‹ Le microorganisme de la syphilisChapitre 10 sur 100 · DANS LES LÉSIONS SYPHILITIQUES · texte numérisé non relu

DANS LES LÉSIONS SYPHILITIQUES

A l’heure actuelle, le tréponème a ete constate dans toutes les formes, à tous les degrés, et, pratiquement parlant, dans toutes les variétés de lésions de la syplii-

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

lis. C/est ce dont nous allons pouvoir nous rendre compte en passant successivement en revue les diverses manifestations de la syphilis humaine acquise à ses Irois stades, de l’iiérédo -syphilis , et de la syphilis expérimentale. Quant à la fréquence des constations positives dans les diverses lésions, elle fera l’objet, non d’un examen morcelé, à propos de chacune de celles-ci, mais bien d’une étude d’ensemble, conclusion naturelle de cetle revue, que nous allons maintenant entreprendre.

a. — Syphilis humaine acquise. Stade primaire.

La recherche du trépoftème dans l 'accident initial a été pratiquée dans un nombre de cas extrêmement grand, et embrassant les formes cliniques les plus diverses.

S’agit-il de chancre génital ? Sa localisation précise n’influe en rien sur l’existence du tréponème, et c’est à titre de simple singularité que nous signalerons les constatations positives faites par Roscher dans deux chancres du méat.

Le degré d’induration est sans plus d’importance, et si, forcément, la majorité des observations a été faite sur des chancres à base franchement infdtrée, il n’en est pas moins vrai que la constatation du microorganisme de Schaudinn a permis par exemple à Iïeller et Rabinovitsch de considérer comme accident primitif une érosion d’apparence banale, diagnostic qui lut confirmé par l’évolution ultérieure de la lésion; il en lut de même dans un cas difficile de Spitzer (559), où l’induration était à peine indiquée, et dans un autre

de Roscher (507), où le premier diagnostic A’ ulcéra mollia elevata fut corrigé par la constatation du tréponème et l’absence de streptobacilles.

Indépendante du degré d’infiltration dermique, la présence du tréponème ne l’est pas moins de l’étendue ou de l’aspect de l’érosion épithéliale. Ainsi Launois et Laederich l’observent- ils dans un chancre pliagé dénique, Spitzer (559) dans un chancre gangréneux, Mucha et Scherber (597) dans un chancre diphtéroïde. Dans un cas de Lipsclmtz (35o) au contraire, il s’agissait d’un nodule gros comme une lentille, à surface à peine érosive, et dont le diagnostic n’était faisable que pour quelqu’un de très habitué. Mieux encore, dans une observation de Siebert (548), le chancre était en voie de guérison et sa surface déjà complètement épithélialisée. Dans l’un et l’autre cas le tréponème fut trouvé.

D’ailleurs l’étendue de l’érosion est facteur, dans une importante mesure, de l’âge de la lésion. Or, si Hoffmann et Mulzer ont décelé le tréponème dans des chancres tout à fait jeunes, il a été donné à Spitzer (559) de le mettre en évidence, sans peine, dans un cas où l’emplacement occupé par un chancre guéri depuis plusieurs semaines s’était réouvert à la suite d’un coït. C’est dans le suintement séreux de la petite plaie que la constatation fut faite b Des indications plus précises encore sont données par Queyrat et Levaditi, qui ont observé des chancres âgés respecte

1 Nous ne parlerons pas, clans ce chapitre , de l’influence du traitement sur la constatation du tréponème dans les diverses lésions de la syphilis ; nous réservons à cette importante question un chapitre spécial.

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vement de 8 , io, i5, 21, 3o, 4o, 45 jours, avec un résultat également positif, que la lésion fût ou non cicatrisée.

La concomitance avec le chancre d’une affection locale non syphilitique n’empêche en aucune façon de reconnaître la présence du tréponème. Dès leur premier mémoire, Schaudinn et Hoffmann ont signalé I existence de palhdum (associé dans leurs observations a Sp. refnngens ) dans des chancres indurés compliqués de balanite, de chancre mou, de condylomes acuminés, de blennorragie, de mollusca contagiosa des organes génitaux, etc. Kreibich relate un cas de balanite et d’herpès avec association palüdum - refringens ; 1 herpès guérit et à sa place resta un chancre. Autre cas intéressant : Levaditi et Petresco observèrent une malade dont le chancre s’était développé à la faveur d’une bartholinite suppurée ulcéreuse, et occupait encore la place de l’orifice du conduit glandulaire ; une ponction , pratiquée en plein tissu de la lèvre atteinte de bartholinite, permit de retirer un liquide clair, contenant quelques rares tréponèmes typiques. Mais peut-être, de toutes ces associations, la plus intéressante est-elle le chancre mixte, dans lequel la constatation simultanée du bacille de Ducrey et du tréponème (Thibierge, Ravaut et Le Sourd) facilite un diagnostic d’autant plus délicat que le début de l’induration est de date plus récente [Hoffmann (2/16)].

Les chancres extra-génitaux ne présentent, au point de vue qui nous intéresse, aucune différence avec ceux .do la région génitale. Le tréponème, en effet, a pu etre mis en évidence avec une égale facilité dans des accidents primitifs de localisations les plus diverses :

lèvres supérieure et inférieure [Doutrelepont (i56, 167) ; Lipschütz (35o) ; Roscher (607); Herxheimer (a3 1 ); Hoffmann (245, 249); Nicolas, Favre et André; Pascalis ; Rille et Yockerodt; Siebert (548)]; commissure labiale (Splendore) ; langue [Spitzer (559)] ; gencives (Glas) ; menton [Flügel ; Hoffmann (245, 249) ; Herxheimer ( 2 3 1 ) ; Roscher; Sellheim]; joue, rebord orbitaire, sein, fosse ovale de la cuisse [Oppenheim et Sachs (434 bis)]] paupière supérieure (Kowale’wski) ; dos de la main [Bayet ( 3 1 ) ] ; médius [Siebert (548)]; peau de l’abdomen | Hoffmann (249 bis )] .

Des chancres extra -génitaux peut-être pouvonsnous rapprocher les syphilomes à auto -inoculation, obtenus par Queyrat (458), en inoculant a 1 abdomen, avec sa lésion même, un sujet déjà porteur d un chancre, syphilomes dans lesquels il a constaté , en collaboration avec Levaditi, l’existence de Tr. palhduni. Signalons enfin que ce dernier a été reconnu par Dudgeon (i4i)dans un cas exceptionnel d 'accident primitif de la verge, survenant chez un hérédo-syphihticjuc de 20 ans.

La lymphangite syphilitique primitive n a lait 1 objet que d’un petit nombre de recherches. Ehrmann ( 1 4 8) , étudiant cette lésion sur coupes, y a trouvé deux lois sur quatre des tréponèmes en partie dégénérés, dont nous étudierons ultérieurement la localisation anatomo-pathologique ; moins intéressant est le cas de Bayet (3i), où la lymphangite était due essentiellement à une violente infection secondaire dont 1 agent causal, d’ailleurs, fut retrouvé côte à côte avec le tréponème. Quant à Hoffmann (25o), Ploeger (456), Queyrat et Levaditi , ils échouèrent dans leurs recherches.

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L adénopathie primitive peut être satellite d’un chancre génital ou extra-génital. Dans le premier cas, il s agit d une adénite inguinale, lésion où Tr. pallidum a été trouvé avec une grande fréquence, encore que sa recherche y soit quelque peu délicate, et qu’il existe des causes d insuccès sur lesquelles nous aurons à revenir plus loin. En dehors de la région génitale, signalons les constatations positives faites, dans les cas de chancre du menton, sur les ganglions sous-mentaux [Hoffmann (245); Roscher (5o9)J et dans ceux de chancre des lèvres sur les ganglions sous- maxillaires [ Roscher (5o9) ]. Dans un cas de chancre de la paupière supérieure contenant de nombreux tréponèmes. Kowalewski ne put en déceler aucun dans le suc extrait par ponction des ganglions préauriculaire et

cervicaux.

Enfin, au cours du stade primaire de la syphilis, quelques recherches ont encore été laites qui n’ont porté ni sur Je chancre, ni sur l’adénite. Ainsi le liquide céphalo - rachidien a été examiné à cette période par Widal et Ravaut, avec un résultat constamment négatif, et par Gordon avec un résultat négatif et l’autre douteux (quelques formations observées ressemblant un peu à certaines variétés représentées dans les dessins de Schaudinn). Fanoni (ifio) a cherché aussi si les cas de contagion vaccinale de la syphilis pouvaient s’expliquer par la présence de tréponèmes dans les pustules. Les recherches entreprises sur deux sujets furent négatives; mais les deux cas étaient défavorables, parce que les productions vaccinales étaient un peu trop vieilles. Enfin Buschke et Fischer (98) ont eu l’occasion d’examiner le sang du

cœur prélevé sur le cadavre cl une le in nie morte de suites de couches, en période primaire de sa syphilis. Le chancre, datant d’environ un mois, avait etc examine une seule lois pendant la vie, relativement a la présence du tréponème, et cela avec un résultat négatif. Les recherches ne furent pas plus heureuses sur le sang du cœur. Cependant les caractères cliniques de la lésion chancreusc étaient des plus caractéristiques, et d’ailleurs le tréponème fut trouvé en abondance sur les coupes de loie, de rate et de poumon de 1 enfant mort-né et légèrement macéré dont cette femme avait accouché.

b. — Syphilis humaine acquise. Stade secondaire.

Au cours de la période secondaire, les recherches faites en vue de déceler 1 existence du treponeme ont porté essentiellement sur les lésions cutanées et muqueuses, les adénopathies et le sang, accessoirement sur le liquide céphalo-rachidien, le sperme et l’urine. Après les avoir exposées dans cet ordre, lions examinerons ensuite, en un second groupe, celles qui ont eu pour but de déceler le microorganisme dans les accidents secondaires tardifs, secondo- tertiaires et tertiaires précoces. Lnfin , avant d aborder 1 élude du tertiarisme, à laquelle nous aurons été ainsi naturellement amené, nous jetterons un coup d’œil d ensemble sur les rapports du tréponème avec la période secondaire de la syphilis, considérée cette lois, non plus au point de vue de la variété anatomique de ses lésions, mais à celui de la forme clinique de son évolution.

