MEXIQUE
Introduction. — Voyage en mer. — - La Martinique. — Deux mots sur les colonies. — Santiago de Cuba. — Vera-Cr >z.
Depuis notre intervention au Mexique , les relations publiées dans la presse européenne, sur la situation politique de cet Empire, sont tellement contradictoires, quil est impossible de discerner le vrai du faux. Grâce aux préjugés des uns , à l'esprit de parti des autres, aux intérêts officiels ou prives de tous, aux études insuffisantes et superficielles, on a dénaturé la vérité, au point delà rendre méconnaissable.
A F époque où nous sommes, les nationalités les plus reculées ne peuvent rester immobiles en pré-
sence du mouvement vertigineux du progrès des sciences morales et politiques ; la civilisation moderne les entraîne vers ce progrès, malgré l'influence des traditions, le respect du passé, l'amour du repos. Des intérêts nouveaux ont créé la solidarité des peuples. On n'est plus aujourd'hui ce qu'on était hier; on ne sera plus demain ce qu'on est aujourd'hui. C'est pour avoir méconnu cet axiome qu'on a répandu tant d'absurdités sur le Mexique.
Le Mexique du temps de M. de Humboldt n'existe plus ; celui du temps de Santa- Anna et d'Àrista est singulièrement changé. Depuis 1856, j'ai suffisamment défendu les Mexicains, pendant ma double carrière d'homme de lettres et de journaliste , pour ne pas être suspecté de partialité , si j'en parle moins favorablement dans cet ouvrage. La vérité doit passer avant mes sympathies. Les dernières révolutions ont laissé des traces funestes dans ce malheureux et beau pays.
Le Mexicain d'aujourd'hui a des défauts qui nous agacent, nous irritent et découragent ses meilleurs amis. Pourtant, ces défauts, ces vices, si l'on veut, diminuent énormément d'importance caractéristique, quand on compare les types de chacune des classes de la société mexicaine aux classes semblables de notre vieille Europe. Nous sommes loin d'être parfaits', la littérature étrangère comme notre littérature nationale nous le prouvent assez, en nous révélant nos propres ridicules. Si nous voyons des poutres dans l'œil de notre prochain, les pailles ne manquent pas dans les nôtres. Nous ferions donc bien d'être
plus modestes et plus réservés dans nos critiques. Du reste, ce n'est point un mal de dévoiler les défauts qui nous choquent le plus chez nos voisins; leur laideur peut nous corriger des nôtres.
Chaque voyageur parle des peuples étrangers et de leurs institutions, sous un point de vue particulier. Ces différentes appréciations ont toutes leur mérite, mais il ne faut pas en exagérer l'autorité. Les Anglais qui trouvent Naples fort laid, parce qu'on y mange de mauvais beefsteaks, ne sont-ils pas un peu trop excentriques dans leur jugement? N'y a-t-il pas des hommes très-sérieux qui donnent la bonne cuisine pour le thermomètre de la civilisation?
Loin de flatter les Mexicains, leur pays et leur gouvernement, je les peindrai sous les couleurs les plus défavorables pour montrer que je n'ai pas hésité à sonder, à étudier les plaies les plus hideuses de ce pauvre peuple. Je parlerai du passé, à cause des ré^ sullats qu'il a dans le présent; je n'omettrai aucuue des plaintes, fondées ou non, émises depuis deux ou trois ans contre le Mexique» En agissant ainsi, j'espère donner plus d'autorité à mes appréciations, toujours marquées du sceau de la plus rigoureuse impartialité.
Je n'ai point l'intention de" faire un tableau complet des mœurs et coutumes des Mexicains; je me contenterai de citer les faits qui mont le plus impressionné et qui justifient mes conclusions. Dans la quantité des livres spéciaux publiés jusqu'à ce jour, on trouvera des détails sulïisanls, pour donner une idée générale du Mexique et de ses habitants.
On pourra trouver dans ce récit bien des contradictions apparentes; le Mexique étant par excellence le pays des contrastes, il sera difficile d'avoir constamment à T esprit la distinction des classes de la société auxquelles s'adresseront mes éloges ou ma critique. Pour éviter cet écueil , je me bornerai, autant que possible, à laisser parler les faits euxmêmes. De cette manière je serai plus à l'abri des attaques de ceux qui ne partagent pas mes vues. Chacun pourra tirer les conséquences qu'il voudra des tableaux placés sous ses yeux, et former son opinion sur un pays aussi mal connu que le Mexique.
Je raconterai souvent des anecdotes qui paraîtront sinon puériles, plaisantes, au moins singulières pour un sujet aussi sérieux que celui-ci. Qu'on ne s'y trompe pas; je suis sérieux jusque dans mes plaisanteries ; elles ont un but : celui de pouvoir dire bien des choses qui seraient lugubres, sur un air plus grave.
J'ai pour principe que la vérité ne nuit qu'à celui qui la dit; elle est souvent utile à ceux qui l'écoutent. Ma plume est mon seul capital; j'écris autant par nécessité que par goût. Soit conscience, soit paresse, pour ne pas me donner la peine d'inventer, je n'écris que la vérité. Personne ne me paye pour la déguiser ou mentir. J'ai la prétention de voir la vérité, sinon mieux , au moins aussi bien que personne. Cela se comprend. J'ai passé ma vie à voyager, pour apprendre sans système préconçu , sans préjugé, seulement pour voir les choses telles qu'elles sont, et non telles qu'on nous les représente.
Si je voulais me tromper moi-même je n'aurais pas eu besoin d'aller souffrir au loin ce que j'ai souffert, et de m'exposer aux dangers que j'ai courus. Il m'eût suffi de compiler comme tant d'écrivains, orateurs ou savants, les fables imprimées sous le titre d'Histoire, Lettres, Rapports (politiques et scientifiques), Discours, Mémoires, etc., et de publier mes impressions d'un voyage au Mexique fait dans mon cabinet. C'était plus simple, et moins cher, plus avantageux et moins fatigant.
Sans doute, il se rencontrera des personnes intéressées dans la question qui se blesseront de ma franchise; elles auront tort. Je parle pour instruire et non pour favoriser ou détruire des opinions et des intérêts particuliers. Quand je dis d'un nègre qu'il a la peau noire, je constate un fait sans offenser l'individu. Je n'offensais pas davantage les Etats-Unis, en 1863, lorsque, n'en déplaise à M. de Montalembert, je disais que s'il s'était présenté à New-York, non pas un César, mais un homme énergique, un ambitieux de talent, que si le gouverneur eût seulement été démocrate ou républicain, et non l'un et l'autre, il aurait pu faire la paix avec le Sud et chasser M. Lincoln de Washington. Si les Césars sont rares, les hommes et les gouvernements parfaits sont introuvables; le dire n'est point calomnier les hommes et les gouvernements.
