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CHAPITRE

Sommaire : Formes principales. — Micrococcus. — Levures et mycodermes.

Bacillus. — Formation des spores. — Leur résistance à l'action de ■■ . l.'air et de la chaleur. — Conséquences au sujet de la distribution . des microbes dans l'air, la terre et les eaux. — Solides et liquides • privés de germes. — Liquides de l'économie.

Une histoire des microbes, même réduite aux proportions que nous voulons lui donner, devrait régulièrement être précédée d'une classification permettant dé' .reconnaître et de dénommer les espèces si nom- ■bréuses auxquelles nous allons avoir affairé. Mais la scieitce ne possède pas' encore une pareille classification. Elle ne pourrait la faire reposer que sur des conisiiéràtions de structure, de forme, de grosseur, ou de fonction physiologique. Or la structure est à peu près la même chez les divers ferments, et de plus elle est très simple : un sac clos de toutes parts, rempli d'un liquide gélatineux, transparent et presque toujours d'aspect homogène, qu'on appelle protoplasjyia. Laforme et la grosseur ne fournissent pas de meilleurs caractères. On peut voir, dans la figure H représentant le vibrion septique, combien elles varient chez le même être. Les grands fils figurés au milieu des globules du

sang, dans l'un des quadrants, sont le même microbe que les formes si nombreuses du restant de la figure. Enfin, la fonction physiologique, le plus solide élément

Fig. 3.

IJIFUSOIRBS.

de classification, nous est encore fort mal connue, même pour les ferments les mieux étudiés, par exemple pour les levures. Avec un aussi petit nombre de documents incertains, on^ ne fait quo des classifications illusoires. Mieux vaut nous borner à quelques rensei-

22 \M MICUOUK et la. MALA-DllC.

giiemeiits généraux sur le monde des microbes, sur les principaux groupes qu'on y rencontre, et sur les noms qu'on est convenu de leur appliquer.

Le liquide où nous avons le plus de chances di' voir apparaître, simultanément ou successivement, les diverses formes que nous allons décrire est précisément ce moût de bière dont nous parlions en commençant. Abandonnons-le à lui-môme, pendant les chaleurs de l'été, après l'avoir additionné d'ufl peu de craie pulvérisée. Si nous examinons au bout de quelques jours la couche gélatineuse formée à sa surface, nous y trouverons, d'ordinaire, le mélange complexe d'espèces représenté par la figure 3.

Dans ce mélange, nous pouvons tout de suite laisser ide côté les formes les plus volumineuses, les kolpodcs («, fig. 3), gros infusoires k structure très compliquée, possédant une bouche, des estomacs, un cœur, etc. Ce ne sont pas là les microbes-ferments que nous avons à étudier, ce sont leurs ennemis. Ils en vivent. Ils se promènent en animaux de proie dans le liquide peuplé d'espèces plus petites qu'ils consomment comme la baleine fait des poissons qu'elle rencontre autour d'elle.

Nous laisserons aussi de côté, comme étant encore mal connues dans leurs fonctions, les monades (c), corpuscules arrondis, de forme sphérique ou lenticulaire, parcourant d'un mouvement à la fois rapide et trépidant la goutte d'eau étahée sous le microscope, et se mouvant à l'aide d^un ou de plusieurs cils flexibles placés à leur avant ou à leur arrière. Mais, à peu près au même niveau de grandeur que Tes monades, nous trouvons des cellules, toujours im^nobiles, dont la levure, que nous connaissans déjà, est le meilleur type.

Toutes ces cellules se reproduisent par bourgeonnement, comme nous l'avons vu pour la levure, et y mettent une activité très grande. M. Pasteur a vu une fois que, en deux heures, deux globules dé levure en avaient fourni huit, en comptant, les deux globules mères. Gela ferait, en 24 heures, seize millions d'individus provenant d'un seul, si au bout de quelque temps, par leur multiplication même, ils n'arrivaient à se gêner les uns les autres. Outre ce mode de multiplication, il y en a un autre, plus' rare, plus long, et moins étudié.