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I. Le tréponème dans la période et les accidents secondaires proprement dits. — La première éruption de la période secondaire est presque toujours la roséole. Nous retrouverons, quand nous nous occuperons du sang, les faits où celui-ci provenait de piqûres ou de scarifications pratiquées au niveau d’une macule. Ces cas éliminés, ne restent plus que ceux: où le matériel d’examen était représenté soit par la pulpe tissulaire de raclage, soit par de la « rosée séreuse » ou de la sérosité obtenue par une vésication locale, soit enfin par la tache entière excisée.

Le raclage a donné un résultat positif à Schaudinn (5:22), rien à Bodin (66) ni à Siebert (543). Dans la sérosité obtenue par irritation superficielle, Spitzer (558, 559) trouvait dans deux cas les tréponèmes, tandis que Lipschiitz (35o) échouait.

Par le procédé du vésicatoire, Richards et ïlunt (494) ont obtenu un succès, tandis que Bodin (66) et Siebert (548), voire même Levaditi et Petresco, à qui ce procédé avait pourtant réussi dans le cas d’éruption papuleuse, ne parvenaient pas à déceler le microorganisme. Enfin, Bille et Yockerodt, qui ont excisé une macule et s’en sont servi pour préparer des frottis colorés, n’ont pu mettre en évidence le tréponème, tandis que Veillon et Girard, utilisant la méthode des coupes, ont non seulement constaté son existence, mais encore précisé, comme nous le verrons plus tard, sa localisation anatomo-pathologique. D’autres observations, les unes positives, les autres négatives, ont encore été publiées, que nous ne citerons pas ici, faute d’indications suffisantes pour les ranger soit dans l’une des catégories précédentes, soit dans celle (que nous

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examinerons plus tard) des prélèvements de sang pratiqués au niveau d’une macule roséolique. Somme toute, on le voit, assez peu de résultats positifs ont été obtenus dans la roseole, sans doute, comme nous lèverions ultérieurement, parce qu’il s’agit d’une lésion d’ordre essentiellement congestif.

Innombrables au contraire ont été les observations de tréponèmes laites au niveau des papilles cutanées, et nous allons retrouver, à propos déliés, quelques-unes des constatations que nous faisions à propos du chancre. Ainsi l’existence du tréponème semble être indépendante de l’âge du stade évolutif de la lésion, et, tandis que Metchnikoff et Roux (382) signalent leurs résultats positifs sur des papules toutes jeunes, Wecliselmann et Lœwenthal (6o3) mentionnent 1 existence du microorganisme dans une papule commençant à présenter des signes dinvolution, chez un homme soumis à une cure de frictions.

De même encore que pour le chancre , 1 existence du tréponème n’a absolument rien à faire avec la localisation de l’élément éruptif. Ce fait est capital. Les premières recherches de Schaudinn et Hoffmann , en effet, avaient été pratiquées exclusivement sur des papules de la région génito- anale. De la sorte, on pouvait croire Tr. pallidum un hôte habituel de cette région, et considérer sa présence dans les lésions de la syphilis comme le résultat dune infection secondait e. Mais aujourd’hui qu’il a été vu dans les papules du cuir chevelu , du visage , du cou , de 1 épaule , du dos, de la poitrine, de l’ombilic, du bas-ventre, des divers segments des membres supérieur et inférieur. et cela par un nombre considérable d’observa-

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teurs, on est fondé à dire que cette objection n’existe plus.

Il est vrai qu’on pourrait en faire une autre, et supposer ou bien que le tréponème n’a pas son habitat exclusivement localisé à la légion génito-anale , ou bien que de là il peut être transporté accidentellement en un point quelconque de la surface du corps. Mais encore faudrait-il, pour qu’une telle infection secondaire pût être invoquée, que le tréponème n’eût été trouvé que dans des papules érosives. Or, chose très importante, il n’en est absolument rien, et le tréponème s’observe aussi bien, voire même avec plus de facilité, dans les papules à revêtement épithélial intact que dans les éléments érosifs ; mieux encore, dans ces derniers, il n’existe généralement qu’en très petit nombre au niveau de l’exsudât de surface, où il n’est même pas rare de le voir manquer complètement; au contraire, plus profondément, dans l’intimité du tissu infiltré, qui constitue la lésion fondamentale de la papule, il existe seul et en abondance [Hoffmann (246); H. Kraus (296) ; Kraus et PrantscliofT; Krzysztalowicz et Siedlecki (3o4-3o5); Levaditi et Manouélian (335); Oltramare ; Schaudinn (522)]. C’est précisément en raison de ce fait qu’il est indiqué, lorsqu’on veut pratiquer un prélèvement au niveau d’une papule suintante, d'en déterger préalablement la surface érosive.

Sans vouloir d’ailleurs revenir ici sur ces questions de prélèvement que nous avons traitées plus haut, nous voudrions seulement mettre en évidence un fait intéressant signalé par Levaditi et Petresco, à propos du procédé du vésicatoire. Çes auteurs ont observé, en effet,

l’existence de Tr. pallidiun, non seulement dans la sero site des phlyctènes provoquées par l’action d’un vésicatoire sur une papule, mais encore dans celle des phlyctènes développées autour de cette papule, sur la peau en apparence saine. « Cela prouve que les tissus péripapulaires, probablement le derme papillaire et ses vaisseaux, quoique non altérés visiblement, peuvent être l’habitat d’un certain nombre de spirochètes, lesquels se laissent entraîner par l’exsudation lymphatique et séreuse due au vésicatoire. » Ajoutons cependant que « le procédé du vésicatoire reste impuissant lorsqu’il s’agit de mettre en évidence le spirochète... sur un territoire de peau saine située loin des lésions... ».

Ces généralités exposées, il nous reste a passer rapidement en revue les multiples variétés de syphilides papuleuses, où l’existence du tréponème a été constatée.

Ce sont d’abord les syphilides papuleuses simples, sans altération de l’épiderme, dont le type est la syphilide papulo-lenticulaire. Nous venons de dire de quelle importance était la constatation du tréponème dans de semblables lésions, puisque l’intégrité du revêtement épithélial élimine l’hypothèse d’une infection accidentelle de surface. Aussi les recherches effectuées sur ces éléments ont-elles été très nombreuses, et nous ne pouvons énumérer ici tous les observateurs ayant obtenu des résultats positifs. Qu’il nous suffise de citer simplement les noms de Doutrelepont (108), Hoffmann (243), Metchnikoff et Roux (382), N obi, Oppenheim et Sachs (443), Rille et Yockerodt, Wechselmann et Lœvventhal (5 o 3), etc. Parmi ces syphilides papuleuses simples, l’une d’elles, la syphilide licliénoïde, qui présente des caractères morphologiques assez spéciaux, a été étudiée

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au point de vue du tréponème par Siebert (548) et Spitzer (559), chaque fois avec un résultat positif.

Si nous abordons maintenant l’examen des sypliilides papuleuses avec altérations de l’épiderme, nous y rencontrons de nombreuses variétés que l’on peut classer en syphilides papulo-squameuses, syphilides papuloérosives ou suintantes, syphilides papuleuses avec formation de vésicules ou de pustules (Balzer).

Les syphilides papulo-squameuses ne semblent avoir donné lieu qu’à un petit nombre de recherches, avec résultats positifs dans un cas de papule séborrhéique du front [Lipschütz (35o)J, divers cas de papules squameuses proprement dites [Bunch, Oppenheim et Sachs (433)], de psoriasis palmaire ( Bille et Vockerodt, Doutrelepont) et de syphilides circinées (Roscher) , négatifs dans un cas de psoriasis plantaire [Lipschütz (35o)].

Les syphilides papulo-érosives ou suintantes, les condylomes plats, au contraire, ont été l’objet, soit à cause de leur fréquence, soit à cause de leurs propriétés éminemment contagieuses, d’examens multipliés, si bien que, parmi les nombreux observateurs qui se sont préoccupés de l’existence du tréponème dans les diverses manifestations de la syphilis, il en est peu qui ne l’aient cherché dans cette catégorie de lésions; moins encore qui, l’ayant cherché, ne l’y aient pas trouvé. D’habitude simplement érosives et suintantes, ces papules peuvent revêtir le caractère hypertrophique, s’ulcérer [Doutrelepont ( 1 33 )] , se couvrir d’une croûte ou d’un enduit d iph té roïde , et, sous ces divers aspects, renfermer toujours le tréponème [ Doutrelepont ; Oppenheim et Sachs (443) ; Lipschütz

(35o); Rille et Yockerodt ; Roscher (5o-)]. Dans un cas de papule croûteuse, en particulier, Rille (5oo) le trouva aussi bien dans la croûte que dans le tissu syphilitique proprement dit. Des figures intéressantes de division du parasite ont été observées par Hoffmann et Beer dans la partie périphérique d’une syphilide orbiculaire, qui revêtait en ce point une croûte assez épaisse, infiltrée de nombreux leucocytes.

Parmi les syphilides vésiculeuses, une syphilide zoniforme a été examinée par Nicolas, Favre et André (4 20), avec résultat négatif, tandis que, dans une éruption spécifique va ricelli forme . Hoffmann (245) observait une fois le tréponème à 1 intérieur d’une bulle intacte, et que, dans un autre cas du même genre, Lipschütz (35o) échouait dans ses recherches. De même, de deux faits d’acné syphilitique, l’un, vu par Pollio cl Fontana, se montra positif; l’autre, par Bodin (66), négatif

Le tréponème, enfin, a encore été observé dans différentes variétés de syphilides pustuleuses. L’impétigo syphilitique, qui résulte de la confluence d’éléments suppurés, a été examiné dans quatre cas, avec un résultat positif, par Roscher (607); des syphilides pustulo-ulcéreuses observées par Buschke et Fischer (98), Grouven et Fabry, Kreibich, Siebert (548), Wolters (612), ont également révélé l’existence du parasite, tandis que, sur trois cas de rupia [Siebert (548) ; Ferré ; Shennan (543)] , l’un seulement (Siebert) se montra positif.