Je quittai Paris en 1864, dans le but d'étudier au Mexique les institutions du nouvel empire , d'esquisser les portraits politiques des hommes nouveaux, de comparer les Mexicains du centre à ceux du nord
et des frontières, et ses races indiennes à celles des Etats-Unis. J'allais traverser une cinquième fois TOcéan à cet âge où l'enthousiasme de la jeunesse n'anime plus ces sortes d'entreprises, où les illusions sont éteintes, où l'imagination ne colore plus les objets. Hommes et choses devaient donc se montrer à mes regards dans leur prosaïque nudité. Sans être d'un chauvinisme exalté, on peut dire quand on a beaucoup étudié et vu, qu'il n'existe pas de pays où la dose du mal moral et physique est moindre que chez nous. La France s'apprécie davantage, à mesure que nous apprenons à mieux connaître les pays étrangers, tant admirés.... de loin. Les institutions civiles et politiques, la beauté du climat, la fertilité du sol et tout ce qui nous paraît magnifique, à distance, a pour compensation des côtés, des excès, desinconvénientsqui, vus de près, rabaissent singulièrement l'admiration. Le voyageur qui fait voile vers les tropiques doit s'attendre à du mauvais temps jusqu'à la latitude des îles Açores. Plus loin, les bons vents et le soleil lui font oublier les dangers passés et le mal de mer. Pour nous distraire de la monotonie du voyage, nous avions la bibliothèque du bord, la vue de rares navires, de quelques cachalots, d'une multitude de poissons volants et de longues lignes de raisins des tropiques: Vin jeu de tonneau, un piano, des concerts d'amateurs, les cartes, le tric-trac, les échecs, les dominos et le bilboquet complétaient la série des divertissements du bord. Au bout de vingt- quatre heures, ceux qui en avaient assez bâillaient pour se distraire, quand ils ne pouvaient dormir.
Après quinze jours de navigation nous aperçûmes les côtes de la Martinique, située à trois mille six cent quatre-vingt-quinze milles marins de Saint- Nazaire, en ligne droite. Les coteaux au nord-ouest de File nous parurent, au loin, recouverts d'un gazon vert émeraude; de près, nous vîmes que ce gazon n'était autre que des champs de cannes à sucre. Cette partie de la Martinique est excessivement pittoresque. Les falaises, sillonnées de ravins, se cachent sous des buissons de raisiniers. De distance en distance, on voit des cascades, formées par des ruisseaux, qui descendent des montagnes, servent de force motrice aux moulins de cannes, et tombent ensuite dans l'Océan, d'une hauteur de vingt à trente mètres.
Sur les flancs du mont Pelé, la plus haute montagne de l'île, dont le sommet, généralement couronné de nuages, est à mille trois cent soixantequinze mètres au-dessus du niveau de la mer, s'élèvent des cônes volcaniques, réguliers comme des pains de sucre, appelés mornes. Vers l'extrémité nord-ouest, les mornes sont ensevelis sous une puissante végétation; les falaises sont ornées de plantations grandioses. Celle des Fitz-James est surtout remarquable par son étendue. Dans des ravins, larges comme des vallées, s'abritent de jolis villages ombragés par des cocotiers. Près du bourg de Macouba, dans les environs duquel se trouve — « le Morne au Diable » — dépeint par Eugène Sue, le filaos des Indes (bois de fer), croît à côté du campèehe et du galba (arbre à F huile) de la Cochinchine. Après Macouba, renommé par l'excellence de son tabac,
on passe le morne de Saint-Martin et d'autres également soulevés par des convulsions plutoniques.
La pointe extrême de l'île étant doublée, nous tournâmes vers le sud-est pour aller à Fort-de-France. En ce moment, des milliers de marsouins vinrent nous souhaiter la bienvenue, en sautant autour de notre navire. Jamais je n'avais vu pareille quantité de ces poissons, sinon les plus agiles, du moins les plus curieux de l'Océan. L'un d'eux, baptisé par nous du nom de Léotard, se distinguait des autres par des bonds prodigieux exécutés avec une rapidité phénoménale.
Depuis la pointe de l'île jusqu'à Fort-de-France, on ne se lasse pas d'avoir ses lunettes braquées sur le rivage. Ici, ce sont des chemins qui montent et descendent à travers des forêts de cocotiers, de bananiers et de palmiers ; là, ce sont des villages de nègres, abrités par des arbres fruitiers; plus loin, des cases baignées par la mer et des filets qui sèchent au soleil. L'église du Morne-Rouge nous montrait son gracieux clocher sur la crête d'une montagne boisée, une route magnifique nous laissait voir ses plis tortueux à travers des fougères de sept à huit mètres de hauteur. Plus au sud, au Morne d'Oranges, nous vîmes une quantité d'abricotiers des tropiques, dont les silhouettes se détachaient majestueusement sur un fond bleuâtre. Nous aperçûmes ensuite les Pitons de Fort-de-France, tapissés de palmiers nains et de broussailles, le Carbet, ancien village caraïbe, planté sous des cocotiers, des bananiers et peuplé de coulis vêtus de blanc. A chaque instant nous nous
attendions à voir, sous quelques bosquets d'orangers, Paul et Virginie portés en palanquin par des noirs.
Le fond de la vallée du Grand-Carbet est formé par le Morne-Vert, haut de cinq cents mètres. La nature en cet endroit semble avoir épuisé toutes ses ressources pour en faire l'Eden le plus féerique que l'imagination puisse concevoir. Lorsque nous y passâmes, le soleil se couchait dans la mer des Antilles; ses derniers rayons répandaient des torrents de lumière rougeâtre sur l'immensité. L'Océan, calme, sans ride, uni comme un miroir d'acier, reflétait les feux du ciel et les merveilles de cette île enchanteresse. De gros oiseaux rentraient en criant dans leurs nids suspendus aux rochers de la côte. Les tamarins fermaient leur délicat feuillage à l'approche du crépuscule. Des gommiers gigantesques se remplissaient de doux murmures. Quand la brise du soir reprenait haleine, les feuilles jaunies et desséchées des magnolias tombaient sur les fleurs du gazon et s'éparpil-» laient sur le sable de la grève. Les tulipes, les fleurs d'Angsoka, les nagassaris se voilaient d'une trame gris-perle ; les roses fermaient leurs lèvres écarlates aux colibris qui venaient y puiser du miel ou se coucher dans leurs pétales embaumées. A de longs intervalles réguliers, nous entendions gémir sur le rivage une vague étroite, mignonne, arrondie, qui mourait sur le sable sans laisser d'écume après elle. Quand le soleil disparut, la brise cessa de souffler, on n'entendit plus rien; on ne voyait que de grandes ombres muettes. Un phare se mit à briller tout à
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coup. C'était Fort-de-Francc, où nous devions faire escale.
Fort-de-ÏÏrance est Ja capitale du gouvernement de la Martinique, comme Saint-Pierre en est la capitale sous le rapport de l'importance et du commerce. Le port est petit, mais il peut abriter des navires d'un fort tonnage. Il est fermé à gauche par une presqu'île, sur laquelle s'élève le vieux fort; à droite, par un terrain accidenté-, en face, par la place de la Savane et la ville dominée par la colline du fort Desaix, les pitons et leurs prolongements.
A notre arrivée, la nuit avait des transparences lumineuses, l'air était tiède et parfumé de mille senteurs exotiques. Des pots de feu éclairaient deux cents négresses qui se chargèrent de paniers de charbon et les mirent sur leur tète, pour les porter à bord. Le costume de ces femmes est des plus grotesques. Les unes avaient pour vêtement une redingote en calicot, fendue à l'épaule par l'usage ; d'autres portaient des chemises en loques, des restes de jupon, des lambeaux de châles, dont elles s'enveloppaient de leur mieux.