Tous les êtres présentant cette forme ne font pas fermenter le sucre. Quelques espèces se développent de préférence à la surface des liquides nutritifs et y forment des pellicules d'aspect gras, en général opaques et plus ou moins plissées. On a pris l'habitude de les appeler mycodei^mes. Ainsi les fleurs du vin ou de la bière (fig. 9) sont des mycodermes. Ce nom pouvant être utile, nous le conserverons, et nous réserverons le nom de levures aux agents de la fermentation des sucres, bien qu'il n'existe entre les deux groupes aucun caractère distinctif bien accusé, et même, comme, nous le verrons, que la même espèce puisse être tantôt un mycoderme, tantôt une levure.

A côté des levures, et immobiles comme elle§, on aperçoit de petits globules ronds (/) plus petits, dont le diamètrereste toujours voisin d'iin miUièmede millimètre. Ces globules sont rarement-isolés, ils sont plutôt par paires, ou même en longs chapelets (fig. 4). Ges' formes s'expliquent tout naturellement par le mode de reproduction. Chacun decesgranules s'allonge d'abord, comme cela est visible dans la curieuse planche du

MICH013H lîr LA MALADIE.

frontispice et s'étrangle ensuite en son milieu. Un sillon médian et transversal apparaît sur l'effilure et s'accuse de plus en plus, pendant que les individus qu'il sépare reprennent leurs formes globuleuses. Nous appellerons ces êtres des micrococcus.

Parfois les deux globules formés par l'allongement et la segmentation transversale d'un globule unique s'allongent eux-mêmes sans se séparer, dans un sens perpendiculaire au premier, et donnent ainsi naissance à quatre globules arrangés en carré. On a alors la forme merismopeclia. Parfois aussi chacune de ces cellules en carré se dédouble en deux nouvelles cellules; l'ensemble forme une masse cubique et prend le nom de sarciiie. Mais il n'y a rien d'essentiel dans cette distinction sur laquelle les classifications insistent beaucoup trop. La même espèce, je l'ai montré, peut, suivant le milieu où on la cultive, prendre la forme sarcine, merismopedia ou micrococcus.

Un autre caractère aussi intéressant, mais tout aussi contingent que le premier, et aussi indigne de servir de moyen de classification, est la tendance plus ou moins développée qu'ont presque tous les coccus à s'entourer d'une sorte d'enduit gélatineux, grâce auquel ils se soudent en masses glaireuses et irrégulières, auxquelles on a donné le nom àQzooglées. Nous emploierons tous ces noms à l'occasion, pour caractériser brièvement ces formes diverses du genre coccus

Ce genre est encore mal connu. Il renferme pourtant les plus grands ennemis de l'espèce humaine. Les abcès, les phlegmons, les pleurésies, les suppurations de toute sorte et la presque totalité des maladies de la peau sont dus à des micrococcus.

FORMES l5V0LUTIVES ET DISTRIBUTION DES MICROBES. 25'

On distinguera d'ordinaire très bien des micrococciis des bâtonnets ayant la forme d'un cylindre arrondi à ses deux extrémités. Ces bâtonnets sont de

Fig. 4.

FERMENT DE l'vRÉE.

largeur très variable. Les plus ténus portent quelquefois le nom de bactéries, les plus gros ceux de bacillus. Ils se reproduisent par segmentation transversale : chacun d'eux se partage dans son milieu en deux êtres nouveaux chez lesquels le même phénomène re-

commence. Tantôt ces deux êtres nouveaux se séparent avant de se multiplier ainsi : on ne voit alors dans lO; liquide que des articles isolés ou par paires, tantôt ils restent unis, et alors, suivant le nombre et la distribution des cloisons transversales, on peut avoir, avec la même espèce, soit de longs fils flexueux et enchevêtrés où les cloisons sont très rares {leptolhrix des classifications), soit des chapelets d'articles à peine plus longs que larges, et ressemblant alors, sauf un plus haut degré d'irrégularité, à des chaînes de micrococcus. ' La longueur de l'article est donc un caractère sans valeur. Il en est de même de sa mobilité. Certaines èspèces sont immobiles à toutes les époques de leur existence, telle est la bactéridie charbonneuse. D'autres sont immobiles dans leur vieillesse, el mobiles seulcjment dans les premières heures ou les premières journées de leur existence. Certaines semblent avoir un bil propulseur comme les monades, d'autres' en paraissent dépourvues. Les unes se meuvent avec lenteur en manifestant une certaine rigidité, unie pourtant à quelque souplesse, et leurs mouvements ne sont pas sans élégance. D'autres, plus onduleuses, filent comme des flèches, d'un mouvement trépidant et en quelque sorte vibrant. Qnles désigne alors plus spécialement sous le nom de vibrions, qu'il faudrait abandonner, parce que le caractère qu'il cherche à traduire est à peu près impossible à bien définir. D'autres enfin {b), contournées en spirales, avancent à la façon d'une vis dans l'écrou. On peut leur réserver le nom de spirillums. Ajoutons pour terminer qu'ily alaforme zooglée pour ces divers bâtonnets, comme pour Ics.coccus, et qu'elle est tout aussi peu caractéristiq,ue,