Aux manifestations cutanées de la syphilis secondaire se rattachent celles des annexes de l’épiderme : ongles et système pileux. Dans un cas de périonyxis, Roscher (boy) a trouvé le tréponème dans un frottis fait

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avec la matrice de longle, mais non dans le pus de la lésion. En ce qui concerne le système pileux, le tréponème a été observé dans la lolliculite syphilitique acnéiforme du cuir chevelu, par Pollio et Fontana, et dans l’impétigo syphilitique de celte même région par Roscher (607).

Le tréponème est-il décelable dans les lésions cutanées non spécifiques des malades atteints de syphilis? 11 existe, à notre connaissance, un seul fait de ce genre, celui de Flügel, où il fut donné à cet auteur de constater deux exemplaires du microorganisme dans le pus de mollusca contagiosa , à contenu partiellement suppure. Roscher interprète cette observation en disant que sans doute, « une infiltration syphilitique — syphilis et irritation — s’était développée à la base [de ces éléments]. » Dans un ordre d’idées voisin, Buschke et bischer (98) se sont demandé si les exanthèmes consécutifs aux injections mercurielles étaient de nature syphilitique ou toxique; or, dans deux cas de ce genre, minutieusement examinés, ils n’ont trouvé aucun tréponème, mais n’ont voulu rien conclure d’un aussi petit nombre de faits. Dans un érythème pemphigoïde, survenu chez un syphilitique et attribué à l’action du mercure, Lévy - Franckel ne put davantage mettre le parasite en évidence.

La recherche de TV. pallidwn dans les papules ou plaques muqueuses, a donné des résultats absolument comparables à ceux que nous venons d enregistrer à propos des papules cutanées. Nous ne reviendrons pas ici sur les nombreuses associations de spirochètes que l'on peut observer à la surface de ces éléments, et qui n’ont d’autre signification, nous l’avons vu. que celle

d’une véritable infection secondaire. Quant au tréponème, il a été principalement observé au niveau des syphilides papulo-érosives, qui, en raison de leur grande fréquence, ont été le plus souvent examinées. Mais son existence est absolument indépendante de la variété anatomique, et on l’a trouvé tout aussi bien dans des syphilides papulo - hypertrophiques , des syphilides papulo- ulcéreuses en rhagades (Fliigel), etc.

Les adénopathies de la période secondaire traduisent, au même titre que les lésions cutanéo-muqueuses, l’infection généralisée de tout l’organisme; il était donc intéressant d’y rechercher Tr. pallidum. En fait, il semble que seule ait été examinée à ce point de vue l’adénite épitrochléenne, et cela avec un résultat positif par Lewandowski (cité par Jadassohn), négatif par Mucha et Scherber (097), Oppenheim et Sachs (434 bis), Rille et Vockerodt. De l’hypertrophie des ganglions lymphatiques, il convient de rapprocher celle d’un autre organe lymphoïde, V amygdale. Sur une tonsil le ainsi augmentée de volume et congestionnée, Fanoni (161) préleva un peu de suc sanguinolent , et put mettre le tréponème en évidence; l’expérience a été depuis répétée avec succès par Richards et Hunl (494).

La contagiosité, depuis longtemps connue , du sang des syphilitiques secondaires avait naturellement amené la conviction que le virus pathogène y était présent. Aussi, après la découverte de Tr. pallidum. nombreuses furent les recherches entreprises pour y mettre ce microorganisme en évidence. Les premières publications faites à ce sujet (et la nôtre fut l'une d’entre elles) n’enregistrèrent que des échecs. Depuis, un nombre assez important de constatations positives ont au contraire été

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faites, mais sans que les insuccès aient cessé d’être relativement nombreux; de plus le nombre d’exemplaires observés, dans les cas heureux, a presque toujours été très faible. Il semble donc que, lout en étant décelable dans le sang-, le microorganisme de la syphilis n’y trouve pas des conditions d’existence favorables, et que ce milieu réalise pour lui moins un habitat qu’un simple moyen de transport.

Quoi qu’il en soit, le mode de prélèvement du sang ne semble pas avoir de grande influence sur la proportion des résultats positifs. L’un des procédés les plus employés a été la piqûre ou la scarification d’une tache de roséole, conditions dans lesquelles le tréponème a pu être mis en évidence par Ferré, Ploeger (456), Richards et Hunt (493-494) » et enfin Bandi et Simonelli (i9), qui sont seuls à avoir pu le constater sur une préparation de sang fraîche. Mais plus instructifs au point de vue de l’existence du microorganisme dans le torrent circulatoire sont les prélèvements opérés en dehors de tout élément éruptif. Ainsi, Zabolotny (6i5) et Raubitschek ont pu déceler le tréponème dans le sang de la pulpe d’un doigt, Nattan-Larrier et Bergeron (4o5) dans celui résultant de la ponction d’une veine du pli du coude, Nœggerath et Stœhelin [dont la méthode a été appliquée avec succès par Fliigel . Grouven et Fabry, Schaudinn (5a 2)], dans le sang provenant soit de la ponction d’une veine, soit de la piqûre du lobule de l’oreille. Enfin un procédé exceptionnellement employé a été celui de la ponction de la rate, qui n’a permis qu’une seule fois, et encore très péniblement, à Schaudinn [cité par Hoffmann (245)], de déceler le tréponème.

D’une manière générale, d’ailleurs, le nombre des insuccès l’emporte sensiblement sur celui des quelques constatations heureuses que nous venons d’énumérer. Mais plusieurs cas négatifs ne prouvent rien conlre un cas positif bien observé, et l’existence du tréponème dans le sang, au cours de la syphilis secondaire, est aujourd’hui un l'ait définitivement établi. II y a mieux encore : Neisser (4o9) vient de montrer tout récemment que le sang d’un singe, en période de première incubation, c’est-à-dire avant l’apparition du cliancre, peut quelquefois , dès cette époque, être infectant pour un autre singe, à qui on l’inocule dans les conditions habituelles. Si donc Tr. pallidum est bien l’agent causal de la syphilis, il est à supposer qu’il peut, dans certaines conditions, et tout au moins chez le singe, passer dans la circulation générait' relativement peu de temps après l’inoculation.

Présent dans le sang, le tréponème l’est-il également dans les parois vasculaires? Hoffmann (200) l’a cherché vainement sur coupes dans un cas de phlébite syphilitique; Reuter (49i) l’a trouvé dans Y aortite : rapprochement purement artificiel d’ailleurs, la première de ces affections appartenant d'habitude, comme on sait, à la période secondaire, et l’autre presque toujours à la période tertiaire.

Les recherches faites sur le liquide céphalo-rachidien de malades en pleine période secondaire n’ont donné que des résultats négatifs [Paranhos. Rosenberger, Siebert (543) ; Widal et RavautJ , encore que Hoffmann (255) ait réussi récemment une inoculation positive du singe; et il en fut de même, en dépit des inoculations également positives de Finger et Lahdsteincr (172), des

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recherches effectuées sur le sperme par Radaeli (48o) et Hoffmann. Par contre le tréponème, trouvé pour la première fois dans Y urine d’un syphilitique atteint d’éruption secondaire par llirscbberg, a été observé de nouveau dans des frottis de culots de centrifugation par Dreyer et Tœpel et Mac Lennau (32 1).

II. Le tréponème dans les accidents secondaires tardifs, secundo -tertiaires et tertiaires précoces. - — Entre les accidents secondaires et les accidents tertiaires s’échelonnent, tant au point de vue de l’époque d’apparition que du type anatomique, une série de formes de transition, où il était intéressant de rechercher le tréponème. et où on l’a effectivement trouvé, quoique avec une fréquence sensiblement moindre que dans les éruptions franchement secondaires. Les accidents secondaires tardifs et secundo - tertiaires , les premiers n’a yant de spécial que l’époque insolite de leur apparition, les seconds caractérisés surtout par des aspects , des localisations, des groupements assez particuliers (certaines svphilides pustulo-ulcéreuses. onyxis, sy phi 1 ides papuleuses annulaires, etc.) n’ont guère été le sujet de constatations positives que de la part de Roschcr (507). Cet auteur, en effet, a observé le tréponème dans l’ ulcération linguale d’un homme atteint de syphilis depuis deux ans et demi, dans les papules groupées en foyers, confluentes par endroit, et souvent croùteuses, d’un autre malade dont l’infection remontait à deux ans trois quarts; enfin dans la matrice unguéale d’une femme atteinte de périonyxis syphilitique depuis un an, et ayant déjà une lésion gommeuse du tibia. Par contre, des résultats négatifs ont été obtenus par Qucyrat et

Levaditi dans divers accidenls secundo -tertiaires et dans un cas de rupia syphilitique survenu dix-sept ans après l’accident primitif, par Richards et Ilunt (494) également dans une éruption secondaire tardive de rupia, par Jaclassolin dans deux cas de « tuberôse Syphilide » agm i nées. Sobernheim et Tomasczewski enfin opposent les syphilides secondaires à apparition tardive, où ils ont toujours rencontré le tréponème jusqu’à cinq et même sept ans après le chancre, aux lésions à type tardif (syphilides papuleuses agrégées, formes tubéroserpigineuses et affections gommeuses proprement dites), où ils n’ont jamais obtenu que des résultats négatifs, même quand elles apparaissaient déjà précocement, c’est-à-dire un ou deux ans après l’infection.