Tout le temps que dure le chargement, ces femmes dansent au son du tam-tam battu par un vieux nègre improvisateur, qui chante en s'aecompagnant de son instrument. Quelquefois ces improvisations excitent les négresses au point qu'elles s'arrêtent, et malgré le fardeau qu'elles portent sur la tête, elles dansent une bacchanale effrénée jusqu'à ce que le surveillant vienne leur crier, le fouet en main : « Allons, négresses, chargez charbon. » Alors elles vont dé-
charger leurs paniers clans le navire, toujours en dansant, tandis que d'autres les remplacent autour du vieux nègre.
Ces danses, ces formes humaines noires qui sautillaient, ce tam-tam, ces pots de terre remplis de charbon enflammé, cette nuit étoilée, éclairée par la lune, tout cela produisait un effet inimaginable, ressemblant au sabbat des sorcières, aux saturnales de l'antiquité. Comme contraste à cette scène étrange, nous avions à bord des passagers qui chantaient en chœur de très-beaux morceaux de musique. La barbarie représentée parles noirs et la civilisation représentée par les blancs mêlaient leurs voix pour tuer l'ennui.
Le lendemain, de bonne heure, le paquebot fut envahi par des blanchisseuses noires qui vinrent chercher le linge du bord et celui des passagers. Elles étaient vêtues en robes de mousseline, blanches, roses, jaunes ou bleues, et coiffées d'un madras arrangé très-artistiquement. Elles portaient des pendants d'oreilles d'une grosseur prodigieuse; les plus à la mode se composent de cinq à six cylindres d'or, presque aussi gros que le petit doigt, unis ensemble en demi-cercle et pendus à l'oreille par un anneau très-large.
Une demi-douzaine de négrillons vinrent en nageant autour du navire nous prier de jeter à la mer des pièces de monnaie. Aussitôt qu'une pièce était jetée dans l'eau, ils plongeaient, la rattrapaient, la montraient avant de la mettre dans la bouche, qui leur servait de bourse, et en demandaient une autre.
11 est bien rare qu'ils en laissent perdre une sur
vingt.
Le chargement de charbon devait durer trentesix heures. Pendant ce temps le navire étant à peu près inhabitable, les passagers descendirent à terre pour y chercher un logement et leur repas. Moyennant cinquante centimes par personne une chaloupe transporte les voyageurs à la Savane en quelques minutes. C'est une grande place carrée, entourée de tamarins, de sabliers, de flamboyants et d'autres arbres des tropiques. Au centre s'élève une belle statue, en marbre blanc, de l'impératrice Joséphine. Sur cette promenade , hommes et femmes étaient vêtus de blanc et portaient des parapluies pour se garantir du soleil. Nous étions au mois de janvier; au mois d'août, les habitants de la Martinique doivent griller en dehors de leurs maisons.
Nous déjeunâmes à Y hôtel Augustin, le meilleur, dit-on, de l'endroit. Nous fumes assez mal servis, probablement à cause d'une affluence extraordinaire d'officiers autrichiens, belges et français de passage, en route pour le Mexique. Ensuite nous visitâmes Fort-de-France, qui me rappela les petites villes américaines du Sud des Etats-Unis. La seule chose remarquable que j'y vis, c'est une belle fontaine-cascade qui porte le nom de son créateur, M. Gueydon. Bien des préfectures en France, envieraient un monument pareil. La cathédrale est simple, peu élevée, à cause des tremblements de terre, mais très-propre, grande et fort jolie. J'y fus édifié par la bonne tenue
et le recueillement des nègres qui priaient devant les autels.
Je fis également l'ascension de la montagne sur laquelle est construit le fort Desaix qui commande la ville et les environs. La montée est rapide et pénible, surtout à cause de la chaleur. En chemin, l'on rencontre des boutiques en plein vent, tenues par des nègres qui vendent des bananes, des noix de coco, des ananas, des oranges, des citrons et des boissons rafraîchissantes, à des prix excessivement modérés. Le commandant du fort eut la gracieuseté de me faire accompagner par un officier du génie, pour me servir de cicérone pendant ma visite. Ma plume ici se refuse à dépeindre le brillant panorama qui se déroule tout autour de ce fort immense ; la nature offre parfois des tableaux qui défient toute description.
J'entrai dans les casemates où sont internés les prisonniers mexicains ; la plupart étaient des bandits ; malgré le peu de sympathie qu'ils m'inspiraient je voulus bien me charger d'une pétition dans laquelle ils demandaient à l'empereur Maximilien de leur accorder la liberté. L'un d'eux, me parlant au nom de tous, me dit une vérité, dont plus tard j'ai pu vérifier l'exactitude. — « L'Empereur, me dit-il, a « rendu la liberté aux officiers, pourtant ils sont « plus coupables que nous, puisque nous n'a- « vons commis d'autre crime que celui de nous « battre malgré nous. Lorsqu'on nous enrôlait de « force, on nous aurait fusillés si nous avions refusé « de prendre les armes. De deux dangers nousavons
« choisi le plus éloigné! » — Ces malheureux étaient peut-être clignes d'un certain intérêt ; j'avoue néanmoins que si je les avais rencontrés au Mexique et que l'un d'eux m'eût demandé de lui dire l'heure, je n'aurais pas eu l'imprudence de tirer ma montre dans une rue écartée pour satisfaire sa demande.
Le soir, après dîner, ne pouvant retourner à bord avant la fin du chargement de charbon, et les hôtels étant encombrés, je me mis à la recherche d'une chambre pour y passer la nuit. Un nègre m'offrit le rez-de-chaussée de sa maison pour une piastre. J'acceptai de bon cœur. En général, les maisons de Fortde-France n'ont qu'un étage ; celle que je louai n'avait pas de murailles. Deux poutres et trois grandes persiennes composaient les façades de la cour et de la rue. L'air circulait si librement dans l'intérieur de ma chambre que la bougie s'éteignait à tout moment. Les chats de la maison et ceux des voisins eurent toute la nuit des conversations des plus bruyantes ; les rats couraient autour de mon lit en poussant des couic-couic plaintifs ; ils devaient être aussi nombreux qu'affairés. Il me fut impossible de dormir une minute. A part ces petits inconvénients, je trouvai mon habitation confortable, très-propre et bien meublée.
Ne voyageant pas pour voir des arbres, des montagnes et des rivières, mais pour m' instruire et contrôler les rapports des écrivains qui n'ont jamais perdu de vue le coq de leur clocher, je crois devoir exprimer ici ma pensée sur nos colonies lointaines.
Depuis quelques années, les blancs ont singuliè-
renient développé la dépravation des nègres dans les colonies. Malgré ses vices, la population noire possède des qualités qui rendent agréable tout commerce avec elle. Elle est douce, polie, généreuse, de bonne humeur, toujours disposée à rendre service avec ou sans intérêt ; elle a même une certaine no blesse de sentiments copiée, sans doute, des premiers gentilshommes qui vinrent exploiter les Antilles. Si les noirs, — semblables aux blancs en cela, — préfèrent le plaisir au travail, ils ne laissent pas de travailler autant qu'ils peuvent quand leur labeur n'est point forcé et leur procure le bien-être. Dans aucune colonie anglaise et même espagnole on ne trouve parmi la population noire autant d'aisance et de gaieté qu'à la Martinique.