Voilc'i les formes visibles. Ce ne sont sans doute pas les seules, et il y en a d'autres que le microscope ne nous montre pas, que nous ne verrons peut-être ■jamais. La visibilité d'un objet soit à l'œil, soit au moyen d'un instrument quelconque, résulte d'une perturbation apportée par cet objet sur le mouvement des ondes lumineuses. L'œil, le microscope, ne créent pas la perturbation; ils doivent la recevoir toute faite, et leur rôle est de la rendre saisissable et de la transformer en sensation visuelle. Or, pour que cette perturbation persiste et devienne saisissable à une distance sensible de l'objet, il faut que celui-ci ne soit pas trop petit, par rapport à la longueur d'onde de la lumière incidente. C'est ainsi qu'une bouée dérange imperceptiblement le mouvement des grandes vagues, et peut en revanche laisser un long sillage sur les rides de la mer calme. Ces rides à leur tour, où la distance entre deux pleins et deux creux successifs, c'est-à-dire la longueur d'onde, est seulement de quelques centimètres, conserveront une impression très faible et très fugitive d'un bâton ou d'un pieu enfoncé perpendiculairement dans l'eau.

De même pour les ondes lumineuses. Si l'objet sur lequel elles se brisent est trop petit, elles perdent presqueimmédiatementlatracedel'impression reçue, et reprennent bientôt leur régularité de mouvement, correspondant à une impression uniforme où l'image s'efface. Or nous sommes arrivés à voir des objets ayant un millième et même, avec plus de difficulté et moins de netteté, un quinze-centième de millimètre. Les- longueurs d'onde de la portion la plus lumineuse du spectre sont v^aisines d'un demi-millième. Ce sont

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des dimensions du môme ordre. Les lois de la formation des images qu'utilisent l'œil et le microscope ne s'appliquent plus au-dessous de cet ordre de grandeur, et il peut exister, il existe certainement des détails de structure dans les êtres déjà connus, et, dans des liquides parfaitement limpides en apparence, des êtres que nos instruments, si perfectionnés qu'on les suppose avec leur construction actuelle, seront' toujours impuissants à nous montrer. On n'a pas le droit, en pareille matière, de ne croire qu'à ce qu'on voit et, si nous trouvons des raisons d'assimiler au point de vue de leur nature des liquides virulents renfermant des microbes visibles et d'autres liquides virulents où le microscope ne nous montrera rien, nous pourrons ne tenir aucun compte de cette distinction, en apparence si capitale.

Une dernière remarque va compléter ces notions essentielles. L'objectif photographique utilise et traduit par une impression, c'est-à-dire par une image qu'on peut rendre persistante, des rayons lumineux dont la longueur d'onde est près de trois fois plus petite que celle des rayons qu'utilise l'œil humain. Un objet de même dimension produira donc une impression plus durable sur les rayons photographiques que sur les rayons lumineux, et un objet plus petit donnera encore des images photographiques avec des dispositions de lentilles incapables de fournir des images lumineuses. La photographie peut donc nous montrer des détails invisibles, ou nous faire apercevoir des objets que nous ne voyons pas. Il y a beaucoup de territoires à découvrir dans cette direction nouvelle, mais il nous suffit de viser les espérances légitimes que nous pou-

FORMES ÉVOLUTIVES ET DISTRIBUTlOiS DES .MICROBES. 29

VOUS concevoir de ce côté, et nous revenons k l'étude du monde visible que nous connaissons le mieux, celui des bacilles.

Ce monde est très peuplé. Il renferme les agents actifs de diverses maladies, la tuberculose, le charbon, la lèpre: il renferme surtout les agents les plus communs des fermentations et putréfactions animales et végétales. Ceci donne de l'intérêt à l'étude des modes de reproduction qu'on y rencontre.