Ceci nous amène à parler des accidents tertiaires précoces, et en particulier des manifestations viscérales qui surviennent dès la période secondaire de la syphilis. On n’a que rarement l’occasion de pratiquer des autopsies à ce stade de la maladie, et c’est ce qui explique le petit nombre des résultats réunis aujourd’hui à ce sujet. Cependant, même sur le vivant, la présence du tréponème dans certains organes peut être ind irectement reconnue. Ainsi l’existence précédemment signalée de ce microorganisme dans l’urine indique presque sûrement, dans de tels cas, sa présence dans le rein; il est bien peu probable, en effet, que sa pénétration dans le canal urinaire se soit effectuée en un autre endroit; d’ailleurs, dans l’observation de Dreyer et Tœpel, le malade avait deux grammes d’albumine, et les constatations furent positives même quand l’urine avait été prélevée par cathétérisme. On pouvait encore espérer avoir des renseignements sur l’existence du tré-

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ponème dans les lésions récentes de la syphilis des centres nerveux, par l’examen du liquide cérébro-spinal; mais toutes les recherches entreprises dans ce but ont jusqu’ici échoué [Buschke et Fischer (98); Widal et Ravaut]. Quant aux autopsies, elles sont actuellement an nombre de trois. L’une, de Jacquet et Sézary, concerne un homme présentant, au moment de la mort, survenue par hémorragie cérébrale, une éruption secondaire. Les principaux organes furent examinés par la méthode de Levaditi, mais seules les capsules surrénales montrèrent l’existence du tréponème, qu’elles contenaient d’ailleurs en grand nombre. Une autre autopsie, anterieure en date à la précédente, a été succinctement relatée par Salmon et Macé. Il s’agissait d'un homme mort de tuberculose, et présentant à ce moment une éruption syphilitique. Les principaux organes furent examinés sans cpi on pût y découvrir de tréponèmes. Enfin l’autopsie rapportée par Buschke et Fischer (98) est relative à un cas d’artérite cérébrale très précoce, survenue au cours d’une syphilis maligne, neuf mois environ après l’infection. L’hexagone de \\ illis et la plupart des branches qui en rayonnent présentaient des altérations syphilitiques, en partie circonscrites, en partie diffuses , les unes toutes récentes, les autres plus anciennes. Les pièces furent traitées par la méthode de Levaditi et Manouélian à la pyridine, et examinées sur coupes en série; mais aucun tréponème ne put être trouvé.

III. Le tréponème dans quelques-unes des formes cliniques de la syphilis secondaire. — L’existence du tréponème au cours de la syphilis secondaire prête encore

à quelques considérations spéciales si, au lieu d envisager la maladie au point de vue de la diversité de ses lésions, on le fait au point de vue de son mode dévolution.

De la syphilis récidivante, nous dirons peu de chose, sinon que les diverses poussées éruptives présentent le tréponème absolument au meme titre que la première. Ne venons-nous pas de voir, d’ailleurs, qu il en est ainsi des syphilides secondaires tardives, même quand elles surviennent plusieurs années après l’infection?

Beaucoup moins favorable à la constatation du microorganisme semble être la syphilis maligne. Siebert (548), Roscher (607), Buschke et Fischer (9y, 98), en ont examiné respectivement un. deux et cinq cas avec un insuccès complet. Les résultats furent, par contre, positifs dans deux observations de Ilerxheimer et Opiticius et dans une troisième de Doutrelepont (cités par Hoffmann et Beer). Rappelons ici, enfin, ce cas de syphilis, sinon maligne, du moins à marche rapide, rapporté par Roscher (5oy), et où, chez une femme présentant déjà un an après l’infection, une lésion gommeuse du tibia , l’examen d’une périonyxis fut positif.

L’importance de la recherche du tréponème dans le diagnostic de la syphilis latente a été bien mise en évidence par une intéressante observation de Buschke [in Buschke et Fischer (98)]. Il s’agit d’une femme de trente et un ans, mariée depuis deux ans et trois mois à un homme ayant contracté la syphilis deux ans avant le mariage. Cette femme, après avoir eu deux avortements, put mener à bien une troisième grossesse et accoucha d’un enfant bien constitué, en apparence

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sain, qu’elle nourrit, et qui, deux mois plus tard, présenta un exanthème papuleux syphilitique. La mère n avait eu jusque-là aucune manifestation morbide sinon, récemment, une chute de cheveux, et ne présentait objectivement pas d’autre symptôme que, dans la région inguinale droite, deux ganglions durs, de la dimension d’un haricot et d’une noisette, et, à gauche, un ganglion cubital, gros comme un pois. Le suc retiré par ponction de la glande inguinale la plus volumineuse montra, sur Irottis, l’existence de tréponèmes très nets. Il s’agit donc d’un cas paraissant concerner a première vue la mère immunisée d’un enfant syphilitique, et relever, par suite, de la loi de Colles, alors qu’en réalité il ne s’agit très vraisemblablement que d’un lait de syphilis latente. Dès longtemps avant que parut cette observation, Hoffmann avait conseillé d’avoir recours, en semblable occurrence, à la ponction ganglionnaire, cpiilte, en cas d’insuccès, à employer successivement les deux moyens suivants : inoculation d un animal réceptif avec le suc ganglionnaire, excision d un ganglion et examen sur coupes après imprégnation à l argent. Peut-être pourrait-on aujourd’hui aussi utiliser plus simplement le véritable séro- diagnostic auquel ont abouti les recherches récentes de Wassermann, Neisser et Bruck.

c. — Syphilis humaine acquise. Stade tertiaire et parasyphilis .

Bien que dès le commencement d’août i9o5, c’està-dire moins de quatre mois après la découverte du tréponème, des constatations positives dans la syphilis

tertiaire eussent été faites et publiées par Spitzer (559), on s’en fut longtemps encore répétant, dans de nombreuses communications, voire des revues générales, que le microorganisme s’était toujours dérobé aux recherches dans les productions spécifiques de cette période ; on faisait des hypothèses et 1 on concluait ou bien que les lésions tertiaires étaient d origine toxique [Mac Weeney (6o5)], ou bien que le tréponème y existait sous une forme d évolution encore inconnue [Fliigel ; Lipscliütz (348)], ou, enfin, qu il y était présent sous sa forme habituelle, mais en très petit nombre, comme le bacille de Koch dans le lupus tuberculeux [Brandweiner (7b); Flügel; Jadassohn; Wolters(6i3)]. L’expérience devait montrer que cette dernière hypothèse, qui, d ailleurs, 11 exclut pas eventuellement la précédente, est bien conforme generalement (mais pas toujours cependant, comme on va le voir) a la réalité.

Le tréponème a été observé à ce jour aussi bien dans les lésions fermées que dans les lésions ulcéreuses de la syphilis tertiaire. C’est ainsi que Spitzer (559) eut l’occasion d’examiner plusieurs gommes non ulcéiees qui, exception faite pour deux d’entre elles, renfermaient le microorganisme, en très petit nombre cependant . Plus récemment, Dudgeon ( 1 4 1 ) a rapporté 1 observation d’une femme présentant au niveau de la joue une grosse tuméfaction, qui fut incisée, « et dans 1 intérieur de laquelle un grand nombre de spirochètes furent trouvées présentes. » La tuméfaction lut reconnue être une gomme; la malade avait encore d autres signes évidents de syphilis tertiaire.

Au congrès de Lisbonne (avril i9o6), dans la dis-

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

cussion qui suivit la lecture clés rapports cle Metchnikofî et cle Neisser, Schaudinn a annoncé qu’il avait réussi à trouver un amas de 5-6 tréponèmes dans la partie périphérique d’une gomme du l'oie. La syphilis remontait a douze ans, mais ce n’est qu’à la douzième coupe d’une série cju’il a pu les découvrir. On peut donc dire que c’est une « question de patience » pour réussir ou non.

hnfin Doutrelepont et Grouven ont rapporté l’observation d’une femme ayant, entre autres symptômes, présenté aux jambes clés lésions d’infiltration particulièrement douloureuses, atteignant les muscles et même les os, de la grosseur cl’une noix et se ramollissant vite. En l’absence cle commémoratifs, le diagnostic cle syphilis s’appuyait sur la clinique et sur l’examen histologique. Les lésions qui viennent cl’être décrites furent incisées et grattées à la curette tranchante. Avec les fragments cle tissus ainsi prélevés furent faits des frottis dans lesquels on trouva , mais à grand’peine et après des recherches prolongées , quelques tréponèmes typiques.

Les cas précédents appartiennent à la syphilis acquise cle 1 adulte ; nous pouvons en rapprocher quelques faits observés clans l’hérédo-syphilis. Ainsi Hoffmann (245) a signalé l’existence de tréponèmes dans un nodule gommeux du (oie, Bosc (78-) dans une gomme u aiguë » de ce même organe, Reuter (49o) clans une gomme du poumon, où ils existaient en grand nombre.

Les constatations positives dont il nous reste maintenant à parler se rapportent à des lésions tertiaires ulcérées. Spitzer (559) a trouvé des tréponèmes en très

petit nombre dans une gomme ouverte du cuir chevelu, ainsi que dans plusieurs lésions ulcéreuses tardives, dont l’une, en particulier, localisée à la joue. Rille et Vockcrodt, chez une femme atteinte de syphilis depuis sept on neuf ans, présentant une ulcération serpigineuse de la lèvre inférieure, ont trouve en ce point des formes qu’ils croient, non sans quelques réserves toutefois, pouvoir identifiera Tr. pallidum. Ferré, en collaboration avec Badin, a examiné cinq syphilides tertiaires avec un seul résultat positif, dans un cas d’ulcères de jambe produits par coalescence de gommes serpigineuses. Doutrelepont et Grouven ont décelé le tréponème sur les frottis d une lésion de la peau de l’abdomen, infiltrée, brun rougeâtre, large comme une pièce de cinq francs, et transformée partiellement en une ulcération serpigineuse ; sur ceux d un ulcère intéressant le dos du nez dans presque toute son étendue, et du fond duquel on préleva a la curette tranchante le matériel d’examen ; sur ceux, enfin, dune gomme ulcérée de la région sternale, prélèves, eux aussi, aux dépens du fond de la lésion.

Parmi les manifestations tertiaires au niveau des-

quelles le tréponème a pu être mis en evidence, d nous faut rappeler ici le cas d’aorlite de Reuter (49 1) auquel il a déjà été fait allusion plus haut. Quant au liquide céphalo-rachidien, pas plus à celle période qu aux précédentes, il n'a donné lieu à des examens positifs [ Gordon ; Widal et Revaut; Rusclike et fischer (98), Roscn berger] .

On pourrait ajouter qu’il en fut encore de même au cours de la parasyphdis (Gordon, Marinesco et Minea). En cette occurrence, d ailleurs, chaque fois que les

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

centres nerveux eux-mêmes furent examinés, les résultats enregistrés lurent également négatifs. • Ainsi c’est en vain que 1 existence du tréponème fut recherchée par Queyrat et F eu illié sur trois cerveaux de paralytiques généraux et deux cent quatre-vingts coupes; par Sicard, dans un cas de tabès, au niveau de la lésion primitive de jNageotle , cest-à-dire des culs-de-sacs sous-ara-

chnoïdo-ganglionnaires de la moelle lombaire; par Marinesco et Minea, dans les cordons, les racines postérieures et les ganglions rachidiens de cinq cas de tabès et I écorce cérébrale de sept paralytiques généraux. A ces constatations négatives, il est intéressant d’opposer le lait, en apparence contradictoire — mis en évidence par Ehrmann et confirmé par Hoffmann (255 ) — de la pénétration des tréponèmes dans les filets nerveux du chancre.

d. — Syphilis humaine héréditaire.