On nous reproche souvent de ne pas savoir coloniser. Cette accusation est tout à la fois fausse et vraie. En effet, nous ne savons pas colonisera la façon américaine, race énergique et matérielle qui fait tout brusquement, brutalement • s'implante, le rifle sur le dos, le revolver à la ceinture, dans le pays qu'elle veut exploiter. Peu à peu elle détruit les habitants par le fer, l'arbitraire, les alcools ou bien les annihile d'une manière ou d'autre et se rend maîtresse du sol par le droit de la force. Les Anglais agissent avec moins de violence mais plus de mépris. Ils repoussent de leurs colonies ce qu'ils appellent les races inférieures ; ils les démoralisent par un travail excessif ou la soif du lucre; ils les avilissent en leur inoculant des vices monstrueux, et s'enrichissent aux dépens des lois humanitaires, dont ils
ne font aucun cas dans la pratique. Les Français, au contraire, s'assimilent les races qui les servent, ils s'en font aimer, ils les moralisent en les élevant audessus de leur condition, en leur permettant une certaine éducation religieuse et sociale, en leur accordant enfin plus de liberté qu'ils n'en ont sous d'autres gouvernements.
Aussi le progrès, au point de vue moral, se fait-il, dans nos colonies, beaucoup plus rapidement qu'ailleurs. Tôt ou tard, ce genre de progrès en appelle un autre. Le fléau de nos possessions lointaines, c'est la protection, c'est l'administration. Le gouvernement, dans le but louable de protéger les individus, se mêle de tout, déploie partout un luxe superflu d'agents protecteurs et de lois protectrices qui gênent horriblement les protégés. Du moment ou deux cabanes de colons s'abritent sous le drapeau français, on voit arriver aussitôt un gouverneur, des commissaires et des employés qui, par leurs formules administratives, paralysent l'activité du travailleur et découragent tout ce qu'on a l'intention d'encourager. Du jour où de larges libertés, bien entendues, viendront ébrécher les formes et les lenteurs de l'administration; du jour où le gouvernement économisera les appointements, utilisera l'intelligence de ses employés qui passent leur vie à gratter du papier, nous verrons la France rivaliser victorieusement avec le commerce et l'industrie de l'Angleterre et des Etats- Unis. Les résultats de notre traité avec la Grande- Bretagne ne nous prouvent -ils pas ce que nous sommes capables de faire avec la concurrence et la
liberté ? Aujourd'hui, les traités de commerce s'éteiidant et se généralisant de plus en plus, l'utilité des colonies se fait moins sentir, et le système protecteur leur est aussi nuisible qu'il est onéreux à la mère-patrie.
Malheureusement, notre représentation nationale connaît peu les questions d'économie politique qui font la fortune des grands peuples. Il est fâcheux que nos députés ne soient pas obligés de faire à leurs frais, pendant deux ans, avant de siéger à la Chambre, un voyage autour du monde, avec l'obligation de s'arrêter dans toutes les colonies étrangères et françaises pour les étudier. Ces messieurs comprendraient alors l'importance des expéditions lointaines, l'utilité de voir notre pavillon flotter sur toutes les parties du globe et se promener dans toutes les mers pour nous faire respecter. Ils apprécieraient mieux la nécessité de favoriser les recherches scientifiques, les entreprises industrielles de nos nationaux, et de payer largement ceux qui se dévouent au loin à la gloire et à la prospérité de la patrie. Un député qui vit convenablement dans sa province, et qui n'a jamais dépassé nos frontières, lésinera toujours sur les sommes qu'il doit voter dans l'intérêt de notre nom et de notre drapeau, si cet intérêt est éloigné \ il ne sait pas même que la prospérité de l'Angleterre et la gloire de l'Allemagne ont été considérablement augmentées par cette naturelle et juste libéralité qui consiste à favoriser l'extension du cercle des relations nationales, dont la mère-patrie profite tôt ou tard avec usure.
De la Martinique, nous allâmes à Cuba en côtoyant la partie méridionale de Saint-Domingue. Ces côtes m'ont paru moins belles que celles du nord. Le pays est très-accidenté ; les montagnes sont escarpées, boisées et sillonnées de ravins. Quelques misérables cases de nègres, deux ou trois colonnes de fumée Turent les seules traces d'habitations que nous aperçùmes en passant.
Nous arrivâmes à une heure du matin à l'entrée de la baie de Santiago de Cuba, après trois jours de navigation. L'entrée du port est interdite avant le lever du soleil, depuis l'échauffourée de 1852. On se rappelle qu'à cette époque, les Américains, commandés par Lopez, vinrent à Cuba dans l'intention de révolutionner l'île et de s'en emparer. A huit heures, le pilote vint à bord , nous nous mîmes en route. La baie, au fond de laquelle la ville est construite, a la forme d'un coude déchiré par de petites anses. A l'entrée se dresse à droite, sur les aspérités de la côte, le fort El Moro? bâti, je crois, sous Charles-Quint. Il est peint en rouge et paraît être en carton-pierre; il fait l'effet d'un décor d'opéra-comique; malgré sa couleur et ses batteries casematées, il n'est pas effrayant. Nous saluâmes son pavillon d'un coup de canon.
Les mamelons qui bordent la baie sont couverts de bois, ainsi que les hautes montagnes d'alentour. En face de la ville s'élancent majestueusement les montagnes de cuivre, les plus riches en minerais de l'univers, dit-on. Des palmiers et des cocotiers disséminés sur la plage font onduler leurs panaches au
dessus des buissons en fleurs. Des convolvulus or el azur, emperlés de rosée, s'épanouissent sur des broussailles embaumées. Des cabanes perdues au milieu de la verdure se mirent au bord de l'eau. L'ensemble du paysage est un peu monotone, mais très-joli. Ce n'est point l'idéal, fleur adorable parfumée de molles rêveries, dont les racines délicates plongent au fond de l'âme pour en épuiser la plus pure substance, mais c'est un pays où les chimères déploient leurs ailes de cygne sur la tête du voyageur qui visite ce paradis appelé la reine des Antilles.
A gauche, vers Santiago, je vis, à moitié dans l'eau, la carcasse du Soverano, dernière relique de Trafalgar, qui est venue s'échouer en cet endroit il y a neuf ou dix ans.
Santiago s'élève en amphithéâtre sur une colline aplatie; ses nombreux jardins sont ornés de palmiers, de cocotiers, de bananiers et de toute la végétation tropicale. Les clochers, les églises et les maisons sont construits de manière à donner peu de prise aux tremblements de terre. Les rues sont étroites plutôt que larges, mal pavées et malpropres. Les maisons n'ont qu'un étage et souvent un seul rez-de-chaussée; leurs fenêtres sont presque toutes garnies d'un balcon, d'une balustrade ou d'une grille derrière laquelle les curieuses regardent les passants. Les murs sont peints en couleurs claires. En somme, tout contribue à répandre sur la ville cet air mystérieux et gai tout à la fois, qui caractérise la plupart des cités espagnoles. Si la Martinique me rappela le roman <!<> Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, la vue
de Santiago de Cuba me fit souvenir des aventures de Gil Blas de Santillane ; les étudiants et les mandolines manquaient seuls dans les rues pour que l'illusion fût complète.