Nous avons vu le mécanisme de la multiplication par segmentation transversale. Un calcul curieux, fait par Cohn, montre quelle peut être sa puissance. Ce savant a trouvé qu'il fallait deux heures aux deux êtres provenant de la segmentation d'une certaine bactérie pour atteindre la dimension de leur mère etproliférer à leur tour. Par suite, entrois jours, les descendants d'un seul individu seraient, si rien ne venait les gêner, au nombre de 4,772 billions. Cette bactérie ayant à peu près en largeur un millième de millimètre, deux en longueur, et sa densité étant à peu près celle de l'eau, il en faudrait 636 millions pour faire un poids d'un milligramme. On peut alors calculer aisément que la progéniture d'une même bactérie ne pèserait, au bout de 24 heures, que ^ de milligramme, mais qu'au bout de trois jours elle pèserait 7,500 tonnes. Ces chiffres déconcertent l'imagination, et il est heureux que l'intervention des forces naturelles que nous apprendrons bientôt à connaître les empêchent de devenir des réalités.

Mais ce mode de multipUcation, si puissant qu'il soit, n'est encore pa3 le seul. 11 est celui de l'animal

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jeune ou adulte, eu voie de nutrition active, ayant de grands besoins et, par suite, des conditions étroites d'existence. En voici un autre destiné à lui permettre de traverser sans péril les époques difficiles. Lorsque l'être vieillit dans une liqueur, qu'il en a épuisé les \ éléments assimilables, qu'il y a déposé ses propres : produits d'élimination, dont non seulement il n'a pas j besoin, mais dont il doit à tout prix fuir la présence, \ on voit se former en un ou plusieurs points du filament j (fig. 2) ou à l'-une des extrémités de l'article court et I isolé (fig. ll)unepetitemasseplusréfringente, plusbrillante que le reste du protoplasma, et dont le contour, toujours mal accusé et un peu nébuleux, devient de plus en plus noir et épais. C'est la spore, décrite pour la première fois dans sa forme et sa nature par M. Pasteur, en 1869. La spore faite, le filament se résorbe autour d'elle et disparaît peu à peu. Les fonctions de nutrition sont alors suspendues, la respiration est tellement lente qu'on l'a crue nulle. Mais il n'y a pas à s'y tromper; la spore est vivante, plus vivante même, en un certain sens, que le bâtonnet agile et actif qu'elle a remplacé ; car elle supporte, sans en souffrir, des conditions d'existence mortelles à bref délai pour le microbe adulte.

La question est d'une telle importance que nous devons insister. Comparons pour cela l'effet produit sur les microbes et leurs spores par les trois influences maîtresses du monde des infiniment petits, celles de l'air, de la chaleur et de la lumière.

L'air est un élément nécessaire de la vie des êtres microscopiques, au moins de la plupart d'entre eux.

Mais il faut, pour la régularité des choses, qu'il soit accompagné de la présence d'une matière alimentaire', que le combustible soit à côté de l'agent comburant'. Quand un microbe vieillit dans un milieu qu'il a habité, et quand ses mutations de tissus deviennent moins actives pour une des causes que nous avons indiquées, si l'oxygène continue à affluer, c'est sur la substance même du microbe qu'il porte son action. La respiration lente, mais continue, de l'être vivant en brûle peu à poules tissus par un mécanisme analogue à celui de l'inanition. Lé microbe s'affaiblit, son rajeunissement devient de plus en plus pénible et difficile, exige des conditions de plus en plus étroites de milieu. On voit au microscope son protaplasma, d'abord fluide, gélatineux et homogène, devenir granuleux et subir une dégénérescence analogue à celle qu'on remarque dans les cellules mortes ou mourantes des tissus defe animaux supérieurs. La mort vient enfin terminer cette série de dégradations successives. Nous verrons bientôt le lien qui rattache ces phénomènes à la diminution de virulence dans le cas où le microbe est pathogène; contentons-nous de remarquer, pour le moment, le rôle hygiénique de l'air dans les circonstances que nous venons d'examiner.

Mais tout change si les êtres soumis à son action ont pu terminer leur évolution protectrice en spores. La nutrition suspendue, la respiration devenue à peine perceptible, la puissance et la résistance se modèrent •à la fois, et l'éqiiilibre peut persister très longtemps. De tous les microbes, les plus sensibles à l'action de l'air sont ceux chez lesquels on ne connaît pas la forme •sporique, les micrococcus; viennent ensuite les levures.

