CHAPITRE IV
Mexico.
Peu de pays, peut-être aucun, excitent l'intérêt au même point que le Mexique :
tout y concourt a frapper l'attention , à rappeler des souvenirs intéressants , a présenter des faits remarquables.
Où trouver une contrée où tant de prodiges de la nature soient rassemblés^ qui, exclue pendant trois siècles de toutes relations avec l'étranger, présente encore l'état de la société telle qu'elle fut lors des temps de la conquête; où le conquérant a conservé les coutumes du moyen âge; le peuple vaincu, les mœurs et habitudes de ses ancêtres ?
Quels que soient les changements politiques que des événements récents ont introduits dans cette nation , c'est le moral qui en a souffert ; le
physique , l'apparence sont restés les mêmes.
Mais c'est la capitale surtout qui inspire l'intérêt le plus vif. Son climat est des plus remarquables ; située entre les tropiques, elle jouit d'une température modérée. Élevée a plus de 2,250 mètres au-dessus du niveau de la mer, cette hauteur considérable rend la chaleur moins sensible , en même temps que le froid qui règne k une telle élévation , cède à la force du soleil du tropique.
La ville de Mexico est généralement considérée comme une des plus saines du monde par l'égalité de sa température :1e thermomètre n'y varie pendant toute l'année que de iO à 27^ centigrades.
Le nombre des personnes âgées y est trèsconsidérable ; celles affectées de maladies chroniques y existent bien plus longtemps qu'ailleurs ; et pourtant beaucoup de maladies y régnent , telles que le typhus , des fièvres scarlatines et surtout des maladies de la peau , commodes lèpres incurables, pour lesquelles il existe un hôpital particulier.
Le climat de la ville n'est pas favorable aux estomacs faibles , l'air purifié y nuit à la digestion .
Contrairement a l'expérience générale , la saison des pluies est la plus saine à Mexico , et les maladies périodiques y cessent alors.
Nouvelle Venise , Mexico , lors de la conquête , s'élevait au milieu des eaux , ne communiquant avec la terre ferme que par des digues. Quoique le temps ait apporté un changement à cette disposition , on aime à en retracer le souvenir.
Le Mexico d'aujourd'hui occupe le même emplacement que la ville de Montezuma; mais le lac de Tezcuco, qui l'entourait entièrement, a retiré ses bords jusqu'à cinq kilomètres de la ville, et des habitations occupent l'espace couvert autrefois par les eaux.
La calle de Tacuba était anciennement occupée par la digue sur laquelle Cortès exécuta sa retraite si funeste , dans cette nuit mémorable nommée la Noche triste. On remarque dans
cette rue un pont passant au-dessus d'un étroit canal nommé elSalto de Àlvaradoy d'après une tradition qui veut que ce célèbre compagnon de Cortès y ait sauté , s'appuyant sur sa lance , par-dessus un large fossé pratiqué dans la digue.
On souf&ait autrefois des inondations du lac, ainsi que des exhalaisons pernicieuses des eaux stagnantes qui entouraient la ville ; mais les Espagnols ont remédié à ce mal au moyen du Desagûe de Huehuetoca, canal colossal , par lequel les eaux de la vallée de Mexico s'écoulent.
Cette capitale, quoiqu'elle n'occupe plus autant d'espace qu'avant la conquête , et que le nombre de ses habitants ait considérablement diminué , occupe encore cependant avec ses faubourgs une circonférence de 9 a 10,000 mètres.
Le nombre de ses habitants s'élève aujourd'hui de 150 a 160,000. Je dois dire , toutefois, que ce nombre n'est qu'approximatif, car il n'y a pas eu de recensement depuis la
première révolution , en 1810. C'est surtout le grand nombre d'Indiens qui circulent dans la ville , mais qui appartiennent aux campagnes , qui donne a la population une apparence plus nombreuse qu'elle ne l'est en effet.
Mexico est de toutes les anciennes villes la plus régulière j toutes ses rues sont tirées au cordeau , à angles droits , comme celles des villes des États-Unis de l'Amérique.
Quel que soit l'intérêt que cette ville inspire , elle ne mérite cependant pas les qualifications de la plus belle des villes , de magnifique, que plusieurs voyageurs lui ont accordées k l'imitation du style exagéré des Espagnols. Il est vrai cependant que si l'exécution des parties de la ville , qui se distingue par la régularité , la largeur des rues , l'étendue des bâtiments et la beauté du pavé , était en rapport avec le plan général sur lequel elle fut construite , il y aurait peu de villes à lui comparer.
Mais ces mêmes rues si droites , longues de plusieurs kilomètres et dont la vue aboutit de
tous côtés sur les cordillères, sont malpropres, remplies d'immondices; toutes ces maisons immenses , construites sur le même modèle et dans le style des palais orientaux , sont dans un état délabré , et la coutume de leur • donner différentes couleurs produit par son mauvais goût un effet des plus désagréables; et ce pavé si beau , si régulier en pierres carrées , est couvert de leperos ^ en lambeaux et d'Indiens répugnants par leur saleté.
Le voyageur se trouve donc déçu dans l'idée qu'il a pu se former sur la beauté de la ville de Mexico, et je n'hésite nullement à donner la préférence sous ce rapport à Puebla , ville moins étendue , mais construite avec plus de goût et tenue avec plus de propreté.
La construction de Mexico est dans le style oriental ; chaque maison forme un carré avec une large cour pavée , généralement ornée d'une fontaine dans son centre , et qui est entourée de corridors construits en briques avec une balustrade en fer.
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culé pour les tenir frais , et aucun soin n'est pris pour le cas contraire j on n'y trouve ni fours ni cheminées.
Les corridors sont ornés de fleurs et de ces cactus qui conservent leur verdure pen dant toute l'année.
Les maisons sont généralement d'une hauteur égale , et a deux étages ; les toits sont plats et rappellent particulièrement l'Orient. Ce style , qui domine , doit être considéré comme émanant autant des coutumes moresques de l'Espagne au moment de la conquête du Mexique , que comme une continuation de l'ancienne mode mexicaine , que les Espagnols y trouvèrent établie.
Quiconque a visité l'Egypte sera frappé des analogies qui y existent avec le Mexique. La cabane del'Indien-Mexicainmême, construite en briques de terre argileuse séchées seulement au soleil , avec son toit plat en paille de maïs , est construite avec les mêmes matériaux et d'une forme semblable a celle du fellah égyptien.
On ne peut douter que la construction actuelle des maisons mexicaines ne soit la même qu'avant la conquête 3 le plan de Mexico , que Montezuma avait présenté a Cortès , et d'autrès tableaux de l'époque même , en fournissent la preuve.
Les édifices les plus considérables de la capitale sont la cathédrale , le Palais National , qu'occupe le président, et la iiftnma (l'École des mines). Us avaient considérablement souffert par un tremblement de terre , qui eut lieu peu de temps avant mon arrivée. Quelle que soit leur étendue, ils ne se distinguent, du reste , ni par le goût , ni par la beauté de leur architecture.
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