Une quinzaine de passagers me prièrent de les accompagner en ville pour leur servir d'interprète. J'acceptai ce rôle et nous commençâmes notre excursion par la rue de la Cathédrale, une des plus belles de Santiago. L'air du Baccio, touché sur un piano, nous arrêta devant une maison très-vaste. La porte était ouverte. Un homme d'une cinquantaine d'années nous vit du salon et vint nous prier de nous reposer un instant chez lui. A mon tour, je le priai d'excuser notre indiscrétion. Puis, sur de nouvelles instances faites avec beaucoup de cœur nous entrâmes. Aussitôt des sièges nous furent apportés; on nous servit des rafraîchissements à la glace et des fruits des tropiques. Une petite fille nous régala de plusieurs airs nationaux qu'elle touchait très-bien sur le piano. Le maître de la maison nous offrit l'hospitalité avec la grâce et la générosité du plus noble hidalgo de toutes les Espagnes. Quand au bout d'une heure nous primes congé de lui, de son aimable et nombreuse famille, tous nous dirent avec une politesse exquise : « Rappelez-vous que le numéro..., de la rue de la Cathédrale est votre maison et que vous pouvez en disposer quand vous voudrez. » Nous nous confondîmes en remercîments , et nous continuâmes notre chemin , ébahis d'une telle réception.
A l'hôpital de Santiago nous vîmes dix-huit 'cents
soldats blessés à Saint-Domingue ou malades de la fièvre jaune. La veille, on avait amputé cinquantesix jambes à ces malheureux. Ces amputations avaient été nécessitées moins par des blessures que par la présence de petits insectes qui s'introduisent dans les pieds, forment des ulcères et finissent par envenimer le mal au point que le fer seul peut y porter remède. Ces pauvres soldats espagnols, d'un courage indomptable, d'une résignation stoïque, mouraient comme des mouches à Saint-Domingue. Privés de tentes, de nourriture convenable, ils étaient obligés de faire venir de Cuba jusqu'à l'eau qu'ils buvaient. Depuis longtemps, l'abandon de Saint-Domingue était un devoir que l'Espagne aurait dû comprendre plus tôt.
L'archevêque me fit un accueil des plus flatteurs ; il m'offrit l'hospitalité pour mon retour, et se mit à ma disposition pour tout ce que je désirais. Sa Grandeur oublia de me faire servir un verre d'eau; je l'aurais payé bien cher, tant j'avais soif et chaud. C'est un homme petit, maigre, très-affable, fort religieux, en retard de trois siècles sur notre époque.
D'après ce que j'ai vu du clergé espagnol, je ne sais si je ne lui préfère pas le clergé mexicain. Celui de Santiago me parut avoir une profonde aversion pour le savon et l'eau; sa tenue laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la propreté. Le monument porté par les prêtres, en forme de chapeau, doit être très-incommode. En le voyant on a toujours envie de chanter : « Tu as la fièvre, don Basile. » Je ne sais pourquoi le clergé espagnol, en Europe comme
eu Amérique, s'obstiue à porter un chapeau aussi absurde que cela.
J'ai remarqué dans les églises de Santiago que le cierge traitait le bon Dieu avec autant de familiarité que celui de Paris. Les prêtres passent devant les autels en faisant à peine un petit salut de la tête au saint-sacrement renfermé dans les tabernacles. Dans nos provinces de France, ils fléchissent le genou et se prosternent devant le Créateur. Je ne crois pas que ce soit trop.
Les statues des saints qui décorent les églises de Cuba sont vêtues de la manière la plus burlesque. Le même fait a lieu en Espagne, an Mexique et dans toutes les anciennes colonies espagnoles. Je trouve cette coutume aussi stupide que puérile. Pourquoi cet enfantillage charlatanesque et de mauvais goût? Pourquoi donner au culte catholique cette apparence ridicule, incompatible avec ce qui est si digne, si divin? Dans la chapelle de Saint-Thomas à Santiago* je vis sur un autel plusieurs saints qui devaient être très-étonnés de se voir accoutrés comme ils Fêtaient. L'un d'eux avait à ses pieds un petit chien havanais empaillé tenant dans sa gueule une sorte de bâton. Ces chiens étant trop aristocrates pour rapporter^ je supposai que c'était le chien de saint Dominique, avec son flambeau symbolique. Je ne parle pas des crucifix, grands et petits, peints en rouge, de manière à représenter le spectacle hideux d'un homme écorché vif, et portant des jupons empesés, bordés de dentelles, néanmoins ces jupons m'ont paru des plus étranges. Est-ce par pudeur que les Espagnols
et ceux qui perpétuent leurs traditions mettent des crinolines au Christ? Au Mexique, j'ai vu sur un autel deux statues de femme par trop décolletées; elles avaient un corset fort bas en satin blanc et des jupes très-courtes qui laissaient voir de très-belles jambes. On aurait pris ces deux statues pour des danseuses de l'Opéra; pourtant, elles représentaient saint Gabriel et saint Michel. Je pourrais citer des faits de ce genre encore plus singuliers, qui se voient dans presque toutes les églises des colonies espagnoles et du Mexique, mais à quoi bon? Un jour viendra sans doute où des évèques intelligents ne permettront plus de travestir ainsi des images que nous devons vénérer.
Nous ne restâmes à Santiago qu'une journée pour compléter notre chargement de charbon. Quand nous levâmes l'ancre, il nous restait encore onze cent quatre-vingt-quinze milles à faire pour arriver à Vera-Cruz. Cette dernière partie du voyage nous sembla très-longue. Un coup de vent du nord nous prit à la hauteur du cap San Antonio, à notre entrée dans le golfe du Mexique; il ressuscita le mal de mer parmi les passagers et avec lui la mauvaise humeur.
Enfin, après cinq jours de navigation, nous aperçûmes le Cofre de Pcrote et le pic d'Orizaba, qui nous montraient leurs masses gigantesques à plus de trente lieues des côtes. Deux heures après le coucher du soleil, nous vîmes le phare et les lumières de Vera-Cruz. Au lever du jour, nous allâmes nous installer en face de la ville, laissant le fort de Saint-
Juan d'Uloa à notre gauche. Deux coups de canon nous annoncèrent que Ton venait de jeter l'ancre. Le pic d'Orizaba, couvert de neiges éternelles, se colorait alors de toutes les nuances rosées de l'aurore; la mer, calme comme ces lacs perdus dans les forêts vierges, avait des miroitements lumineux; les dunes de sable du rivage s'irisaient de mille teintes veloutëes. Les dômes et les clochers donnaient un air arabe à la ville mexicaine. La brise du matin apportait les senteurs de la foret, parfums suaves, indécis, exhalés de mille fleurs tropicales, baignées par des marais pestilentiels. Le soleil nous envoyait des rayons de feu tamisés par des, flocons de nuages. Les cloches des églises faisaient vibrer l'atmosphère de sons argentins. La grandeur du spectacle que nous offrait la nature, la vue de ces rives désolées, de ces îles encombrées de cadavres français, ces lieux, lugubrement célèbres, me donnèrent le spleen. Enfin je secouai cette vague mélancolie qui s'emparait de moi, je descendis dans une chaloupe, et, dix minutes après, je débarquai sur le môle de Vera-Cruz.