32 Llî MICKOBE ET LA. MALA.D1K.

Mais les bacilles peuvent être extraordinairement résis- ' tants. Tandis qu'une année passée au contact de l'air, à la température ordinaire, suffit à tuer l'immense majorité des micrococcus, j'ai trouvé, après sept et huit ans, quelques espèces de levures encore vivantes; quant aux bacilles, je n'ai trouvé morts, au bout de .cet intervalle, que quelques espèces redoutant le contact de l'air pendant leur vie normale, et que nous apprendrons bientôt k connaiw-e sous le nom d'anaérobies. Pour les autres, presque toutes celles que j'ai étudiées étaient encore vivantes, et quelques-unes semblaient même n'avoir aucunement souffert.

Quand la conservation a lieu en vases clos, d'où l'oxygène disparaît peu à peu, la vie des spores se prolonge encoreplus. J'en ai trouvé de vivantes après un quart de siècle, et dont le rajeunissement n'était pas plus long que si elles dataient de la veille. Rien ne fait supposer qu'elles aient été atteintes en quoi que ce soit par ce long assoupissement, et il semble qu'on devra les trouver encore, après un nouveau quart de siècle, ce qu'elles sont aujourd'hui.

On voit leur vitalité prodigieuse. Hâtons-nous de dire que ce mode de conservation dans un liquide à l'abri de l'air est rare dans la nature, où la spore est surtout exposée à se dessécher et à être emportée par le vent. Or, dans ces conditions, je ne crois pas qu'il puisse rester une spore vivante après 20 ans. J'ai opéré sur des bourres de coton ayant cet âge, chargées de millions de germes puisés dans l'air depuis 20 ans, Tous ces germes, conservés depuis Ualumière diffuse, dans les conditions de la poussière de nos appartements, se sont montrés stériles; mais ils n'ont pa5

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besoin, d'ordinaire, d'une persistance de vie aussi longue. Il importe seulement que l'espèce puisse supporter quelques jours ou quelques semaines de souffrances ou de privations. C'est à quoi sert la spore. Gomme la graine du végétal, elle est la forme résistante de l'individu, la forme de conservation de l'espèce.

Nous allons retrouver, à propos de l'action de la chaleur, cette indestructibilité relative des spores. Chaque microbe a une température de prédilection où sa reproduction est plus rapide et plus abondante, et dont il n'aime pas à s'écarter. Au-dessous, il souffre, suspend sa multiplication, l'arrête totalement lorsquè la température s'approche de ^éro, mais paraît toujours prêt à se réveiller quand on le réchauffe. Au-dessus, il souffre encore, mais d'une autre façon : non seulement il suspend sa multiplication, mais il s'affaiblit, son protoplasma se désagrège et devient granuleux, son rajeunissement devient plus difficile et plus lent. Il ^ semble passer par une série de dégradations analogues ; à celles qu'il subit plus lentement au contact de l'air à ! température plus basse. Mais tout se passe, en résumé, . à peu près de même au point de vue du résultat et, • dans les deux cas, nous aboutissons à la mort.

Cette température mortelle est variable avec les diverses espèces. Elle est, en moyenne;, comprise entre 50° et 60° pour les micrococcus, entre 55<> et 65° pour Mes levures, entre 70° et 100° pour les bacilles. On peut poser, comme règle générale, ne rencontrant qu'un petit I nombre d'exceptions, que toutes les espèces de mi- 1 crobes, lorsqu'elles sont adultes et en voie de proliféra- 1 tien, sont mortes à la température dë l'eau bouillante.

34 Llî MlCHOBl': KT LA MALADIIÎ.

Mais il n'eu est encore plus de même lorsqu'il s'agit ; dès spores. La mort à 400'* est au contraire l'exception. Pour les tuer il faut les porter pendant quelques minutes h 110°, 120° et même plus. On s'explique ainsi la persistance de la vie dans les liqueurs bouillies, et les difficultés qu'a rencontrées la solution de la question que nous nous sommes posée dans notre premier chapitre, de savoir si du moût de bière bouilli devait ou non s'altérer.