Sous sa forme héréditaire, la syphilis a fourni à 1 histoire du tréponème, surtout depuis l’application de la méthode des coupes, une riche moisson de faits posilils. Le parasite y a d’ailleurs été constaté, non seulement avec une extrême fréquence, mais encore en quantité souvent énorme, si bien qu’il n’est pas rare d’observer des préparations à l’argent qui en contiennent plusieurs centaines d exemplaires par champ visuel. Enfin, c est dans 1 hérédo --syphilis que le tréponème atteint son plus liant degré de généralisation ; l’organisme en est littéralement infesté, et il n’est guère d organes, nous allons le voir, où il n’ait été décelé. En résumé, fréquence des constatations positives, abon-

dance des tréponèmes, généralisation (n’excluant pas d’ailleurs une inégale répartition quantitative), tels sont les principaux caractères qui ressortent, à 1 heure actuelle, de l’étude de nombreux cas de syphilis heieditaire , quand on se place au point de vue de 1 existence pure et simple, dans cette affection, du microorganisme qui nous intéresse.

Comme nous reviendrons plus loin sur les localisations anatomo-pathologiques précises de Tr. pallidum, nous ne ferons qu’énumérer ici les lésions et organes

où sa présence a été notée.

Assez fréquemment rencontré dans le placenta, le tréponème n’a été signalé au niveau du cordon que par Frohwein (i83) et Iluebschmann (266); dans l’une et l’autre de ces localisations, il n’existe d ailleurs généralement qu’en faible quantité. Le sang de la veine ombilicale charrie les parasites jusqu au foie; là, un liés grand nombre d’entre eux s arrêtent, tandis que les autres, emportés sans doute par la circulation fœtale, vont infecter le reste de l’économie et déterminer des lésions cutanéo-muqueuses dune part, viscérales de l’autre.

L’existence du tréponème dans le sang a été mise en évidence chez le fœtus mort [Babes et Panea (10), Buschke et Fischer (09); Levaditi et Sauvage] , et chez l’enfant vivant [Buschke et Fischer (96, 99) , Jadassohn]. De ce qu’un examen a été négatif pendant laxie, un autre positif après la mort, il ne s en suit donc pas forcément, comme le veut Levaditi (o33), que le tieponème soit apparu « dans le milieu hematique, pendant les dernières phases de 1 évolution de la maladie », et l échée du premier examen ne saurait nullement

CONSTATATION ET VALEUR DU TREPONEME

prouver cpie le microorganisme lût réellement absent du torrent circulatoire au moment où il y a été recherché.

En ce qui concerne les lésions cutanées, les constatations positives laites au niveau des syphilides papuleuses [Jadassohn; Buschke et Fischer ( D7 ) ; Herxheimer (280) ; Levaditi (328, 329, 333)] sont de tout point analogues, dans F hérédo- syphilis, à ce qu’elles sont dans la syphilis acquise secondaire de 1 adulte.

Une lésion par contre bien particulière à la forme congénitale est le pemphigus syphilitique du nouveau-né, où le tréponème a été mis en évidence pour la première fois par Levaditi (327) et depuis par un grand nombre d’observateurs. Il existe là non seulement au niveau de la lésion, comme on peut le constater en prélevant par raclage le matériel nécessaire à un frottis, mais encore dans le liquide même de la bulle, où, tant que celle-ci est encore intacte, on le trouve en quelque sorte à l’état de culture pure. Des bulles de pemphigus on peut rapprocher les phlyctènes de vésicatoire, et il est intéressant de signaler que Levaditi et Sauvage, dans un cas où ils avaient appliqué deux petits emplâtres cantharidiens, l’un sur deux larges papules, l’autre sur une surface de peau d’apparence normale, trouvèrent le tréponème dans l’une et l’autre phlyctène. Un résultat analogue a été rapporté par Buschke et Fischer (99).

Les lésions spécifiques des muqueuses buccale et pharyngienne ne sont pas très communes dans la syphilis héréditaire. Exception doit être faite toutefois pour celles des lèvres, dont on connaît le danger au point de vue de la contamination, et où le tréponème a pu

être mis en évidence par de Elizalde et Wernicke. Toujours négatifs, par contre, ont été les examens de sécrétion nasale [Babes et Panea (1 3); Plœger (456) ; Salmon (5i4)j, ce que Thibierge (SyO) attribue à la présence de microbes pyogènes dans le coryza; cependant Neisser (4o8) a réussi une inoculation avec le « mucus purulent du nez », et peut-être est-ce bien plutôt parce que les recherches négatives auxquelles nous faisons allusion ont porté simplement sur la sécrétion nasale, ainsi qu’il semble résulter de la lecture des observations, et non sur du véritable coryza spécifique, que le tréponème n’a pu être trouvé. Il a été observé, au contraire, une fois, par Babes et Panea (i3), dan-s la sécrétion conjonctivale.

Si nous passons maintenant à des lésions ou des lissus moins superficiels, nous voyons que Y œdème souscutané a été examiné, sans succès, par Babes et Panea (i3). Plus heureuses ont été les recherches entreprises sur les ganglions lymphatiques , où le tréponème a pu être mis en évidence, non seulement quand il s’agissait de ganglions superficiels, inguinaux, par exemple [Babes et Panea ( 1 3 ) ; Hoffmann (245); Schaudinn (522); Radaeli (478)], mais encore de ganglions profonds, mésentériques [ Feuillié ( 1 65) ; Siebert (548)].

Les différents viscères ont fait presque tous 1 objet de constatations positives; mais Irois d’entre eux doivent être tirés hors de pair, parce que le tréponème y a été rencontré avec une fréquence et en nombre tout particulièrement considérables. Ce sont le foie, les capsules surrénales et les poumons.

Le foie semble être redevable de sa grande richesse

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME 167

en parasites à ce fait qu’il est le premier organe traversé par le sang placentaire; il arrêterait ainsi, au passage, une grande partie des tréponèmes apportés au fœtus par le- sang de la veine ombilicale [ Buschke et Fischer (98); Levaditi, etc.]. Quoi qu’il en soit, la fréquence des constatations positives y est voisine de la constance, et l'on peut difficilement se faire une idée du nombre énorme de tréponèmes que l’on observe dans certains cas. Ceux-ci n’existent pas seulement d’ailleurs dans le parenchyme hépatique proprement dit, mais encore dans l’épithélium des canaux biliaires [ Buschke et Fischer (9y); Gierke (20a)], dans la bile [Flexner ( 1 7 4 ) ; Buschke et Fischer (99)], et jusque dans Y exsudât <le périhépatite , développé au voisinage d’un foyer gommeux, et le liquide d ascite hémorragique [Bosc (76)].

La prédilection, assez inattendue, de ces microorganismes pour les capsules surrénales n’est pas un des laits les moins intéressants qu’ait révélé l’examen des organes; peut-être y a-t-il un rapport entre cette détermination spéciale et la teinte bistrée des hérédosyphilitiques | Balzer (18 &<$)].

Au niveau des poumons, le tréponème a été trouvé en quantités souvent considérables, particulièrement dans les foyers de pneumonie blanche; il existe également dans l’épithélium des bronches, et même à l’état libre dans leur contenu, ce qui fait penser à l’infectiosité possible de l’expectoration [Levaditi (333)].

A côté de ces trois organes, foie, capsules surrénales et poumons, il convient de faire une place spéciale à la rate. Comme eux, elle a été très souvent examinée, et souvent aussi avec un résultat positif.; mais, contraire-

ment à eux. elle ne contient d’habitude qu un nombre relativement peu considérable de tréponèmes, lait d autant plus remarquable que son hypertrophie est un des bons signes de la syphilis héréditaire. Peut-être exercet- elle sur le parasite une action destructive [Radaeli ( 4 7 8 , /|8o); Entz ( 1 5 5 ) ] ?

Les organes dont il nous reste à parler ont été examinés beaucoup moins souvent que les precedents, ce qui n empêche nullement les tréponèmes d y avoir etc parfois constatés en très grand nombre, mais ne permet pas de se faire une idée suffisamment précise de la fréquence avec laquelle ils y existent.

Dans un premier groupe nous rangerons un certain nombre d organes de structure glandulaire, qu ils aient une fonction excrétrice comme le rein , ou qu’ils élaborent une sécrétion externe comme le pancréas, interne comme le corps thyroïde et le thymus , ou figurée comme le testicule. Le rein est, parmi eux, celui qui a été le plus souvent examiné, et cela avec des résultats positifs d’une fréquence seulement moyenne; une lois le tréponème a pu être décelé par Buschke et Fischer (99) dans l’urine prélevée à l’intérieur de la vessie — en apparence non spécifiquement altérée — du cadavre d un enfant hérédo-syphilitique de six semaines. La recherche du microorganisme présentait un intérêt particulier au niveau du pancréas , en raison des travaux îecents qui ont montré la fréquence des lésions de cet organe dans la syphilis héréditaire. En fait, toutes les observations de ce genre, que nous avons pu recueillir, sont positives [Gierke (202); Frohwein (i83); Huebschmann (266) ; Entz et Feldmann, Entz, Lôwy], et plusieurs d’entre elles insistent sur la grande quantité de t ré-

CONSTATATION ET VALEUR DU TKEI’ONEME

ponèmes constatée. Le corps thyroïde a été examiné dans deux cas et toujours avec succès, une fois par Feuillié (i65), une autre fois par Huebschmann (266). Dans l’observation de ce dernier auteur, il existait des lésions de thyroïdite en voie de développement , et Je nombre des tréponèmes, par place, était énorme L’examen du thymus a donné des résultats positifs à Feuillié (i65), Levaditi (333), Frohwein (i83), Archer e Silva et Lôwy; celui du testicule, à Feuillié ( 1 65) , Parodi, Lôwy.