Détails sur Vera-Cruz. — Hôtels mexicains. — Les routes au Mexique. — Camarone. — Diligences. — Paso-del-Maeho,
Je ne puis me dispenser de placer ici quelques mots d'histoire et de géographie.
Les touristes affairés, les voyageurs incompétents ou prévenus, les historiens et les géographes qui ne quittent leur robe de chambre que pour prendre le classique bonnet de coton, disent avec assurance : « Le Mexique actuel comprend une superficie de 110 320 lieues carrées; il a 2200 lieues de côtes, baignées par l'océan Pacifique, le golfe de Californie et celui du Mexique. Les États-Unis le bornent à l'ouest et au nord; au sud, ses limites s'étendent jusqu'au Guatemala et Balise. Sa population s'élève à huit millions d'âmes environ, mais elle diminue chaque jour.
« Tout ce territoire était occupé par des Indiens parvenus, comme les Égyptiens, à un très-haut degré de civilisation. La conquête espagnole a christianisé ce vaste pays; elle l'a couvert de couvents,
d'églises, de routes excellentes tombées en ruines depuis Findépendance, et lui a donné la civilisation du moyen âge avec ses qualités et ses défauts. Depuis l'indépendance, c'est-à-dire de 1821 jusqu'à l'arrivée de l'empereur Maximilien, on compte à peu près deux cent quarante révolutions, qui ont bouleversé la République, l'ont inondée desang et ruinée pour long temps.
« Un escalier de trois marches peut donner une idée de la conformation du sol mexicain. La première de ces marches jouit du caractère et du climat particuliers aux régions tropicales; les deux autres ne ressemblent en rien à la première, appelée zone des Terres Chaudes. Le pays est peu cultivé; les lacs sont rares; les rivières sont des ruisseaux avortés qui se changent en torrents à la saison des pluies. »
Je contrôlerai plus tard l'exactitude de ces renseignements; je me contente, en ce moment, de les admettre sous bénéfice d'inventaire, et, sans autre préambule, je vais parler de Vera-Cruz.
La. ville est sur la plage, à droite de la rade, en arrivant par le nord. Ses longues maisons basses, sans toit et peintes en jaune ou blanc, ses clochers et ses coupoles forment de loin un très-joli panorama. Le fort de Saint -Juan d'Uloa est à gauche, en face de la ville; il est élevé sur un îlot de madrépores. 11 a dû coûter des sommes immenses. Les Mexicains le croyaient imprenable; ils ont perdu cette illusion depuis longtemps.
L'île des Sacrifices, désignée par les Français sous le nom de « Jardin d'acclimatation, » à cause de la quantité de tombeaux qu'elle renferme, est un amas
de sable situé à l'ouest de la rade. Avant la conquête, on voyait au sud de l'île un temple sur lequel on immolait des victimes humaines.
Vera-Cruz est une petite ville assise sur les bords du golfe. Une jetée de quelques mètres de longueur sert de débarcadère aux voyageurs et aux marchandises qui viennent delà mer. Les navires jettent l'ancre près du fort; c'est leur seul abri contre la tempête. Les rues sont larges , médiocrement pavées, tracées à angles droits comme dans toutes les villes mexicaines, et très-propres. La ville est entourée d'une muraille basse, inutile pour sa défense; le moindre boulet doit y faire une brèche considérable. Les édifices publics sont lourds ; ils ont le cachet de l'architecture espagnole, mélange de grandeur, de richesse et de mauvais goût. Pour désinfecter les ruisseaux d'où s'exhale une odeur nauséabonde, on y jette du chlorure de chaux; aussi les zopilotes encombrent moins les rues qu'autrefois. La quantité de ce genre de vautours est incroyable. Les ruisseaux, les terrasses des maisons, le toit des églises, fourmillent de ces hideux bipèdes. Leur physionomie est repoussante, leur plumage lugubre, leur office dégoûtant. Ils dévorent les immondices et les cadavres des autres animaux avec une voracité phénoménale. La municipalité protège leur existence par une forte amende contre ceux qui tueraient des zopilotes.
La population est estimée, à tort ou à raison, à 12 000 âmes. La plupart paraît sortir de l'hôpital, ou semble avoir besoin d'y entrer; on voit qu'elle habite la capitale du vomito. Cette maladie règne
généralement du mois de mai ou juin, jusqu'au mois d'octobre. Avec des précautions on peut aborder et traverser Vera-Cruz toute l'année, sans danger de la prendre. Le vomito n'est pas toujours mortel, et ne revient plus une fois qu'on est guéri.
Sous les Espagnols, Vera-Cruz était beaucoup plus considérable ; aujourd'hui, l'herbe croît dans les rues. La ville, éclairée au gaz, est traversée par un chemin de fer américain.
Malgré les tro^s semaines que je venais de passer sous les tropiques, je trouvais la température de ce port égale à celle d'un four dans lequel on va mettre du pain. Il faut avoir les poumons façonnés comme ceux des boulangers pour ne pas étouffer dans cette ville, même au mois de janvier.
Les dunes de sable amoncelées autour de Vera- Cruz sont à peine couvertes de quelques plantes dures et rabougries, jaunies et brûlées, presque en naissant, parla sécheresse et les vents. Des nopals poussent par-ci par-là, dans les endroits abrités. L'aspect de la nature immédiate à la ville est des plus désolés. De temps à autre, des cavaliers à figure sombre et cuivrée, trottent quand ils rencontrent un terrain solide; ils animent cette solitude, triste comme un cimetière, à la façon des fossoyeurs qui creusent un tombeau dans le champ de la mort.
La promenade publique appelée Alameda, est petite, jolie, ornée de palmiers; on y voit des fleurs, mais j'ai oublié de les compter. Elle est située près du chemin de fer de Mexico, au sud de la ville. Le dimanche, à cinq heures, elle est très-animée; des
musiciens autochthones écorchent, gratis, les oreilles des promeneurs.
Lorsque Fernand Gortez débarqua à Vera-Cruz, il n'y avait alors, en cet endroit, que du sable et pas une seule cabane de pêcheur. Cette côte inhospitalière portait le doux nom de Chalchiuhcuecan^ et la capitale Cuetlachtlan, aujourd'hui Cotastla, se trouvait à trente-six kilomètres S. S. O. de Vera-Gruz. C'est là que Cortez reçut les ambas adeurs de Montezuma. Avant de construire ia ville actuelle, les Espagnols cherchèrent un terrain plus propice que celui-ci à la création du premier port du nouveau continent ; mais après en avoir jeté les fondements en deux autres localités, ils revinrent au lieu de leur débarquement. En 1599, le comte de Monterey fit définitivement bâtir la ville où Cortez avait débarqué.