Rien ne met mieux en évidence la différence dans le degré de résistance h la chaleur des êtres adultes et et de leurs spores que l'expérience bien connue de M: Tyndall. Une infusion de foin n'est pas stérilisée par trois heures d'ébuUition continue, et se peuple au bout de deux ou trois jours de séjour à la chaleur. Mais elle peut être stérilisée par trois minutes d'ébuUition, à raison d'une minute par jour pendant trois jours consécutifs. C'est que l'ébullition du premier jour a fait périr les adultes. Les spores ont résisté, mais, dans l'intervalle entre deux ébullitions, surtout si le liquide est conservé à l'étuve, elles se développent, prennent la forme adulte, et dès lors, deviennent justiciables de là seconde ébullition, ou de la troisième, si une cause quelconque a retardé leur développement.

Vis-à-vis de l'action solaire, étuftiée pour la première fois par M. Downes, les différences sont du même ordre. D'après mes expériences, les espèces non productrices de spores, les micrococcus, résistent beaucoup moins que les bacilles sporifères, lorsqu'ils sont exposés à séc à la lumière solaire. Il faut de six semaines à deux mois du soleil de nos contrées pour tuer les

derniers; il faut seulement de quelques heures à trois ou quatre jours pour les autres. D'après M. Arloing, les bâtonnets adultes, immergés dans un liquide nutritif et exposés en cet état au soleil, périssent encore plus rapidement qu'à sec. Vingt-cinq à trente heures d'in-

^solation suffisent à tuer la bactéridie charbonneuse. Enfin la sensibilité particulière des spores au sujet des conditions de leur rajeunissement se manifeste ici, comme dans l'expérience de M. Tyndall, par un faitbien net et en quelque sorte paradoxal. Il suffit d'exposer deux heures au soleil, à la température qui convient le mieux à l'éclosion des germes, un bouillon nutritif dans lequel on vient d'ensemencer des spores pour les voir

I arrêtées dans leur développement. Tout être est fragile en venant au monde.

Nous avons longuement insisté sur les différences : dans la résistance à l'air, à la chaleur, à la lumière solaire, des microbes et de leurs spores, parce que ces faits ont des conséquences pratiques auxquelles i'hy- ;giène est directement intéressée, et dont nous devons imaintenant dire un mot.

La première est relative à la dissémination des gerimes dans l'air. Des êtres aussi minimes, se résolvant • en spores encore plus petites, vivant en masses innombrables dans les innombrables cadavres animaux et végétaux que sèment sur le sol et dans les èaux les lois de la nature, doivent évidemment se répandre abondamment dans l'air, et d'une façon incessante. Mais ils ! y rencontrent, fonctionnant aussi d'une façon continue, des causes de destruction, dont nous venons de voir quelques-unes, et dont nous trouverons bientôt de plus

puissantes. La dessiccation, l'action de la lumière, celle de l'oxygène, et à l'occasion, de l'ozone atmosphérique, sont les principales. Ajoutons-y l'influence de cette dose de chaleur solaire qu'arrêtent les corpuscules en suspension dans l'air, et nous arriverons à comprendre que, après quelques jours de voyages aériens, coccus, bacilles, spores même puissent périr. Elles n'y mettent pas le même temps. Pour certaines espèces, il suffit de quelques heures, pour d'autres de quelques jours, pour d'autres de quelques mois. Mais l'important est qu'aucune ne résiste.

Si donc l'air doit contenir h chaque instant des germes vivants, il doit en contenir un bien plus grand nombre de morts et d'incapables de se reproduire. L'expérience est tout à fait d'accord avec cette conclusion. Les innombrables poussières qu'on voit danser dans un rayon de soleil pénétrant dans une chambre obscure sont pour la plupart, soit des substances minérales n'ayant jamais eu vie, soit des êtres organisés devenus des cadavres.

Cela posé, il y a une remarque à faire : le nombre de microbes restés vivants sera d'autant plus restreint que les causes de production et de dissémination seront moins puissantes autour du lieu d'observation. Elles seules en effet peuvent beaucoup varier par suite de la présence ou de l'absence de matière organique clécomposable, de l'agitation ou du calme de l'air, etc. Les causes de destruction, représentées par l'action de la lumière et de l'oxygène atmosphérique, sont à peu près constantes. Aussi trouvera-t-on, par exemple, moins de germes dans l'air sur la montagne que dans la plaitie, dans un désert de glace que sur un sol

fécond, en pleine campagne qu'au voisinage des habitations, dans une maison bourgeoise que dans une caserne ou une école, dans une cave ot le sol est sec et l'air tranquille que dans une cour humide balayée par le vent. Toutes ces notions, élémentaires aujourd'hui, ont dû être péniblement établies à l'origine, et l'ont été surtout par les expériences de M. Pasteur. De tout ce qu'on a appris depuis sur ce sujet, on peut conclure que l'air est un milieu relativement pauvre en microbes vivants.

