5 c'est^n ouragan, c'est le cordonazo qui exerce ses fureurs.

La mer monte contre le rivage avec un bruit égal au tonnerre , jamais encore je n'avais assisté à une semblable révolte des éléments , jamais encore vu la nature si effrayante dans son courroux.

Le vent, coup sur coup, ébranlait ma frêle demeure , que je croyais voir s'écrouler d'un moment à l'autre .

Les fenêtres , les portes semblaient sortir de leurs gonds, l'eau entrait par les fissures. Je m'élançai dans la cour. La pluie tombait par torrents , des débris de toits volaient de tous côtés. A trois heures du matin la violence de la tempête était encore croissante. Tout se détachait des murs, les pier-

kSO LE IfEXIQUE.

res, la terre, la pluie tombaient dans ma chambre .

Vers les quatre heures et demie les terreurs de cette nuit étaient k leur comble , et surpassaient l'imagination ; mais les coups de vent étaient alors si fréquents, que je ne doutais point qu'un changement allait avoir lieu. Et en effet l'ouragan diminua peu après.

Ce fut alors seulement que je réfléchis aux conséquences funestes de ce terrible événement , et que mon inquiétude pour les navires devint des plus intenses. Je savais un homme qui m'intéressait en dangef , et je pressentais mon espoir de quitter cette trieste côte j évanoui .

L'état d'irritation oii je m'étais trouvé avant la tempête se changea en abattement. Les prières de mes voisins mexicains , récitées sur le ton lugubre de celles des agonisants , étaient plutôt propres à jeter l'effroi dans rame qu'à la tranquilliser.

Quand je sortis au jour, les rues étaient semblables k un lac , ou couvertes de débris

de toits et d'arbres brisés. La mer était encore dans la plus grande agitation et le vent très-violent. Quelque préparé que je fusse aux désastres de cette nuit , la réalité surpassait encore ce que j'avais pu prévoir de plus sinistre.

Quelle scène de destruction, de désolation ! Quel aspect affreux que de voir tous ces vaisseaux, qui peu de jours auparavant flottaient majestueusement sur les ondes détruits ou échoués sur le sable ! Mais du moins les équipages étaient sauvés ; on n'avait k pas déplorer leur perte.

Tonte mon attention était alors concentrée sur les deux navires qui étaient la veille dans la rade , la Mary et le Griffon. On s'accordait à considérer le premier comme perdu , mais on conservait quelque espoir pour le Griffon.

Deux hommes intrépides , MM . Scarborough et Mott , s'étaient exposés, dès que la tempête avait paru se calmer, pour sauver quelques hommes du naufrage. Us eurent le bonheur de tirer des flots deux malheureux, qu'ils trouvèrent surnageant, cramponnés k des poutres.

L'indifférence des autorités mexicaines dans un moment pareil n'était égalée que par Fapathie et l'égoïsme du reste des habitants du port, qui refusaient même de prêter la moindre assistance pour lancer à la mer la chaloupe, sur laquelle ces deux hommes courageux allaient affronter le danger.

Us rapportèrent de celte expédition le pressentiment de la perte du Griffon, ayant rencontré des débris de bois peint en jaune, comme Tétait une partie de ce navire, et cette malheureuse nouvelle fut bientôt confirmée , les flots ayant porté sur la plage un morceau d'une caisse qu'on reconnut avoir appartenu aux objets que j'avais placés a bord. On découvrit alors du promontoire à l'aide d'un télescope les débris du Griffon près du Crestone, et sur le rocher même les marins qui le montaient.

L'un de ces hommes infatigables^ M. Mott, quoique le vent fiit encore violent et les vagues très-agitées , s'exposa une seconde fois pour leur porter secours. Il réussit à attein-

dre le Crestone malgré les dangers les plus imminents , et aborda sur le rocher du côté de l'ouest où il découvrit les débris de la Mary.

La chaloupe revint avec une partie des naufragés , dont quelques-uns étaient bruisés , mutilés d'une manière affreuse , et qui furent transportés dans la maison du consul américain , oii on leur prodigua tous les soins que le moment permettait.

On apprit alors les détails de cette triste catastrophe.

La Mary étant à l'ancre en dehors de la rade avec des chaînes très-fortes , elle résista plus d'une heure a la violence des flots. Mais enfin elle chavira et l'ouragan la chassa sur ses ancres vers le rocher. Elle le passe et ne heurte que ses mâts^ lorsque le vent, changeant tout à coup du sud-est au nord-ouest , la repousse sur le Crestone , oii elle se brise. L'équipage se sauve sur le rocher, k l'exception de deux hommes.

Ce fut vers le commencement de l'ouragan que l'homme qui m'intéressait le plus , et a

k&k LE MEXIQUE.

la mémoire duquel je voue ce peu de lignes, fut éveillé en sursaut.

Il monta sur le pont à moitié vêtu. Quelqu'impuissants que fussent tous les efforts humains dans ce déchaînement de la nature , il fit tout dans son pouvoir pour la conservation de son navire.

 trois heures du matin , le brick chavira.

Le capitaine Little était alors exténué de fatigue , ses forces l'abandonnaient.

Les flots couvraient le navire et entraînèrent deux fois son digne commandant dans la mer, qui, abandonné par son ingrat équipage, était alors sauvé par ses fidèles Kanakas.

Hold on, my bay$, hold on (Courage, mes enfants, courage), qu'il s'écriait quand au moment même le Griffon firappe contre le Crestone. La dunette où l'infortuné se trouvait se fend, et il s'abîme dans cette crevasse.

Son corps ne fiit point retrouvé. . . . Les requins furent son tombeau.

Telle fut la visite au Crestone et la fin d'un brave marin !

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