Un homme très-sérieux me dit un jour : « Si jamais Christophe Colomb a fait une bévue dans sa vie, c'est bien celle d'avoir découvert l'Amérique. » Cette boutade cachait sans doute le souvenir de quelques misères , semblables à celles que supportèrent Fernand Gortez et ses compagnons, lors de leur arrivée dans cette province. L'histoire nous fait un tableau navrant de leurs souffrances. Tout n'est pas d'or pour les aventuriers. Us auraient probablement souffert davantage, si les Indiens de Zempoala n'étaient pas venus faire un traité d'alliance avec les Espagnols contre Montezuma, qui venait de conquérir leur province et de l'incorporer à l'empire mexicain. La plupart des villes indiennes traversées par les conquérants, lorsqu'ils se mirent en marche pour Mexico, n'existent plus.
Il est fâcheux qu'on ne puisse aller à l'étranger comme l'on va à Saint-Cloud, c'est-à-dire sans bagages. Plus un voyage est long, plus les bagages sont lourds, embarrassants et coûteux. Au Mexique, ils sont impossibles ; leur transport nécessite une fortune. En mettant le pied sur le môle de Vera-Cruz, on s'aperçoit déjà qu'on foule un sol célèbre par ses mines d'argent. Relativement à nos prix de France, tout est cher. Le batelier qui me conduisit du navire au môle, distance cinquante mètres, mepritune piastre, soit 5 francs 30. Je fus obligé de donner une autre piastre pour chacune de mes malles, pour les faire transporter à la douane, distance dix mètres. Même prix pour les faire retransporter à l'hôtel du Commerce, distance vingt mètres. Il paraît qu'en faisant le prix d'avance on peut obtenir des conditions plus raisonnables, mais il faut le savoir, et parler un peu le castillan pour débattre le prix. La municipalité de Vera-Cruz devrait imposer un maximum honnête aux porte-faix, un tarif régulier pour éviter aux voyageurs le désagrément d'être exploités dès leur arrivée.
Pour voyager dans l'intérieur de l'Empire, le prix est réglé partout. Les diligences et autres voitures publiques allouent à chaque voyageur dix kilos de bagages*, le surplus paye un franc par livre, sur la ligne de Vera-Cruz à Mexico; sur d'autres lignes c'est encore plus cher. Les bagages trop dispendieux ou trop volumineux sont confiés à des commissionnaires qui les expédient sur des charrettes ou sur des mulets, à raison de cinquante centimes environ par livre. Dans
— Slia belle saison, c'est-à-dire en hiver, quand il ne pleut pas, ces bagages ne mettent que trois semaines, un mois pour aller cle Vera-Cruz à Mexico. A l'époque des pluies, le nombre des mois varie entre trois et cinq. Quand les chemins de fer, envoie de construction, seront achevés, ces inconvénients n'existeront plus.
Le prix ordinaire des hôtels est d'une piastre par lit et pour chaque repas , — total trois piastres par joui*. Il y en a de moins chers, mais j'indique le prix courant des bons hôtels. Il est rare d'avoir, en route, une chambre à soi tout seul. Quant au mobilier, le maître de l'hôtel ayant peu de confiance dans la probité du voyageur, ne laisse dans la chambre que ce qu'il est impossible d'enlever. L'inventaire d'une chambre d'hôtel peut se faire littéralement en cinq secondes. Le voici : un objet quelconque appelé lit, parfois une table, quelquefois une ou deux chaises. Le matelas, — quand il y en a, — le chandelier et la cuvette s'apportent généralement au moment de se coucher.
A. Mexico, les hôtels sont comparativement plus coûteux, plus vastes et mieux agencés que partout ailleurs. L'hôtel Iturbide est le premier pour sa grandeur et sa cherté. On y est très-mal et souvent volé. L'hôtel du Bazar est plus simple et plus sûr. Dans les hôtels de Mexico il y a des règlements imprimés en trois langues. Parmi les articles de ce règlement, le suivant mérite d'être cité : « Les domestiques ne « sont pas obligés de servir les voyageurs ; on les « paye à part pour faire la chambre, brosseries ha- « bits, cirer les bottes, etc. »
L'hôtel du Commerce, dans lequel je suis descendu à Vera-Cruz, défie toute description. C'est un labyrinthe malpropre, orné de singes et de perroquets. A l'arrivée des paquebots, on est assez mal reçu, dans ces établissements, si l'on n'a pas femme et enfants. Deux propriétaires refusèrent de me loger parce que j'étais privé de ce supplément de bouches. Grâce à deux compagnons de voyage qui firent communauté de chambre avec moi, l'hôtel du Commerce consentit à m'ouvrir ses portes. Trois lits à sangles, garnis de moustiquaires, trois cuvettes de faïence, placées sur une table de sapin, et trois chaises disloquées, tel était le mobilier de l'antre obscur qu'on nous donna sous le nom de chambre. Pour y arriver, il fallut monter et descendre des escaliers, traverser des monceaux de viande, de poissons et de légumes, passer par la cuisine et de sombres couloirs; si je n'avais pas eu la bosse de la géographie, je n'aurais pu retrouver mon lit qu'au moyen d'un fil, comme dans les catacombes. Je comprends maintenant la plupart des romans dramatiques écrits sur le Mexique; c'est un pays où l'inspiration du drame et de la tragédie suinte par tous les pores.
De Vera-Cruz à Mexico, il y après de cent lieues, quatre jours de voyage, et 300 francs de dépenses, tout compris. Lorsque je me mis en route, le chemin de fer n'était livré à la circulation que jusqu'à Camarone, environ soixante-trois kilomètres de Vera- Cruz. Nous mîmes trois heures pour faire ce trajet. Cecheminn'a qu'une seule voie pour le moment. En tète du train il y avait une compagnie d'Egyptiens et
un obusier, pour protéger le convoi contre les bandits. L'amour du pillage rend très-entreprenantes les bandes armées des dissidents, quand elles ne courent aucun danger. On a dû prendre ces mesures de sûreté contre elles.
Les troupes égyptiennes sont admirables de courage, de bonne tenue et de discipline. Les officiers français en font, avec raison, le plus grand cas. Elles supportent les rigueurs du climat sans en souffrir le moins du monde ; elles ont quelque cbose de martial et de distingué dans la tournure, malgré lébène de leur peau. En expédition, lorsqu'elles sont obligées de traverser un marais avec de la boue jusqu'à la ceinture, pour surprendre une guérilla, elles lavent leurs effets on ne sait quand, ni comment; ce qu'il y a de certain, c'est qu'on les voit toujours rentrer en ville avec leurs vêtements éclatants de blancheur. Il serait à désirer que ces troupes fussent assez considérables pour occuper toutes les terres chaudes.
Je quittai Vera-Cruz par le train de huit heures du matin. — Je crois qu'il y en a deux chaque jour. — Le chemin de fer entre d'abord dans une sorte de sillon naturel, rempli d'arbustes à feuilles persistantes ; plus loin , ce sillon s'élargit et devient un marais, coupé par des terres sèches, jusqu'au rancho de la Tejeria , situé à douze kilomètres de Vera-* Cruz. De ce marais, habité par des milliers de caïmans, de serpents, de crapauds monstres et de tous les amphibies qui vivent dans les marécages, sortent le vomito et ces exhalaisons pestilentielles qui font tant de ravages dans les environs.