Le tréponème enfin a encore été trouvé en certaines localisations du tube digestif, de l’appareil circulatoire, du système nerveux et du squelette. Il a été observé dans la paroi de Y estomac par Versé, dans celle de l’intestin par Versé, Entz (i55), Frohwein (i83), Sirnmonds, et par ce dernier jusque dans le méconium. Au niveau de l'appareil circulatoire il a été vu, pour la première fois, dans le myocarde par Buschke et Fischer (99), en concomitance avec une myocardite interstitielle très accentuée; deux autres fois par Entz (i55), sans qu’il existât d’altérations histologiques; d’autre part, Frohwein a constaté son existence dans la paroi de Y aorte; enfin, il est intéressant de signaler ici que, dans un cas de syphilis hémorrhagique du nouveau- né , rapporté par Bille et Vockerodt, la recherche du tréponème pratiquée pendant la vie sur le sang et les papules cutanées, après la mort sur la plupart des organes internes, fût complètement négative; il ne s’agissait toutefois que de frottis. Les résultats donnés par l’examen du système nerveux ont été presque nuis; il faut d’ailleurs reconnaître que la méthode à l’argent convient assez mal dans ce cas : fibrilles nerveuses et

tréponèmes s’imprègnent de la même manière et présentent souvent aussi une réelle ressemblance morphologique, de sorte que le diagnostic peut presentei des difficultés vraiment très grandes [Buschke et fischer

(98) ; Ravaut et Ponselle]. Toujours est- il que seuls, jusqu’ici, Ravaut et Ponselle ont obtenu un insultât positif; encore n ont-ils trouvé le tréponème ni dans le tissu cérébro-médullaire, ni dans ses émanations (îacines et nerfs), mais seulement dans les vaisseaux, leurs parois, et surtout les exsudais péri-vasculaires. Rabes et Panea (i3) ont découvert, dans un cas, apres de longues recherches, un tréponème dans le liquide céphalo-rachidien, et, dans un autre cas, Schridde put en déceler deux; il s’agissait chaque fois d’un prélèvement post mortem , ce qui ôte quelque valeur à ces constatations, d’autant que, dans le cas de Schridde, il existait de nombreux cocci et bâtonnets.

Le scjaelette , enfin, a fait l’objet de recherches que rendent particulièrement intéressantes 1 existence des déterminations osseuses de la syphilis beieditaiie. Frohwein (i83) a trouvé le tréponème dans le cartilage; dans un cas d’ostéochondrite, Buschke et tischer

(99) l’ont observé au niveau des surfaces cartilagineuses adjacentes à la cavité médullaire, mais non dans le cartilage lui -même; dans trois cas de la meme affection, Bertarelli (4 7) a reconnu son existence dans le périoste et dans la moelle osseuse, surtout près de la région épiphysaire, ce qui correspond bien à la description des auteurs précédents.

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

e. — Syphilis expérimentale.

L’expérimentation sur les singes a pleinement confirmé les données de l’observation clinique, en ce qui concerne l’existence de Tr. pallidum dans les lésions de la syphilis. Il a été trouvé là avec une fréquence comparable à celle que l’on a notée chez l’homme. Sa constatation, dans le chancre d’inoculation, faite pour la première fois par Metchnikoff et Roux (382), a été répétée depuis par un grand nombre d’expérimentateurs; ses caractères morphologiques sont identiques chez le singe et chez l’homme. Le tréponème a encore été observé dans les ganglions lymphatiques | Levadili et Ma nouélian (338)] et dans les accidents secondaires cutanés et muqueux [Baermann (m Neisser, Baermann et Ilalberstàdter ), Metchnikoff et Roux (383 6/s)]; il n’a pu être décelé dans les organes internes de huit singes, avec lesquels Neisser, Baermann et Ilalherstàdler ont pu réussir pourtant des inoculations positives.

La présence du tréponème semble être indépendante de la nature du produit syphilitique employé pour l’inoculation : le plus souvent, dans les cas positifs, on s’était servi de fragments de chancres, de papules, de ganglions, quelquefois de sang [Hoffmann (202 bis)].

11 est indifférent aussi que le virus utilisé soit, de provenance humaine ou simienne. Lorsque l’on fait des passages d’animal à animal, le tréponème peut être suivi dans tous les termes d’une série; il a pu être retrouvé ainsi, jusqu’au troisième passage, par Thibierge, Bavant et Lesourd; jusqu’aux derniers termes d’une série de douze, par Fingcr et Landstciner (3io).

Jusqu’ici nous n’avons parlé que de la syphilis du singe. Or Bertarelli est parvenu, récemment, à inoculer le lapin par injection dans la chambre antérieure de l’œil d’une goutte de bouillie chancreuse, émulsionnée dans de l’eau salée physiologique; il vit alors se développer, sur la cornée de l’animal, une lésion rappelant histologiquement la syphilis, et dans laquelle il trouva le tréponème en quantité énorme. L expérience a depuis lors été répétée par Hoffmann (a55), qui, sans obtenir une lésion aussi intense, trouva du moins des tréponèmes, à côté d’une petite infiltration grise de la cornée d’un lapin.

i. — Considérations générales sur la fréquence des constatations positives du tréponème dans les lésions syphilitiques.

Dans la longue revue générale à laquelle nous venons de nous livrer, nous avons eu pour but de déterminer uniquement dans quelles lésions syphilitiques le tréponème avait été trouvé, et si, de temps a autre, nous avons opposé les examens négatifs aux constatations positives, du moins n avons-nous pas fait jusqu ici de la fréquence de ces derniers une etude systématique. C’est cette question que nous allons maintenant aborder.

A première vue , il semblerait que le meilleur moyen de se faire une opinion sur ce sujet serait de rassembler les résultats du plus grand nombre possible d’auteurs, de les réunir dans une statistique générale détaillée, et de conclure d’après les chiffres et les pourcentages obtenus; ainsi ont lait Petzold, Mulzer (4o3), Shennan

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

(543). A notre avis, une telle manière de procéder est absolument défectueuse, et 1 on ne saurait tabler en tien sur des résultats de ce genre. C’est qu’il existe peu de microorganismes dont la constatation, dans un pioduit morbide où ce microorganisme existe en fait, dépende d’aussi nombreux facteurs que celle du tréponème. La seule statistique exacte serait celle assez détaillée pour déterminer, à propos de chaque examen négatif, si chacune de ces conditions de réussite, se trouvait ou non remplie ; ainsi pourrait-on taire le depait entre les insuccès dus à 1 absence reelle du treponeme et ceux qui ne sont attribuables qu’à des circonstances contingentes. Mais une telle conception est une pure utopie, et c’est ce que nous allons montrer en passant en revue les principales causes susceptibles de conduire à un échec, en dépit de la présence réelle du microorganisme dans la lésion examinée.

I/une des principales causes d’insuccès, sur laquelle nous avons à plusieurs reprises insisté, et que nous ne craignons pas, tellement elle est importante, de reprendre une fois de plus, est un prélèvement Incorrect. Dans les premiers temps qui suivirent la découverte de Schaudinn , on employa souvent les préparations par impression ou décalque (Klatschpràparate) , c’està-dire les préparations obtenues en appuyant simplement une lamelle sur une surface érosivc ou ulcérée. Dans ces conditions, les échecs lurent nombreux. Qui s’en étonnerait aujourd hui, sachant que le treponeme n’existe qu’en petit nombre, souvent pas du tout, clans l’exsudât de surface, et qu’en raison de sa prédilection pour la profondeur dos tissus, il convient de n’aller le chercher par raclage de la lésion qu’après

avoir soigneusement délergé celle-ci de l’exsudât qui la recouvre ? Et n’est-on pas fondé à dire que les faits negatils dus a 1 inobservation de celle règle ne doivent pas continuer à charger plus longtemps les statistiques?

Mais a cote de celte cause d’insuccès, qu’il incombe a 1 observateur d éviter, il en est d’autres qu’il est bien obligé de subir, parce qu’elles dépendent de la lésion elle-même. L’extrême variabilité du nombre des tréponèmes est l’une d’entre elles, et l’importance de ce facteur peut déjà être mise en relief si l’on compare, en se plaçant à ce point de vue, les provenances diverses des produits examinés. Prenons, par exemple, le sang; il ne contient le tréponème qu’en petite quantité, et la fréquence des examens positifs auxquels il a donné lieu est incomparablement plus faible que celle qui ressort des observations de chancre ou de papules. Prenons encore la macule roséolique, élément éruptif d’ordre essentiellement congestif, avec infiltration réduite au minimum; elle ne contient, pour cette raison, qu’un nombre relativement très restreint de tréponèmes. Or, là encore, nous notons de nombreuses recherches suivies d’insuccès. Dernier exemple : les lésions tertiaires, et en particulier la gomme, contiennent le tréponème à un état de dissémination voisin de ce que l’on observe, dans le lupus tuberculeux, pour le bacille de Koch ; aussi n’est-ce encore aujourd’hui que par quelques unités que l’on compte, dans ce domaine, les constatations heureuses. En face de ces cas, considérons maintenant le chancre, la papule, les lésions de 1 hérédo-syphilis : le tréponème y pullule et la fréquence des résultats positifs y approche de l’absolue constance.