Il en est tout autrement pour les solides et les liquides. Les couches supérieures du sol sont imprégnées de matière organique envoie de décomposition, et sont non seulement peuplées, mais même saturées de spores dont le rôle est terminé, de microbes adultes en voie d'action et de prolifération, de germes dans 1 l'attente de conditions favorables àleur développement, r et gênés ou étouffés par la vie surabondante autour . d'eux. Les générations microscopiques s'y succèdent ^sans fin depuis des siècles, et le procès de destruction }y est plus lent que dans l'air, à cause de la présence < d'un aliment, de la rareté relative de l'oxygène, de I l'humidité persistante du sous-sol, etc. Les eaux météot riques, tombant après avoir opéré une sorte de lavage L grossier de l'air, arrivent impures à la surface de ce •sol, et y deviennent encore plus impures. Soit qu'elles aient seulement léché la surface terrestre, soit qu'elles [y aient pénétré à faible profondeur, on les retrouve en , effet prodigieusement peuplées. Mises alors en contact avec nos vêtements, nos ustensiles, elles laissent sur tout ce qu'elles touchent des dépôts plus ou moins

adhérents de germes, que de faibles courants d'air ne détacheront pas, qu'on n'apercevra même pas quelquefois au microscope, mais qu'il suffira, pour les rendre visibles à l'œil, de faire se multiplier dans une goutte de liquide organique.

Un calcul facile va nous renseigner sur la puissance de dissémination venant de cette voie. Paris est allé chercher dans la vallée de la Vanne, à une distance de 170 kilomètres, les eaux les plus pures qu'il ait pu trouver. Leur limpidité est en effet exemplaire. La plupart des sources captées et les plus abondantes sont presque absolument dénuées de germes, mais il en est quelques-unes, très limpides comme les autres, et où j'ai trouvé jusqu'à 60,000 germes par centimètre cube. Il ne faut pas être surpris de ce chiffre. Nous avons vu tout à l'heure que tous ces germes réunis ne pèsent pas un dix-millième de milligramme. Ces eaux de valeur médiocre se diluent d'ailleurs dans un volume beaucoup plus grand d'eau très pure, et le mélange, lorsqu'il débouche dans les réservoirs de la ville, contient rarement plus de 100 germes vivants par centimètre cube.

J'ai vu, d'un autre côté, que l'épaisseur de la couche d'eau adhérente à la surface d'un solide, qu'on lave sans l'essuver, est d'à peu près 5 dix-millièmes de milli-i mètre. Avec un centimètre cube d'eau des sources en question, on pourrait donc recouvrir une surface de deux mètres carrés, et avec 60,000 germes répartis suî cette surface, on en aurait 3 par centimètre carré. Or, je le répète, cette eau est très belle, très pure, et cent fois, mille fois moins chargée que la plupart des eaui domestiques. On comprend donc quelle source d'infection peut devenir le plus petit corps solide que les eaui

FORMES ÉVOLUTITES ET DISTRIBUTION JDES MICROBES. 39

usuellesont touché ou lavé, lepluspetitfragment delingo qu'elles ont imprégné. Auprès des germes ayant cette origine, ceux qu'apporte l'air sont presque négligeables.. Concluons que, dans tous les cas de contagion, c'est contre les solides et les liquides qu'il faut surtout se mettre en garde. Le contact direct d'un malade, d'un objet qu'il a touché, d'un linge dont il s'est servi, de la main de son infirmier ou de l'instrument de son chirurgien, est autrement dangereux pour ses. voisins que la respiration de l'air où il a vécu. On se préoccupe beaucoup de la bonne, ventilation des hôpitaux, et on a raison : on ne se préoccupe pas assez de la transmission bien plus active des germes par les corps solides ou liquides.

Où trouver et comment se procurer des solides et des liquides privés de germes? Nous avons à faire à cette question deux réponses, dont l'une a des conséquences pratiques bonnes à enregistrer de suite, et l'autre une valeur théorique que nous apprécierons bientôt..