Ce berceau de la mort est orné de tout ce qui révèle la richesse et l'exubérance de la vie tropicale. L'eau stagnante se cache sous des nénufars, des plantes et des fleurs aquatiques de toute beauté. Audessus de buissons inextricables enserrés dans les lianes du fameux convolvulus Jalapa, aux fleurs d'azur,— dont les Indiens révélèrent à l'Europe les propriétés médicales, — s'élèvent des palmiers, des bananiers, des palma-christi gigantesques, des magnolias, des lataniers, des flamboyants, l'acajou, l'arbre à caoutchouc et mille autres variétés d'arbres et d'arbustes, aux formes bizarres, au feuillage étrange. Des colibris au plumage doré, des perruches et des perroquets émeraudes, bigarrés de jaune et d'écarlate, des ibis aux longues jambes, une infinité de lézards et de quadrupèdes peuplent cette solitude mortelle et féerique. Ici, des papillons couleur de soufre tremblotent lourdement au-dessus des tulipes jaunes ; là , des nagassaris voilent pompeusement un crapaud hydropique ; plus loin, des roses et des fleurs d'angsoka abritent un reptile infect, sans vie, décomposé par la chaleur.
L'industrie et la nature n'ont rien fait pour enlever à cette luxuriante végétation les germes de la mort qui sont dans le sol, dans l'air, partout. C'est une zone qu'il faut traverser en train express. On pourrait pourtant l'assainir.
C'est à la Tejeria, qu'au commencement de l'année 1 866, une bande de deux cents guérilleros fit dérailler un train de voyageurs non escortés, pilla, maltraita hommes et femmes , mutila et finit par égorger dix
officiers et soldats français, sans armes, qui allaient s'embarquer à Vera-Cruz.
Depuis la Tejeria jusqu'à la Soledad, le terrain s'élève, l'eau devient rare, les acajous, les caoutchoucs, les cactus dominent dans la haute végétation. La Soledad est un petit village dont les cases sont éparpillées près du Rio-Jamapa. Lorsqu'il ne pleut pas, cette rivière est un beau ruisseau clair et limpide; à l'époque des pluies, il devient un torrent infranchissable. Au commencement de l'intervention, les Ptlexicains coupèrent le pont. Le commandant Morand perdit beaucoup de monde en voulant le rétablir ; aujourd'hui , ce pont est complètement achevé. La compagnie du chemin de fer en a construit un autre pour son propre compte.
On ne prendra plus la Soledad pour une vaste étable à.... moutons, depuis que les plénipotentiaires français , anglais , espagnols et mexicains y ont signé cette fameuse convention, désormais jugée par l'opinion publique. Outre cette célébrité historique, ce village possède maintenant deux ou trois hôtels en planches et quelques maisonnettes qui lui donnent une apparence convenable. Autrefois , la Soledad était plus florissante, mais les habitants, au nombre de deux mille, ayant attaqué un convoi de munitions, furent punis par l'incendie de leurs propriétés. La maison de l'alcade et celle du curé furent les seules exceptées de la destruction. Cette région est d'une immense fertilité ; je crois que de bons agriculteurs y feraient une grande fortune en peu d'années.
De la Soledad à Palo-Verde,le terrain est toujours
plat. A droite, on aperçoit des coteaux assez éloignés. Quelques arbres précieux et de beaux cactus ornent les bois par lesquels nous passons.
Nous arrivâmes à Camarone à onze heures et demie. Nous devions y déjeuner et prendre les diligences ou voitures retenues à Vera-Cruz jusqu'à Puebla. Le repos que nous fîmes dans ce village nous coûta sept francs par tête, mais il était excellent et copieux. Dans les repas, ce qui coûte le plus cher au Mexique, ce sont les vins français, qui se payent à part. Maintenant, on passe en chemin de fer devant ce village, sans s'y arrêter.
A Camarone, comme dans toutes les terres chaudes où je suis allé, les maisons sont des exceptions. Ou loge sous des toits de chaume très-bas, soutenus en l'air par des perches ou des branches d'arbre, à travers lesquelles on peut passer les bras, sinon la tête. C'est dire qu'on a besoin d'air, et qu'on prend tous les moyens pour ne pas en perdre un centimètre cube. Quand il vente ou qu'il pleut, il est très-désagréable d'habiter ces cabanes à jour ; les rhumes, pleurésies et fluxions de poitrine doivent y pleuvoir comme grêle.
Dans ce village je vis une danse de mulâtres, c'està-dire de gens issus de nègres et d'Indiens. Les femmes dansaient d'un côté, les hommes de l'autre. Placés sur deux lignes parallèles, les danseurs battaient des pieds, en mesure, et changeaient de place de temps à autre. Cette danse insignifiante et monotone n'offre aucun intérêt. Aussi, les spectateurs concentrent-ils leur attention sur l'improvisateur qui
s'accompagne de la guitare ou de la harpe. Il chante, ou pour mieux dire il récite sur un ton nasillard des couplets sur un sujet quelconque, qu'il est censé improviser. Celui de Camarone nous récita une longue tirade comique sur la crinoline. L'improvisatrice qui prit sa place, quand il eut fini, chanta les amours de deux fiancés auxquels la crinoline était inconnue.
Le costume des mulâtresses n'a rien de remarquable , mais leur coiffure est fort riche ; elle se compose de deux et même de trois peignes demicirculaires, très-élevés, placés à distances égales, l'un au-dessus de l'autre, de manière à former deux ou trois étages. Ces peignes, fabriqués à Tlacotalpam, sont pour la plupart en or massif, enrichis de perles fines et de pierres précieuses. Il y en a d'une valeur intrinsèque de cinq mille francs.
Camarone devrait être aussi célèbre dans nos annales militaires que le fut le passage des Thermopyles dans l'histoire grecque. Je n'ai pas à juger les circonstances qui ont amené le combat de Camarone, dans des conditions aussi déplorables pour nos soldats, mais le fait lui-même mérite d'être rappelé.
Le 30 avril 1863, à sept heures du matin, une compagnie de soixante-deux hommes du régiment étranger, commandée par le capitaine Danjou, et partie du Chiquihuite pour explorer le pays, s'arrêta dans les environs de Camarone pour faire le café. D'un autre côté, le colonel mexicain Milan, voulant. arrêter un grand convoi d'artillerie de siège, qui devait aller de Vera-Cruz à Puebla. avait rassemblé
deux mille hommes de troupes régulières et des guérillas pour enlever le convoi. Le colonel, apprenant par ses espions la marche du capitaine Danjou , résolut de s'en défaire pour assurer son coup de main.
Je ne raconterai pas les détails de ce combat héroïque; je dirai seulement que nos soldats, surpris par L'ennemi, se retirèrent sur Camarone , et se battirent pendant douze heures sans vouloir se rendre. Lorsque leurs munitions furent épuisées, et que le dernier homme tomba dans les flammes allumées par ordre de Milan, les Mexicains, — dont le nombre s'était encore augmenté dans la journée, — avaient perdu trois cent soixante-seize hommes tués ou blessés.
Je suis allé voir la tombe où repose la dépouille mortelle de ces héros; elle est énorme et surmontée d'une croix rustique. Une barrière faite avec des branches d'arbres l'entoure de tous côtés. Une autre croix, composée de deux planches , plantée sur un des côtés de la barrière, porte l'inscription suivante :
— Ici reposent les brèves de la troisième compagnie DU premier bataillon du régiment étranger