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME 175

Cette inégalité dans les résultats obtenus ne se manifeste pas seulement quand on compare entre elles tles lésions de nature différente, mais encore des éléments de type anatomique semblable, deux papules lenticulaires a epiderme intact, par exemple, prélevées sur le meme individu, en même temps, -de |la même maniéré, examinées avec une même technique, et dont 1 une pourra donner un résultat négatif, tandis que 1 autre en donnera un positif [Jadassohn ; Oppenheim (433) ; ihibierge (5^9)]. Les raisons pour lesquelles il en est ainsi sont d ailleurs les mêmes qui font que, de plusieurs frottis prélevés simultanément et avec une meme technique, aux dépens d’une seule et unique lésion, les uns ne présentent pas de tréponèmes, alors que les autres en font voir une quantité parfois considérable. Ceci tient essentiellement à un lait aujourd’hui bien établi, 1 inégalé répartition du tréponème dans les lésions, lait que la méthode des frottis n avait permis 9 ne ita soupçonner, et dont celle des coupes a donné depuis, a maintes reprises, une claire démonstration. Citons-en quelques exemples, à propos des principaux types de lésions syphilitiques. Mucha et Scherber (dby), Blaschko (tio), ont insisté sur la manière rien moins qu’uniforme dont étaient répartis les tréponèmes dans les coupes de chancre, où leur distribution semble plus ou moins commandée par celle des vaisseaux. Levaditi et Manouélian (336) ont fait des constatations analogues sur l’accident primitif du singe, et dans deux cas, en particulier, ont vu les tréponèmes localisés dans un endroit bien déterminé, ce qui explique, disent-ils, pourquoi, quand on fait plusieurs coupes ou plusieurs frottis d’un même chancre, cer-

laines coupes ou certains frottis présentent seuls des tréponèmes, tandis que, sur les autres, l’examen est néo-atif C’est une raison toute semblable qui rend compte de la variabilité des résultats obtenus par l’étude des frottis de ganglions lymphatiques ou desuc ganglionnaire [Neisser, Baermann et Halberstadter Hoffmann et Beer]. Même chose encore pour les papules : Ebrmann ( i49) fait des coupes en série de pun de ces éléments et constate que les tréponèmes sont répartis en deux foyers : un plus grand, central ; un plus petit, excentrique. S’agit-il d’une gomme P Ce sont au contraire les parties centrales qui sont dépourvues de parasites, tandis qu’on en pourra rencontrer a la périphérie un nombre variable d exemplaires [Scbaudinn (522); Entz (i55)]. Il n’est pas enfin jusque dans les lésions diffuses de la syphilis héréditaire où Ion ne constate, qu’innombrables en certaines régions d’un parenchyme, les tréponèmes sont, dans d autres, beaucoup plus clairsemés [Entz (io5)]. . ^

Les constatations faites au niveau d’une même lésion peuvent encore varier a fortiori quand, au lieu cl envisager des frottis faits simultanément, on considère des préparations faites à un ou plusieurs jours d intervalle. Il arrive très bien, dans ce cas, que l’examen du premier prélèvement soit positif, celui du second, fait le lendemain, par exemple, négatif. L’explication peut être évidemment la même que dans le cas précédent, c està-dire qu’il peut très bien se faire qu'on soit tombe, la première fois, sur un foyer de parasites et la seconde fois sur un point cpii en soit totalement dépourvu.

Peut-être aussi, comme le suppose Hoffmann (200), le raclage à la curette tranchante peut-il amener l’obli-

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

tération partielle des lymphatiques par un caillot, et ce n’est alors que quelques jours plus tard que l’on trouve de nouveau quelque chose. Enfin, si les observations de Herxheimer et Opificius sont confirmées, peut-être faudrait-il admettre aussi que les tréponèmes, à l’exemple de certains protozoaires pathogènes, se multiplient davantage ou tout au moins acquièrent une mobilité plus grande à certaines heures quà fl autres. Ces observateurs, en effet, ont, toutes les deux heures, une fois pendant 48 heures, l’autre fois pendant 24 > prélevé des frottis, au niveau de grosses papules ulcérées du front et des organes génitaux dans le premier cas, aux dépens d’un chancre de la verge dans le second cas, et les ont examinés au Giemsa. Dans toutes les préparations se trouvaient des tréponèmes; mais, tandis qu’ils étaient très peu nombreux pendant le jour, ils l’étaient au contraire beaucoup plus pendant la nuit. Il y avait un maximum régulier à 2 et à 4 heures de la nuit, un minimum à 10 heures du matin.

Parmi les autres facteurs susceptibles d’influer sur la constatation du tréponème, le traitement semble devoir, dans certaines conditions tout au moins, avoir un rôle très efficace. Nous- même avons publié, à ce sujet, quelques observations absolument probantes. Il faut reconnaître cependant que si l’on recherche, à travers la littérature du tréponème, tous les faits qui se rapportent à celte question, on se heurte aux contradictions les moins explicables. Nous ne faisons d’ailleurs rpie signaler ici ce point; il est assez important, en effet, pour que nous y revenions tout à l'heure avec plus de détails.

Enfin, de même que nous signalons plus haut des causes d’erreur possibles dans la technique du prélèvement, il nous en faut citer d’autres encore, dans celle de la préparation : une durée insuffisante de la coloration, un examen trop rapide et non systématique d un nombre de lamelles souvent insuffisant. N’oublions pas d’ailleurs qu’un frottis, même s’il est réalisé, coloré et examiné suivant toutes les règles de la technique, peut ne pas révéler l’existence du tréponème, alors que celui-ci existe dans la lésion. Nous savons en effet que là où un frottis montre quelques exemplaires, une coupe imprégnée à l’argent en met souvent quelques centaines en évidence; il se peut donc fort bien que là où un frottis n’en décèle aucun, il y en ait encore beaucoup.

Que conclure de tous ces faits au point de vue, qui seul nous intéresse ici, de la fréquence du tréponème dans les lésions syphilitiques P C’est que non seulement l’on n’est pas en droit de conclure d’un ou même de plusieurs examens négatifs à l’inexistence des tréponèmes dans une lésion, mais encore qu’étant donnés tous les obstacles qui tendent à s’opposer à leur constatation, il faut admettre que leur fréquence et leur nombre sont réellement bien grands, pour qu’une telle quantité de résultats positifs ait pu être publiée depuis dix-huit mois qu’on connaît leur existence !

En fait, nombre d’auteurs ont signalé que plus ils acquéraient d’habitude et perfectionnaient leur technique, plus fréquentes se faisaient leurs constatations positives; d’aucuns même finissaient par trouver le tréponème dans tous ou presque tous les cas de syphilis primaire et secondaire | Bayet (3:2) ; Bettmann

CONSTATATION ET VALEUR L)U TREPONEME

(54) ; Ilerxheimer et Hübner, Iïerxheimer et Opificius, Schaudinn (522); Lipschtttz (35o); YYechselmann et Lœwenlhal (6o3)\ etc.]. Entz (i55) écrivait encore récemment que si tous les chancres pouvaient être examinés sur coupes en série, ils donneraient probablemenl tous des résultats positifs, et Schaudinn luimême | in Neisser (4o8) | , parlant de la lésion la plus pauvre en tréponèmes, la gomme, disait que les recherches étaient certes longues, qu’il était besoin d’examiner de nombreuses coupes avant d’arriver à un résultat, mais qu’en somme tout se résumait là en une « question de patience » pour réussir ou non.

En résumé, on peut dire que de toutes les observations aujourd’hui accumulées ressort celte impression qu’il n’est aucun fait négatif, même de lésion tertiaire, qui puisse être attribué à l’absence réelle du tréponème ; que, mieux encore, si nos moyens d’investigations étaient plus perfectionnés, ou si simplement il était possible d’examiner sur coupes eu série toutes les lésions ayant donné, par les autres procédés, des résultats négatifs, ceux-ci s’évanouiraient un à un, et l’on arriverait ainsi à prouver la réalité de ce fait que, scientifiquement parlant, l’on ne saurait dès aujourd’hui affirmer : nous voulons dire la présence constante de Tr. pallidum dans toutes les lésions de la syphilis.

B. — Recherches de contrôle.

La constance du tréponème dans les lésions s\ philitiques ne permet pas, à elle seule, de conclure à la valeur diagnostique de ce microorganisme ; pour qu'il en soit ainsi, en effet, il faut encore qu’on ne puisse

Je rencontrer nulle part ailleurs. De nombreuses recherches ont été laites en vue d établir s il remplissait ou non cette deuxième condition. A l’exception de quatre, tous les travaux entrepris ont montré qu’il la remplissait effectivement-. Nous allons donc examiner avant tout la valeur des observations sur lesquelles s’appuie l’opinion de celte minorité.- qui comprend les noms de Thesing, Kiolemenoglou et von Cube, Scholtz, Ileidingsfeld et Markley.

C’est dans le colorant lui-même que Thesing (070) affirmait avoir trouvé des spirochètes, et, à l’appui de son dire, il présentait des frot lis, laits uniquement en étendant sur une lamelle une petite quantité de l’ancienne solution aqueuse de Giemsa, et dans lesquelles on voyait effectivement des formes qu’il prétendait ne pouvoir être différenciées de Tr. pallidurn.

La réponse fut facile, et celle question, qui souleva en son temps des discussions orageuses, est aujourd’hui jugée, oubliée, et n’a plus qu’un intérêt historique. Thesing avait dit que la solution de Giemsa contenait souvent de la dextrine ajoutée dans un but de fraude, et devenait ainsi un excellent milieu de culture pour une ioule de microorganismes, dont des spirochètes.

Or Schaudinn (car c’était contre les conclusions de son premier mémoire, publie en collaboration avec Hoffmann, qu’étaient dirigées toutes ces critiques), Schaudinn, disons-nous, s’était toujours servi de solutions préparées extemporanement au fur et a mesure des besoins, par dissolution dans l'eau distillée du colorant sec. Comment expliquer, d’ailleurs, si le parasite provenait de la solution colorante, qu’on le trouvât en nombre remarquablement grand dans les produits

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME 181

syphilitiques et non ailleurs? jN’est-il pas facile aussi, pour quiconque a l’habitude du microbe, de voir si une formation aussi grande qu’une spirochète sotrouve dans ou sur la préparation? Et Hoffmann de montrer un frottis où une spirochète se trouvait entre un globule rouge et la lamelle sur laquelle ce frottis avait été fait, ce qui excluait I idée d’un apport par le coloranl. Si. d’ailleurs, au lieu de se servir de l’ancien Giemsa on employait le nouveau , qui conlient une forte proportion de glycérine concentrée et d’alcool inéthylique absolu, et ne saurait par conséquent renfermer de germes saprophytes, on n’en continuait pas moins à trouver le tréponème dans les lésions syphilitiques; bien mieux, ce microorganisme était visible à l’état de vie et mobile sur les préparations fraîches, en l’absence de tout colorant. Faut-il ajouter que, d’après Wechselmann et Lœwenthal (6o3) , la spirochète trouvée par Thesiim dans le colorant n’avait pas même un soupçon de ressembla ncc avec Tr. pallidum? Il semble d’ailleurs que Thesing lui-même, qui n’admet toujours pas la spécificité étiologique du tréponème, ail renoncé à voir en lui une impureté apportée par le colorant. Il l’aurait trouvé, pai contre, une fois dans Je smegma | Thesing (Sy/j) I Ce cas emporte aussi peu la conviction que celui que nous venons de discuter — plus longuement peutêtre qu il n’était besoin.