En pratique, et pour commencer par la stérilisation des liquides, nous obtiendrons de l'eau pure en la chauffant quelques minutes à 125° dans une marmite de Pfipin ou une machine à vapeur. Gomme nous l'avons vu, la sécurité est moins absolue avec une simple ébullition à 100", mais en revanche cette dernière opération est facile, toujours utile, et il est bon de la faire subir à toutes les eaux de service, surtout aux eaux de boisson, en temps d'épidémie.

Un moyen plus sûr, très souvent plus pratique, est la filtration au travers de cloisoas poreuses d'un grain

m LE MICROBE ET LA. MALADIE.

assez fin pour arrêter au passage les germes en suspension, en laissant passer une eau limpide et très pure. Les filtres ordinaires ne suffisent pas, et n'arrêtent que les éléments les plus grossiers. Il faut recourir à la terre de porcelaine, par exemple au filtre Ghamberland, fig. 5. Ce filtre est formé d'un vase poreux allongé A, solidement fixé à la partie inférieure d'un récipient métallique. Ce vase reçoit de l'extérieur avec ou sans pression, par le robinet E, l'eau qu'il s'agit de stériliser, et qui ressort par B après s'être dépouillée de tous ses éléments solides figurés et vivants.

Pour les solides, on les stérilisera, soit en les chauffant à sec à 1S0°, soit en traitant par l'eau ou la vapeur d'eau à 2 atmosphères ceux qu'on ne peut ni mettre au contact d'une flamme, ni chauffer à sec. Tous ces moyens sont simples. Pour leur économie, il faut la mettre en balance avec les vies humaines qu'ils sauveront par centaines, quand ils seront employés.

En dehors de cette source artificielle de liquides et de solides stériles, nous avons les sources naturelles. La terre est un filtre tellement puissant, retenant avec une telle énergie, au travers de ses méats capillaires, les corps solides que les eaux emportent avec elles, qu'après un certain parcours dans les profondeurs du sol ces eaux sont complètement dépouillées des germes puisés à la surface. Les sources alimentées par de pareilles eaux seront en général pures, surtout dans les terrains volcaniques et primitifs. Dans les terrains palcaires., où les eaux circulent, non dans des fissures imperceptibles, mais dans les larges méats qu'elles savent s'ouvrir, il pourra en, être autrement. Tel est Je. cas pour certaines des sources de la Vanne..

De même, les masses compactes du sol, celles que ;ia*efïleure pas la charrue, et dont la profondeur est lassez grande pour qu'elles ne reçoivent que des eaux

Fig. 5.

purifiées, celles, encore plus nombreuses qu'on ne pense, dont l'imperméabilité est absolue et que l'eau n'a pas pénétrées depuis les temps géologiques, sont «aussi stériles que les eaux venant des profondeurs.

On a quelquefois comparé la terre à un grand organisme vivant. Cette comparaison, un peu superficielle, peut cependant nous servir à nous représenter la distribution des germes dans un être vivant par analogie avec ce que nous venons de constater dans le sol. A la surface, sur la peau, en contact permanent avec l'air et avec l'eau, il y en aura évidemment un grand nombre. Il y en aura encore bien plus dans le canal intestinal, si largement ouvert, si fréquemment parcouru par de la matière organique. Mais ni le sang, ni l'urine, ni les liquides vraiment intérieurs de l'économie ne sont en communication avec l'extérieur qu'au travers de membranes, muqueuses ou autres, auxquelles est dévolu, dans l'organisme, le rôle purificateur que jouent les couches profondes du sol. Si ces membranes sont intactes, si elles ne présentent point de lésion, l'urine, le sang et les tissus qu'il baigne devront être privés de germes. C'est ce que M. Pasteur a vérifié. Il ne faudrait pas en conclure qu'il doit toujours en être ainsi chez un homme enbon7ie santé. Cette expression n'a qu'un sens relatif. Il y a des cas, comme je le montrerai, où une bonne santé apparente peut coexister avec la présence temporaire dans le sang de germes inoflfensifs ou de germes de maladies bénignes. Mais c'est là l'exception, et le corps des animaux et de l'homme est d'ordinaire fermé aux germes des êtres microscopiques. C'est là la conclusion théorique dont je parlais tout à l'heure et que nous aurons plus tard à utiliser.

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