Le travail le plus important, parmi ceux qui font mention de l’existence de Tr. pallidum en dehors delà syplnhs, est celui de Kiolemenoglou et von Cube. Ces auteurs auraient vu le microorganisme dans la balanite simple, dans le pus d’abcès scrofulodermiques. les produits de désagrégation d’un carcinome ulcéré et le suc

MICROORGANISME.

cle condylomes acuminés. Il se serait agi de tréponèmes absolument typiques , accompagnés dans tous les cas par Sp. ref ring ens cl par des tonnes intermédiaires aux deux espèces. Il serait donc actuellement impossible, concluaient-ils, d’éliminer tout à fait 1 hypothèse de l’origine saprophytique de pallidum, et, en tout, cas, les faits signalés prouveraient toujours que nous ne sommes pas en mesure de distinguer avec cerlitude les unes des autres, les spirochètes existant dans les produits syphilitiques et dans ceux qui ne le sont pas. Ajoutons que les préparations de kiolemenoglou et von Cube emportèrent aussi la conviction de Jesionek (281), et que Pielicke, tout en disant qu’il ne croyait pas que les spirochètes qui lui avaient été montrées lussent «identiques à Tr. pallidum, déclara pourtant s’être vu dans l’impossibilité de les différencier de celui-ci.

Or Kiolemenoglou et von Cube, après publication de leur travail, firent parvenir un bon nombre de leurs préparations à Schaudinn, qui en remit lui-même quelques-unes à Hoffmann. Ces deux observateurs les examinèrent indépendamment l'un de l’autre et publièrent chacun leurs propres constatations. Schaudinn (522) fit d’abord remarquer que, sans doute a cause de la mauvaise qualité du colorant, les préparations étaient si pâles, que, rien que pour ce motif, la différenciation des spirochètes était rendue très difficile. 11 n en trouva d’ailleurs aucune qui fût typique, longue et comptât plus de huit spires. Il refit alors une nouvelle coloration des frottis et constata l’existence de formes toutes spéciales, qui n’étaient ni Sp. ref nageas, ni h\ pallidum , et comprenaient au moins trois ou quatre espèces nouvelles de spirochètes. Quant à Hoffmann,

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

il constata l’existence de spirochètes de différentes dimensions, comme il en avait déjà été vu dans la balanite, les papillomcs, les carcinomes ulcérés, et qu avec un peu d’habitude on arrive facilement à distinguer de Tr. pallulum, par leur coloration bleue, le nombre plus petit et la tonne de leurs spires, enfin par leurs extrémités plus mousses. A quelque temps de là, d’ailleurs, Jesionek écrivit à Hoffmann (a5o) que la signification étiologique de Tr. pallidum ne taisait plus de doute pour lui, ce qui semble indiquer qu’il avait abandonné sa première manière de voir. Il n est pas jusqu’à von Cube (118) lui-même qui, dans une communication postérieure de cinq mois à son premier travail en collaboration avec Kiolemenoglou, ne se montre beaucoup moins affirmatif qu’alors, reconnaît toute l’importance de la constatation constante du tréponème dans la syphilis, et se borne à dire que l’on ne saurait être cependant en droit de le considérer comme l’agent causal de cette affection, « avant qu’on ait pu déterminer, avec toute certitude, des moyens tout à fait typiques et précis de le discerner de très nombreuses espèces semblables de spirochètes, que l’on rencontre par ailleurs. »

L’unique observation de Scboltz ne paraît guère plus probante que toutes celles de Kiolemenoglou et von Cube. C est au niveau de condylomes acuminés que les soi-disant tréponèmes ont été observés; un traitement de trois semaines par les injections de salicylate de mercure resta sans effet sur les lésions, tandis quelles guérirent par 1 application locale de résorcine, ce qui confirmerait quelles n’étaient pas de nature syphilitique.

Sur une préparation au Giemsa, cl ailleurs clefectueu sement colorée, qui lui lui envoyée par Scholtz, Hoffmann fit les remarques suivantes : les spirochètes étaient trop épaisses relativement à leur longueur généralement faible, et si une partie d’entre elles ressemblaient au tréponème, du moins, par le nombre et la forme clés spires, elles ne correspondaient pas complètement au type de ce dernier; enfin, toutes n’étaient pas de coloration rougeâtre, mais bleue. Ni Hoffmann, ni Schaudinn , à qui la préparation fut montrée, ne considèrent comme prouvé qu il s agit de tréponèmes. Ce cas de condylomes a large base cl implantation, ajoute Hoffmann, reste cl ailleurs équivoque, eu dépit de l’échec du traitement mercuriel, et, fùt-il prouvé qu’il se soit bien agi là de véritables tréponèmes, ce fait unique ne prévaudrait pas, clans une question d’une telle importance, contre les centaines d’observations contraires actuellement acquises. Ajoutons que dans une communication postérieure de deux mois à la première, et relative comme elle à la présence de spirochètes clans la syphilis, Scholtz ne fait pas allusion au cas dont nous venons de parler, et s’il exprime des réserves sur la valeur étiologique du tréponème , c’est uniquement parce qu’il l’a observé surtout dans les lésions ulcérées de la région génitale, et beaucoup moins fréquemment dans les papules intactes du coips, clans la roséole et clans le sang. Enfin Petzold, élève de Scholtz, écrit dans sa thèse que toutes ses recherches de contrôle sur les lésions non syphilitiques ont été négatives; que deux fois seulement, dans un condylome acuminé (sans doute le meme que celui cle Scholtz?) et clans uu carcinome ulcéré, il a trouvé des

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

spirochètes qui ressemblaient à Tr. . pallidum , mais n’étaient pas absolument typiques.

Les constatations de tréponèmes, en dehors de la syphilis, rapportées par Heidi ngsfeld et Markley, semblent n’avoir jusqu’ici attiré l’attention de personne; du moins ne les avons-nous trouvées citées dans aucun travail. Peut-être n’y a-t-il pas lien d’ailleurs de regretter outre mesure ce silence. 11 s’agit de quatre lésions non traitées de la verge, deux condylomes acuminés et deux chancres mous, dans .chacune desquelles aurait été trouvé Tr. pallidum. Le seul détail intéressant est celui-ci : au commencement de leurs recherches, les auteurs confondaient avec le tréponème « toutes les formations qui présentaient une décevante ressemblance avec lui; plus tard celle crédulité fit place à un scepticisme intense, et sans doute, disent-ils, de nombreux examens faits à celle époque, et considérés comme négatifs, avaient -ils une valeur positive ». En l’absence de tout renseignement précis, peut-être n’estil pas interdit de rapporter à la phase de grande crédulité les quatre observations qui nous intéressent.

Résumons cette argumentation. Des objections de Thesing, il ne reste rien; les spirochètes de Iviolemenoglou et von Cube n’étaient certainement pas idendiques à Tr. pallidum, et. d’une manière plus que probable, il en était de même de celles observées par Ileidingsfeld et Markley; dans l’observation de Schoïtz, les spirochètes présentaient une ressemblance assez réelle avec le tréponème, mais sans en avoir les caractères absolument typiques; d’autre part, il n’est pas très sûr qu’il ne s’agissait pas d’une manifestation spécifique. D’aucun de ces faits ne ressort donc, de quelque

manière que ce soit, lexistence du tréponème en dehors

de la syphilis.

Quant aux recherches de contrôle, entreprises tant chez l’homme sain que dans une multitude d affections des plus diverses, elles donnèrent absolument toutes, comme nous l’avons dit, des résultats négatifs. Quelque fastidieuse que puisse être l’énumération des nombreuses circonstances on elles furent réalisées, il est nécessaire tout au moins de citer ici les principales, afin de donner une idée de ce que furent et leur variété et leur multiplicité.

Chez l’individu sain, les recherches portèrent sur la

peau, la bouche, le tartre dentaire, 1 expectoration , Je vagin, le col de l’utérus, le smegma préputial et Celui d’entre les orteils; d’autres furent entreprises sur le sang et les ganglions lymphatiques d individus syphilitiques.

Voici maintenant une liste d’affections cutanées et muqueuses dont l’examen fut encore entièrement négatif : acné, aphtes, ecthyma, eczéma, épilhéliome, carcinome, ulcère, sarcome, loliiculite, herpès, zona, gale, impétigo, sycosis, lichen plan, psoriasis, lupus, scrofuloderma, séborrhée, molluscum contagiosum, verrue, érythème (sans autre qualificatif), érythème noueux, érythème polymorphe, hyperidrose, pemphigus non syphilitique, éruptions bulleuses cutanées diverses, vésicules suppurées, éruption papuleuse érosive, ulcération de la langue, ulcère de jambe, ulcérations diverses, lésions banales de nouveau -nés issus de syphilitiques (acné, érosions simples).

En dehors des affections cutanéo-muqueuses, continuons à citer : stomatite, angine de Vincent, expecto-

CONSTATATION ET VALEUR DU TRÉPONÈME

ration de tuberculeux, de cardiaques, de bronchitiques, pus banal, leucoma.

Parmi les affections génitales, énumérons : chancre mou, papillomes vénériens, gonorrhée, balano-posthite érosive circinée, pus phymotiqdfe, sérosité d’épididymite, bubon, ulcérations ou érosions non syphilitiques diverses des organes génitaux mâle et femelle, ulcération blennorragique du rectum, llueurs blanches, vaginite mueo- purulente.

Enfin furent encore examinées (surtout par Kraus et Prantsclioff) une série de lésions ou d’organes de provenance cadavérique: carcinome du cholédoque, broncho-pneumonie, oophorile. inflammation du genou, carie, adénite, ganglion lymphatique, foie, rate, décubitus, papillonne cutané, mélano-sarcome, septicémie (sang, foie, rate), foie d’enfant mort d’entérite, organes de fœtus non syphilitiques macérés ou non.

Si l’on considère maintenant que la plupart des lésions que nous venons d’énumérer ont été examinées par plusieurs observateurs, et par chacun d eux dans un nombre variable de cas, on arrive à une quantité vraiment imposante de recherches de contrôle, toutes absolument négatives. \ l’heure actuelle on peut doncdire que, non seulement Tr. pallidum n'a jamais élé vu en dehors de la syphilis, mais encore qu’il y a tort peu de chances qu'il puisse jamais l’être un jour.

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